Année 1835
Janvier 1835
Jeudy 1 er (janvier).
PLUIE. BEAU TEMS LE JOUR. THER(MOME)TRE 20, 25, 23. BAR(OME)TRE 27. 11. VENTS DE N(ORD)-E(ST). DEJEUNE AVEC LEVAVASSEUR. DINE CHEZ DESRUISSEAUX. ETRENNES A CELESTE. FARCES. SOUHAITS POUR L’ESPECE HUMAINE. CONSEIL MUNICIPAL A NOEUDS.
La nuit dernière nous avons eu de la pluie venant du large : elle a cessée au jour et le reste de la journée nous avons eu beau tems.
Je suis monté à cheval à 8 heures 1/2 et me suis rendu chez Levavasseur ; c’est ma première sortie depuis un mois que j’ai été malade et je n’en ai pas trop été fatigué.
J’ai déjeuné avec la famille Levavasseur ; les souhaits de bonne année ont été leur train bien entendu avant de se mettre à table. Avant de monter, j’ai été voir Céleste et en lui souhaitant, etc., je lui ai fait mon petit cado : une petite boîte de graine de moufia et une bague avec un petit diamant que ai monté à cet effet.
Après le déjeuné chez Levavasseur, j’ai été chez Bruno faire la cérémonie du jour et aussitôt, je suis dessendu avec Md Bruno en cabriolet chez Desruisseaux où nous avons tous dîné. Les denses des Noirs, les contorsions des farauds et des faraudes pour immiter les dames du haut ton nous ont beaucoup amusé. Au total, la journée s’est gaiement passée et je suis revenu à la brune chez moi et assez fatigué.
Nous voilà donc rendus à cette année 1835, qui doit nous faire voir une fameuse cornette. Puisse cette cornette refaire un peu les têtes de notre pauvre espèce et y mettre un peu plus de sagesse et de prévoyance. Puisse-t-elle donner à notre nouveau conseil municipal plus de sang commun ; car j’ai entendu aujourd’hui deux de ses membres raisonner comme des cordes de violon qui ont des noeuds ; et s’il en est ainsi des autres, ça fera une belle cacophonie. Du reste, je crois que ce nouveau conseil électif n’en fera pas plus que ceux d’avant.
Vendredy 2
TEMS BRUMEUX ET PLUIE. THER(MOME)TRE 20,25. BAR(OME)TRE 27.11. TEMS DU N(ORD)-O(UEST). GRATTE LE RIS. VISITE DE PUREN. PLANTE DES POIS ROUGES. ID(EM) DES BOUBETOCS.
Aujourd’hui, j’ai fait continuer à gratter mon ris. J’ai commencé à l’aide de Benjamin à réparer la petite voiture roulante que j’ai faite pour mon petit Renoyal il y a deux ans.
Puren de St-Paul est venu de chez Benjamin Vergoz nous voir avec le fils de Artur qui est en vacances du collège. Ils sont retournés après-midy chez Binjamin.
J’ai planté ce mattin des pois rouges de Ste-Rose pris la cheminée de la cuisine et des pois de bonbetoc dans le careau supérieur à gauche du verger. Je veux voir si j’en obtiendrai un bon résultat.
Dim(anche)4
PLUIE. THER(MOME)TRE 20, 24 1/2. BAR(OME)TRE 27. 11. TEMS CALME. CALECHE POUR RENOYAL. BINJAMIN. GRATTE LE RIS.
Hier, on a continué à gratter le ris.
Nous avons eu de la pluie la nuit dernière et beau tems aujourd’hui.
Hier, Benjamin de Camille est venu travailler avec moi pour faire une calèche pour Renoyal. J’ai continué ce travail aujourd’hui avec Benjamin, devant lui rendre la journée plus tard.
Pauline est accouchée ce mattin d’une fille.
Jeudy 8
PLUIE. THER(MOME)TRE 21, 25. BAR(OME)ETRE 28. TEMS DE N(ORD)-O(UEST). LA BANDE A GRATTER LE RIS. GEROME DANS LE BOIS POUR BINJAMIN. DEGORGE LES CANEAUX. CALECHE DE RENOYAL. LES ROIS CHEZ DESRUISSEAUX.
Lundy, Camille a renvoyé la bande avec mes Noirs pour gratter mon ris. Gérôme est allé travailler dans le bois en remplacement de Binjamin, depuis lundy. Le ris a été fini de gratter mardy soir, et j’ai mis mes Noirs à gratter le tabac dans le jardin. J’ai dégorgé les caneaux devant la cuisine, lesquels ne laissaient plus passage à l’eau. J’ai continué à travailler avec Binjamin à la calèche de Renoyal.
Nous avons eu de la pluie toute la nuit et beau tems lundy et mardy ; mais hier et aujourd’hui, nous en avons eu nuit et jour. Ce soir, il en tombe encor averse.
Mardy, jour des Rois, Camille a été invité à un galas chez Desruisseaux qui a réuni une partie de la famille.
Henri Delaunai est venu nous voir et a passé avec nous deux jours. Il est retourné avant-hier à St-Denis .
Samdy 10
PLUIE. THER(MMOME)TR 21, 25, 22. BAR(MOME)TRE 28. VENTS DU S(UD)-E(ST). NETTOYE LE CAFÉ. GRATTE LE VERGER. PLANTE DES ATES. PLANTE DES CITRONS DE BOUCAN AU MANIOC. MESSAGE DE MD FREON. RENOYAL PURGE. PAUL DELAUNAY. TRAVAILLE A LA CALECHE DE RENOYAL. BINJAMIN A ST-DENIS. APPROCHES DE MANGUES. P(REMIERE) COUPE DE TABAC.
Hier et aujourd’hui, j’ai fait gratter la partie supérieure du verger ; enlever les pailles qu’on avait mis pour couvrir les semis de café et transplanter des plants d’ate pour achever le rang planté l’année dernière. Ceux-ci sont très bien venus et forts jolis. J’ai planté entre chaque pied d’ace des graines de gros limons monstres. Après-midy, aujourd’hui, on a fini ces traveaux et j’ai envoyé faire un boucan dans le manioc aux bancouliers. On a déjà mis la main dessus, et pour empêcher qu’on ne le vole, j’y ai mis un gardien.
Hier soir, Md Fréon m’a envoyé une petit Noir pour avoir de mes nouvelles et me dire de venir passer quelque tems à Belle-Eau. J’ai écrit à la chère tante que je ne pouvais pas encor me rendre auprès d’elle, étant à faire un calèche pour mon petit Renoyal qui a depuis quelques jours un gros rhume, qui nous a obligé de l’évacuer. Il va mieux d’ailleur.
Nous avons eu de la pluie dans la nuit de jeudy à hier et jusqu’à dix heures du matin. La nuit dernière, la même chose, et la pluie n’a cessée que ce mattin à neuf heures. Le tems ce soir nous menace de pareille chose. Au surplus, ce tems est très favorable à la végétation. Tout est vert et d’une pousse extraordinaire.
Paul Delaunay est venu nous voir et a déjeuné avec nous aujourdhui. Il est chez Irma depuis quelques jours.
J’ai continué à travailler avec Binjamin à la petite voiture de Renoyal. Aujourd’hui, j’ai été seul, attendu que Binjamin est allé à St-Denis ce mattin. Les roux sont montées, ainsi que le corps de la voiture. Il ne sera plus question que du train et de la peinture ainsi que la garniture ; ce qui n’est pas un petit train…
J’ai fait hier quatre approches de mangues Auguste et Amédé.
J’ai profité d’un peu de soleil aujourd’hui pour faire une coupe d’une centaine de pieds de tabac de mon jardin. Demain, on le mettra à la pente.
Dim(anche) 11
PLUIE. THER(MOME)TRE 20, 24, 22. BAR(OME)TRE 28. BRISE DE S(UD) E(ST). TRAVAILLE A LA VOITURE.
Nous avons eu de la pluie la nuit dernière et jusqu’à huit heures du mattin. Elle a recommencée à 6 heures ce soir et tombe à verse. Petite brise de s(ud)-e(st).
J’ai travaillé une bonne partie de la journée et j’ai monté les petites roues de la voiture de Renoyal.
Vendredy 16
PLUIE. THER(MOME)TRE 20, 24, 22. BAR(OME)TRE 29. 11. BRISE DE S(UD)-E(ST). CONTINUE A. TRAVAILLER A LA VOITURE. VISITE A DESRUISSEAUX. CAMILLE A ST-DENIS ET DE RETOUR. ELAGUE ET NETTOYE LE VERGER, LES ALLEES, ETC. PAULINE BIEN MALADE. CAUSES. L’ENFANT DE PAULINE NOURRI PAR GERTRUDE. GERVAIS PART POUR FRANCE. CAUSE.
Depuis dimanche, nous avons toujours eu de la pluie la nuit et une partie du jour. Aujourd’hui, nous en avons eu toute la journée et le tems s’est éclairci ce soir.
J’ai continué à travailler avec Binjamin à la voiture de mon petit Renoyal. J’ai presque fini le train aujourd’hui. J’ai donné une première couche au corps de la voiture.
Mardy dernier, j’ai été chez Desruisseaux pour voir comment était orienté le train de sa grande voiture.
La pluie avait cessée à huit heures le mattin et j’ai eu un soleil brûlant pour aller et venir.
Camille est allé avec Gervais à St-Denis depuis lundy et il a été de retour mercredy.
Mes Noirs ont travaillés à élaguer tout ce qui était superflus dans le verger. J’ai fait aussi élaguer et nettoyer l’allée tournante de chez Camille chez moi. On a balayé les herbes grattées dans le jardin, etc., etc.
La pluie continuelle que nous avons est sans doute favorable pour la végétation, mais elle est bien gênante pour le travail.
Depuis dimanche, Pauline a eu beaucoup d’oppression et de fortes palpitations. Cette dernière couche devait lui être fatal dans un état d’épuisement qui ne lui laissait pas un instant de bonne santé. Aussi, son état n’a fait qu’empirer depuis le jour de ses couches ; mais depuis mardy surtout elle a été extrêmement affaiblie. Je l’ai fait vomir. Ce qui lui a ôté l’oppression ; puis des potions calmantes, etc., tout cela n’a pas empêcher l’état de faiblesse extrême, et depuis ce mattin, elle n’a presque plus de connaissance. Elle a refusé de manger. Même, on a eu de la peine à lui faire prendre l’eau sucrée. Elle était froide comme glace. Depuis ce mattin, la chaleur est revenue mais non la connaisance. C’est une longue agonie qui doit d’un moment à l’autre terminer son existance.
Camille fait nourrir son enfant par Gertrude.
Le sujet du voyage de Gervais à St-Denis a été le projet qu’il a formé de faire un voyage en France pour le rétablissement de sa santé : il est menacé d’une éthisie pulmonaire, si déjà il n’en est attaqué, et il pense que la mer le rétablira. Il doit partir incessemment pour ce voyage qui, je le crains bien, ne lui fera pas grand chose. Tant d’autres ont tentés ce moyen sans réussir, qu’on est porté à croire que le pauvre Gervais ne réussira pas mieux.
Villier est venu me voir mercredy et a resté à causer longtems. Nous avons beaucoup parlé de Salazie et du mesurage de cette contrée qu’il désire que nous fassions ensemble. Nous devons exécuter ce projet aussitôt la belle saison.
J’ai oublié de marquer un événement bien triste : Md Alfonse Lepervanche, fille de Md Rosnai, est morte la semaine dernière d’une pulmonie. Elle laisse son mari et trois enfants bien désolés d’une perte toujours irréparable quand c’est celle d’une femme comme celle-là. Je l’avais rencontré allant à Salazie en revenant de mon voyage et il ne me serait jamais venu à l’idée que sa mort fût si prochaine. Elle ne m’a point parut malade et je la vis au contour dans un état de fraîcheur qui me semblait la santé même. Pauvre jeune femme ! Elle était cependant atteinte d’une maladie mortelle.
Dim(anche) 18
PLUIE. THER(MOME)TRE 29, 22, 20. BAR(OME)TRE 28. FORTE BRISE DE S(UD)-E(ST). VOITURE DE RENOYAL. MESSAGE DE MD FREON. PAULINE MORTE. SON ELOGE. IRMA DINE AVEC NOUS.
Hier, j’ai travaillé à la voiture de Renoyal comme à l’ordinaire.
J’ai reçu aussi un message de Md Fréon qui demande de mes nouvelles, et nouvelles invitations à venir à Belle-Eau.
Ce matin à huit heures, la pauvre Pauline a terminé son existance. J’ai employé la journée à faire faire son cercueil. A trois heures, on l’a porté à l’église ou le bon vieux curé a fait toutes les cérémonies usitées et on a porté la défunte à son dernier azile. Pauline est à regretter. Elle a toujours rempli ses devoirs avec plaisir. Elle avait de l’affection pour ses maîtres et j’allais faire la demande pour sa liberté en récompense de ses bons services. Cet événement m’a rendu tout triste et chagrain toute la journée.
Le tems de brise et la pluie qui reigne depuis hier mattin a contribué de son côté à cette morosité qui m’a tenu toute la journée et dont je ne suis pas encor revenu.
Irma a dîné avec nous aujourd’hui.
On dit Md Chevallé Fayart morte d’une suite de couche, comme Pauline.
Mardy 20
THER(MOME)TRE 19, 22, 21. BAR(OME)TRE 27. 10. FORTE BRISE DE S(UD)-E(ST). GROSSE MER. MONTE LE TRAIN DE LA CALECHE. SIGNIFICATION DE CONNIL. VISITE DE NOLLAND COMME MOI POUR LE CONSEIL. MARRONS CHEZ IRMA. TRAVAILLE AU VIVIER.
Huit heures du soir.
La pluie continue à tomber. Hier et aujourd’hui, nous en avons eu presque toute la journée, et les nuits encor plus. Aujourd’hui, la brise a été forte, et ce soir elle a tombée tout à fait. Le tems est extrêmement chargé et lourd. Le baromettre a dessendu de deux lignes et la mer est grosse et gronde beaucoup.
Hier et aujourd’hui, j’ai monté le train de la calèche de Renoyal ; mis les boîtes, couches, etc., aux roues et au reste. J’ai féré une grande et petite roue, n’ayant pas de fer pour les autres. J’ai travaillé aux ressorts.
Hier Courboulès, l’huissier, est venu me porter une signification de Connil pour lui payer soixante et dix piastres pour fraix du procès de Fortuné. Je l’ai envoyé au diable. Je n’ai pas d’argent. Je lui écrirai pour lui offrir une jument.
Hier soir, Nolland est venu me voir. Il pense comme moi que notre conseil municipal est bien neuf et a bien besoin de faire ses études.
Irma a fait dire à Camille de venir ce soir chez elle pour arrêter deux Noirs marrons qui se trouvent chez elle.
Les Noirs ont continués à arranger le verger. Voilà la pluie qui commence à tomber. Bien lui soit. Mais je crois que nous n’en serons pas quitte à bon marcher ; ce calme subit après une violent brise, ce bruit de la mer et cette vapeur épaisse qui envahit tout le ciel annonce si je ne me trompe quelque fracas dans notre athmosphère ; d’autant plus que voilà depuis une heure de tems que le baromèttre a baissé encor d’une ligne.
A minuit
THER(MOME)TRE 21. BAR(OME)TRE 27.8.
Je me suis éveillé par le bruit d’une bourrasque de vent. Il souffle avec force déjà du s(ud), s(ud)-e(st). La mer brille dans l’obscurité et fait un grand bruit. Serions-nous assez malheureux pour avoir encor un coup de vent !
Mercredy 21
A huit heures du mattin
THER(MOME)TRE 21. BAR(OME)TRE 27.7.
Le vent a beaucoup augmenté et il a tombé beaucoup de pluie. Déjà les bananiers et quelques arbres sont tombés. Le baromèttre baisse. La mer est affreuse. Il y a des bourasques épouvantables.
A 9 heures
LE BAROM(ETRE) 27.9.
Le vent s’est calmé et le baromettre remonte. Nous aurons peut-être le bonheur de parer l’ouragan.
10 heures
BAR(OME)TRE 27.9.
Le vent est presque tombé tout à fait. Le bar(omè)tre remonte rapidement mais la mer est toujours très grosse. Il est probable que cette bourasque est un petit côté d’un coup de vent qui a dû habimer la pauvre île Maurice.
8 heures du soir
THER(MOME)TRE 21. BAR(OME)TRE 27.10 1/2. LE VENT TOMBE TOUT A FAIT. GROSSE PLUIE. BINJAMIN FAIT DES GENTES. RELEVE LES PALISSADES. EDMONT FORGES. NOEL PEINT CHEZ CAMILLE.
Le vent a cessé tout à fait à midy après avoir passé au n(ord)-e(st) où il s’est tenu jusqu’à ce soir, c’est-à-dire que les nuages et la pluie qui a tombée abondemment toute la journée venaient de cet air de vent. Ce soir, le tems est tout à fait calme et la pluie a cessée. Le tems s’est même éclairci. Tout cela ne nous a pas permis beaucoup de travail.
Binjamin a dressé des gentes de roues et les Noirs ont commencés à relever des palissades du jardin presque toutes chavirées par le vent. Edmont a forgé du fer pour la principale pièce des ressorts de la petite calèche de Renoyal.
Noël est depuis hier à blanchir le plafond de la chambre d’en haut de Camille pour la tapisser ensuite.
Samdy 24
TEMS TRES VARIABLE. THER(MOME)TRE 21 A 25. BAR(OME)TRE 28. VENTS DE S(UD)-E(ST). FORTE CHALEUR. TAILLER ET RELEVER DES CHARMILLES. PLANTE DES ROSIERS. CALECHE DE RENOYAL. REPONSE A CONNIL. IL ACCEPTE. LETTRE A GRINNE ET EDMONT. REPONSE. REQUETE AU JUGE POUR LES SCELLES. REPONDU. MD FAYARD ET LETORT MORTES. LETTRE DE MD MARCHANT.
Depuis mardy, jour de la bourasque, nous avons eu un tems variable ; un peu de pluie par ci par là, du soleil, teins couverts, et avec tout cela une chaleur étouffante.
Les Noirs ont travaillés à tailler, relever, etc., à la charmille du jardin ; planté des rosiers.
Binjamin avec moi, nous avons fini ce qu’il y avait en menuiserie à la voiture de Renoyal et j’ai repris les roues de la voiture que je projette pour moi et qui sont en train depuis un an. Aujourd’hui, nous avons finis, du moins les deux grandes.
J’ai répondu à Connil hier par Mambo, et lui ai offert en paiement une jument. Il m’a répondu ce soir et accepte ma proposition.
J’ai écrit par la même occasion à Grinne et Edmont pour les engager à venir me voir pour régler définitivement nos petites affaires. Grinne m’a répondu qu’il viendrait vendredy.
Hier, j’ai présenté une requête au juge de paix à l’effet de la prier de venir enfin lever les scellés apposés sur les effets de Fortuné. Il m’a répondu qu’il viendrait mardy. J’ai envoyé la requête appointée à Couturier pour qu’il vienne aussi avec mon notaire.
J’ai reçu une lettre de Md Marchant hier, qui confirme la mort de Md Fayart et m’apprend celle de Md Letort à Ste-Marie.
Dim(anche) 25
MEME TEMS, PLUIE CE SOIR. THER(MOME)TRE 21, 25, 23. BAR(OMETRE 28. P(ETI)TE BRISE DE N(ORD)-E(ST). CERCEAU D’ENFANT. BAGUES.
J’ai employé la mattinée à monter un cerceau pour notre petit dernier, Auguste. Les mouches et les moustiques ne le tourmenteront plus.
Camille et sa famille étant montés après déjeuné chez Desruisseaux pour y passer quelques jours, j’ai envoyé Patrice porter à Céleste le cerceau.
Après-midy, j’ai réparer quelques bagues, etc.
Le tems a été couvert une bonne partie de la journée et ce soir, il tombe de la pluie.
Samdy 31
MEME TEMS TOUTE CETTE SEMAINE. THER(MOME)TRE 21 A 25. BAR(OME)TRE 27, 11. BRISE DE N(ORD)-E(ST). LEVEE DES SCELLES.
J’ai continué mon travail de voiture et commencé à monter les roues de celle que je veux faire pour moi et que je projette depuis longtems.
Jacob est venu mercredy dernier, accompagné du notaire pour la levée des scellés qui avaient été mis sur les affaires de Fortuné. Il ne s’y est rien trouvé qui valût la peine d’un inventaire. Le peu qu’il y a est resté pour mémoire.
Du reste, le tems est toujours le même : de la pluie la nuit et point le jour. Cependant, depuis deux jours, nous n’avons plus de pluie mais une chaleur exessive.
Février 1835
Dim(anche) 1er février
GRANDE CHALEUR. THER(MOME)TRE 22 A 26. BAR(OME)TRE 27 11. VENTS DE S(UD)-E(ST). UN PEU DE PLUIE CE SOIR. DINE AVEC JULIETTE. VINSON, CAUSERIE. CELINIE SE MARIE.
J’ai été après le déjeuné voir Juliette avec qui j’ai passé la journée.
J’ai rencontré Vinson en allant, qui allait faire une visite à St-André. J’ai été le voir chez lui dans la journée et nous avons beaucoup parlé du conseil colonial et du municipal. Pour ce dernier, Vinson est tout à fait de mon avis.
Nous avons eu une chaleur exessive qui a produit un peu de pluie dans la soirée mais qui n’a pas duré.
Célinie se marie à un soldat devenu garde police : publications sont faites déjà. Si cette pauvre fille avait eu moins d’esprit et d’instruction, elle n’eût pas été en apparence et eû tout bonement épousé quelqu’un de ses consitoyens, etc. Il ne faut pas péter plus haut que le cul.
Dim(anche) 8
PLUIE. THER(MOME)TRE 26, 25, 26. BAR(OME)TRE 28.3 LIG(NES). VENTS DE S(UD)E(ST). MA VOITURE. ARRANGE LA ROUTE. BONNE PLUIE. SETORNAI ET SON INVITATION. DINE CHEZ LEVAVASSEUR. J(EA)N-B(APIS)TE CAMPENON MALADE. VISITE A LUI. GERVAIS PART POUR FRANCE.
Cette semaine a été comme les autres. J’ai continué avec Binjamin à travailler à ma voiture.
Les Noirs ont nettoyé et arrangé la route depuis les cours jusqu’au haut du verger. J’ai transplanté 4 jeunes mangoustans dans l’allée à l’est du verger entre les palmiste. Nous avons eu une bonne et forte pluie du mardy au mercredy qui n’a pas laissé que de nous faire grand bien.
J’ai reçu ce mattin la visite de Sétomai qui m’a engagé de la part de sa tante à dîner jeudy. Il m’a dit que J(ea)n-Ba(ptis)te Campenon était bien malade chez son frère Campenon aîné.
J’ai été dîner avec Levavasseur, et en revenant ce soir j’ai été chez Campenon voir J(ea)nBa(ptis)te qui est beaucoup mieux. J’ai passé la soirée avec eux.
Gervais est venu hier nous faire ses adieux. Il part demain pour France. Camille doit aller le conduire jusqu’à St-Denis demain matin.
Dim(anche) 15
TEMS VARIABLE. THER(MOME)TRE 19 A 23. BAR(OME)TRE 28. 1 LIG(NE). VENTS DE S(UD)-E(ST). MA VOITURE. GERVAIS PARTI. ACHILLE AUSSI EST MALADE. DINE CHEZ CHEZ MD DESGUORS. PLUIE. DINE CHEZ DESRUISSEUX.
Toute la semaine, j’ai continué le travail de ma voiture. J’ai commencé la caisse.
Gervais est parti le 10 pour France. Il a été retardé par Achille Bédier qui était malade du flux de sang et qui cependant s’est déterminé à partir malgré son mal.
Jeudy, nous avons dîné chez Md Desgonors avec la famille Notaise.
Nous avons eu dans la soirée une averse qui a continué toute la nuit, et depuis lors tous les soirs et la nuit nous avons de la pluie.
Aujourd’hui, je suis monté après midy chez Desruisseaux où j’ai été dîné avec Camille et Céleste. Nous sommes revenus à la nuit et arrivés à tems pour ne pas recevoir un gros grain qui continuera probablement dans la nuit [comme à ] l’ordinaire.
Dim(anche) 22
GRANDE PLUIE. FORT VENT S(UD)-E(ST). THER(MOME)TRE 19 A 22. BAR(OME)TRE 28, 27. 11. SIGNES DE MAUVAIS TEMS. MA VOITURE. EN GARDE LE RIS.
Nous avons eu de la pluie abondemment toute cette semaine et aujourd’hui, quoique que j’eusse le projet d’aller à Belle-Eau, je suis resté et ai retenu Binjamin pour travailler à cause du tems qui a été exécrable. La mer grossit et le baromettre commence à baisser. Ce qui nous annoncera un coup de fouet pour la fin du tems.
Du reste, j’ai continué ma voiture et les Noirs gardent le ris qui est en grains.
Mardy 24
GROSSE PLUIE. VENTS DE S(UD)-E(ST). TER(MOME)TRE 19, 22. BAR(OEM)TRE 27. 11. PLANTE DES CAMARAS. LA VOITURE. MESSAGES POUR LE BAROMETTRE.
La pluie a tombé avec violence dans la nuit du dimanche au lundy soir. Il en a tombé encor toute la journée. Les rivières sont dessendu et la plaine a été presque inondée. La nuit dernière, il en a été de même et ce mattin il y a plus d’eau encor dans la plaine. Le baromèttre est en baisse et l’athmosphère est vilaine. Je crains bien un coup de fouet pour la fin et quelque peu qu’il y ait du mauvais tems de ce genre, il ne peut que nous faire du mal.
J’ai fait planté hier des camaras de plantes au bords du chemin le long du verger d’où j’ai fait otter la semaine dernière les vieux vacouas qui n’était plus bons à riens et qui gênaient les autres plantes.
Je travailles d’ailleur toujours à ma voiture, qui peu à peu se finira, j’espères.
Depuis dimanche, je reçois de tous côtés des billets et messages pour me demander des nouvelles du baromettre et ce que je pense du tems. Je réponds que Dieu sait ce qui en adviendra, car je ne suis pas plus prophète que les autres.
A Midy
THER(MOME)TRE 21. BAR(OME)TRE 27.101/2. PRESQUE CALME. GROSSE MER.
Voilà de mauvais présages. La mer est devenu très grosse. Le vent a tombé, la pluie continue et le bar(ome)tre a encor dessendu d’une 1/2 lig(ne). Il est toujours en creux.
8 heures du soir.
THER(MOME)TRE 19. BAR(OME)TRE 27.101/2. VENTS DU S(UD)–E(ST).
Ce soir le vent s’est ellevé, la mer a grossie et la pluie tombe gros et bien fort mais par continuité. Le bruit de la mer est très fort. Le bar(omè)tre toujours en baisse.
Mercredy 25
PLUIE CONTINUE. THER(MOME)TRE 19. BAR(OME)TRE 27. 10. VENTS DU S(UD)E(ST).
7 heures du mattin
La pluie a tombée sans interruption toute la nuit et continue encor de même ce mattin. L’humidité pénètre partout. La plaine est entièrement inondée, mais l’eau n’arrive pas à toucher les ponts. Les rivières sont hautes, la mer a considérablement grossie, mais le vent est sans force même au large. Le bar(ome)tre a dessendu 1/4 ligne : il est de 27.10. Il fait froit ce mattin.
Dans la queue, le venin ! ce proverbe me tracasse.
8 heures du soir
THER(MOME)TRE 20. BAR(OME)TRE 27.9 1/2. FORT VENTS D’E(ST). GROSSE MER. LA VOITURE. DIFFERENTES MANIERES DE NOMMER UN BAROMETRE. FREDERIC DIOMAT. ON NE PEUT TRAVAILLER.
De la pluie sans interruption toute la journée, exepté depuis cinq jusqu’à six heures du soir. Elle continue. Le vent a augmenté de force et soufle assez raide ce soir. Le bar(omè)tre a encor baissé d’une 1/2 lig(ne) : il est à 28. 9 1/2. La mer est beaucoup plus grosse ce soir.
En dépit du tems qui a été vraiement infernal, j’ai continué mon ouvrage. J’ai commencé à mettre enfin les paneaux de la voiture.
Le tems est tellement mauvais, que l’on me fait demander de tous côtés des nouvelles, les uns de la baromètre, celui-ci de la barette, cet autre de la batarète, celui-là du bartamet. Frédéric Diomat a envoyé trois fois dans la journée ; il a envoyé ce soir un Malgache qui m’a demandé ce qu’annonçait l’omelette. Je lui ai répondu naturellement que cela annoncait des oeufs cassés.
Les Noirs, tant ceux de Camille que les miens, n’ont pu rien faire et que faire avec un pareil tems ?
La plaine est toujours inondée. Les vents ont passés à l’e(st) en augmentant de force. J’ai observé ce soir, que la mer blanchissait jusqu’à l’orison et la lame venait du n(ord)-e(st).
Vendredy 27
TOUJOURS LA PLUIE. THER(MOME)TRE 19 A 21. BAR(OME)TRE 27.17. VENTS DU N(ORD). TRANSPLANTE DES PRUNIERS MALGACHES. LA VOITURE.
Nous avons toujours de la pluie nuit et jour. La plaine reste consternaient plus ou moins inondée. Le vent est tombé et sans être calme tout à fait, il ne fait plus que chasser lentement les nuages de la partie du Nord et nous amènne une pluie continuelle. Je fais transplanter d’assez grands pruniers de Malgache de chez Camille, dans la palissade de mon verger. Du reste, on ne fait rien en agriculture. Je continue ma voiture.
Samdy 28
GRANDE PLUIE. THER(MOME)TRE 20, 21. BAR(OME)TRE 28. VENTS S(UD)-E(ST). LA VOITURE. PRUNIERS.
Nous avons des pluies énormes la nuit dernière et toute la journée jusqu’à deux heures. Depuis, elle a cessée et il semble que le beau teins va revenir. Ce soir, il fait beau. J’ai continué mon travail. Auguste et Jean ont continué à planter des pruniers.
Mars 1835
Lundy 2 (mars).
TEMS VARIABLE. VENTS DE S(UD)-E(ST). THER(MOME)TE 20, 22. BAR(OME)TRE 28. LA VOITURE. CAMILLE RECOLTE DU MAIS. LYDIA ACCOUCHEE. MANGUES DE MD SICRE.
La journée d’hier a été belle en comparaison du tems que nous avions. Il y a eu du soleil et de bons grains dans la journée. La nuit dernière, il y a eu de la pluie. Aujourd’hui le tems a été beau, mais deux ou trois forts grains sont venu le contrarier. Ce soir, encor de la pluie.
J’ai travaillé à ma voiture. Mambo travaille avec Binjamin, et mon Auguste a fait des cordes pour mettre du tabac ou carotte. Jean a été avec les autres garder le ris des oiseaux. Camille a profité du peu de beau tems pour ramasser du maïs du terrein Dumont.
A trois heures ce mattin, on est venu me dire que Lydia venait d’accoucher, et de venir pour couper le nombril de son enfant. J’y suis allé et j’ai trouvé une fille ; très bel enfant. Elle est accouchée sans presque s’en appercevoir et ne s’en doutait pas hier soir.
Samdy, Md Sicre m’a envoyé par [...] dix belles mangues Auguste ; à Camille, Irma et Md Després, autant.
Vendredy 6
BEAU TEMS. THER(MOME)TRE 20,23. BAR(OME)TRE 28. P(ETI)TE BRISE DE S(UD)E(ST). PLUIE LA NUIT. LA VOITURE. KALIS PLANTES. VISITE DE LEPERVANCHE MEZIERE. NOUVEAU GENRE DE PLANTATION. CAMILLE ET CELESTE CHEZ DESRUISSEAUX. MD BRUNO A ST-DENTS. ALIDOR MALADE A M’INQUIETTER.
Hier et aujourd’hui nous avons eu beau tems, mais la pluie la nuit dernière. Ce soir, il pleut beaucoup et nous avons encor de la pluie cette nuit.
J’ai travaillé à ma voiture comme à l’ordinaire. J’ai presque fini.
Mambo et Auguste ont continués à planter les calis à la palissade du chemin. Les autres au ris. Lepervanche Mézière est venu me voir après le déjeuné. Nous avons visiter le jardin, le verger et même mon ris. Il m’a parlé d’une manière de planter du ris et des cannes ensemble ; manière qui paraît avantageuse pour l’une et l’autre plantation.
Camille et Céleste sont allés ce mattin pour passer la journée avec Md Bruno. Ils ont trouvé qu’elle venait de partir pour St-Denis. Ils ont été chez Desruisseaux, d’où ils sont arrivés dans la pluie ce soir.
Depuis un mois, Alidor est malade et a maigri considérablement. Cet enfant a un cathar qui a été négligé et qui est devenu cronique. Je l’ai purgé, et encor ce mattin, mais il ne se rétabli pas. Je crains bien de la perdre et cela me peine, me tracasse et m’inquiètte.
Dim(anche) 8
BEAU TEMS LE JOUR. PLUIE LA NUIT. THER(MOME)TRE 20, 25. BAR(OME)TRE 28. REVUE. SEUL SERVICE NECESSAIRE CHEZ NOUS. CITOYENS LAPINS.
Hier, beau tems toute la journée ; la pluie dès les sept heures du soir jusqu’au jour. Aujourd’hui, très bien dans la journée et la pluie ce soir. Il y en aura pour la nuit.
J’ai travaillé avec Binjamin comme à l’ordinaire. Aujourd’hui, il y a une revue et inspection des armes. A quoi aboutit cette pompore, si non à montrer de belles épaulettes, etc., et à fatiguer inutilement les citoyens. Et cependant, il n’est plus question de patrouilles. C’est cependant le seul service que l’on doit exiger. Il faudra encor une petite secousse comme celle de St-Benoît pour réveiller ces messieurs ; car nous, bons créols, tous fiers et braves loins du danger, mais en face, j’ai eu malheureusement l’expérience qu’il n’y a pas de lapins qui soient plus lestes à chercher les broussailles.
Dimanche) 15
PLUIE. BEAU TEMS. THER(MOME)TRE 20 A 25. BAR(OME)TRE 28. VENTS, N(ORD)O(UEST), N(ORD), S(UD)-E(ST). RECOLTE DU RIS. A PEU PRES 1200 (LIVRES). CAMILLE MANIOC. TULIPE ET JACINTHES. FINI LA VOITURE. JOLIE CHATTE DE JULIETTE. DONZELLE ET SA FEMME. CONJURATION DE BASCOU CONTRE LES BRULONS. BONNES QUALITES DES PRETRES.
Toute cette semaine a été très variable, quand au tems. La pluie dès le soir et le jour beau tems par intervals. Cependant, jeudy, il y a eu de la pluie toute la journée ; vendredy très beau tems.
J’ai mis ma première cueillette de ris au soleil. Hier, la pluie presque toute la journée ; aujourd’hui de même.
Mercredy, la famille Marcien Sigoyer et Hyp(olli)te Féri sont venus passer la journée avec nous. Il y a eu de la pluie l’après-midy. Ce même jour, Md Marchant m’a envoyer des ognons de tulipes et de jacinthes.
J’ai achevé entièrement ma voiture. Aujourd’hui, j’ai mis un des Noirs pour fermer. Les pintures sont en place.
Juliette m’a envoyé aujourd’hui une jolie petite chatte, et je ne me souvenais pas qu’elle m’en avait promise une la dernière fois que j’ai été chez elle.
Avant-hier, Donzelle et sa femme sont venus nous voir et sont arrivés comme nous étions à dîner. Ils nous ont raconté l’affaire d’un nommé Bascou, soit-disant prêtre, lequel a fait de ces farces de mauvais sujet qui l’on fait expulser du giron des autres prêtres. Il a voulu se faire impatroniser chez Md Derrabines ; on dit stimulé (sic) par Alisard qui voulait par le moyen de la religion se faire faire une donnation entière de biens de Md Derrabines, mais Md Brulon s’est mise en travers et a éparpillés tous les conspirateurs. Ce Bascou est un mauvais gueux qui n’a même pas pu prouver au clergé qu’il fût prêtre. Maillet m’a raconté son exploit… C’est un fiéfé mauvais sujet, et, en cela il ne diffère pas beaucoup des autres.
Mercredy 18
PLUIE. THER(MOME)TRE 20, 22. BAR(OME)TRE 28. VENTS S(UD)-E(ST). LA VOITURE. VISITE DE BRULON. CELINIE. ALIDOR MIEUX.
Nous avons eu lundy un très beau tems jusqu’au coucher du soleil qui a été très ardent.
J’en ai profité pour mettre le dernier ris cueilli à sécher. La nuit suivante a été pluvieuse, et hier nous avons eu un tems infernal. La pluie n’a pas cessée de tomber toute la journée. Elle s’est arrêté le soir. Aujourd’hui, le tems a été beau et très peu chaud. J’ai encor remis le ris au soleil.
J’ai fait les stores de la voiture et achevé de mettre en place toutes les petites pièces d’enjolivement. Aujourd’hui, j’ai repris le train de devant pour l’achever.
Après-midy, Brulon est venu me voir et a resté une partie de l’après-midy avec moi. Il m’a parlé de stuck qu’il veut faire faire chez lui. Je lui ai promis de lui donner un coup de main.
C’est demain que Célinie se marie. Camille sera un de ses témoins.
L’enfant de Rosa est toujours malade, cependant je le trouve un peu mieux. Mais cela continuera-t-il ?
Dim(anche) 22
BEAU TEMS. THER(MOME)TRE 20, 22. BAR(OME)TRE 28. BRISE DE S(UD)-E(ST). ACHEVE LE RIS MAGALOR, SECHE, ETC. 1600 (LIVRES). MARIAGE DE CELINIE. DONZELLE ET SA FEMME ET MD BRULON A DINER. SOUFLET A DOUBLE VENT. PASSE LA JOURNEE A BELLE-EAU. FILS DE MONTROSE ARRIVE. VISITE. MD MARCHANT SANGSUES. AINE JOUVENCOURT BEAU GARÇON. CUIRASSIER. MR DE ST-SIMON PAIR DE FRANCE A PONDICHERIE. DINE DONNE A MALAVOIX. SANS PATROUILLE. MR DE ST-SIMON.
Nous avons eu beau tems et j’ai achevé de récolter mon ris mangalor, séché et mis en balle. J’en ai eu 1600 (livres) mais il m’en a été volé au moins 200 (livres).
Jeudy mattin, Camille est dessendu pour le mariage de Célinie, qui s’est fait dans la journée. Céleste a été passer la journée chez Juliette et revenue seule avec Margot à la fin du jour. Camille est rentré à 11 heures du soir, malade comme cela lui arrive toutes les fois qu’il se trouve à de pareille fête. Il s’en ai ressenti toute la journée du vendredy.
Ce jour, Donzelle avec sa femme et sa belle-mère Md Brulon, sont venus dîner avec nous. J’étais à donner le dernier coup de main à ma voiture et à monter un souflet de forge à double vent. Je l’ai achevé hier ; reste à y mettre le cuir.
Ce mattin, je suis allé au quartier, à l’église et de là, j’ai été avec Md Sicre, profitant de sa voiture, à Belle-Eau, où j’ai passé la journée. Montrose y est venu dîner avec son fils Montrose, arrivé de France il y a dix à 11 jours. Il était venu hier, me faire une visite et me présenter le nouvel arrivé.
J’ai trouvé Md Marchant avec des sangsues à une jambe, pour une rougeur douloureuse ; maladie, dit-on, qui court en ce moment.
L’aîné des garçons de Jouvencourt, officier de cuirassier, arrivé en congé il y a quelques tems, est venu en visite, revenant d’un dîné donné à Malavoix, commandant des milices, apparament pour les imminants services à la colonie (il ne fait même pas faire de patrouilles). J’ai revu ce jeune et beau garçon avec plaisir. Il y avait 15 ans que je l’avais perdu de vue.
J’ai su à Belle-Eau qu’un monsieur de St-Simon, pair de France et lieutenant général, était arrivé [par] le transport L’Oise, il y a quelques jours, et repartait immédiatement pour prendre le gouvernement de Pondichérie à la place de Mr de Mélée, cap(itai)ne de vaisseau.
Je suis parti à la nuit de Belle-Eau, et en passant au quartier, j’ai trouvé Broussard, sur sa porte, jouant mélancoliquement de la guitare.
Jeudy 26
PLUIE. THER(MOMETRE 20, 24, 22. BAR(OME)TRE 28. VENTS DU S(UD)-E(ST). SOUFLET. MADRIER POUR UN ETABLTT MAUVAIS ET RENVOYE. RECOLTE DU RIS. 4 MOIS. VISITE CHEZ MEZIERE ET BEAUMONT. CAMILLE ET SA FEMME CHEZ ÉTIENNE, QUI PART POUR L’INDE. ETIENNE EST FOU. MOYEUX POUR CABRIOLET. AFFAIRE DU CAP. RAVAGE DES SAUVAGES. QUELQUES REFLEXIONS SUR LA PHILANTROPIE. CONCLUSION.
J’ai passé la journée du lundy à mettre des cercles au souflet pour soutenir le cuir entre les tables. Dans la soirée, il y a eu de la pluie mais qui n’a pas duré.
Mardy, j’ai envoyé deux Noirs chez Nolland pour avoir un madrier pour faire un établit de menuisier. Il sont revenus le soir, me disant qu’il faut quatre Noirs pour le porter.
J’ai arrangé un nécessaire à Md Marchant.
Il y a eu encor de la pluie dans la soirée.
J’ai commencé à ramasser le ris de quatre mois, semence de chez Irma.
Hier, j’ai envoyé Binjamin avec trois Noirs pour porter le madrier ; ensuite, j’ai été chez Champou pour une emplette : il n’en avait plus. J’ai été passé la journée chez Md Mézières et chez Beaumont. Je suis rentré à cinq heures.
Les Noirs venaient d’arriver avec un mauvais madrier, fendu d’un bout à l’autre, et à moitié échauffé. J’ai eu de l’humeur et l’ai envoyé ce mattin à Nolland. Est-ce la faute à Nolland ou à mes Noirs ? La réponse n’est pas difficile. Ce sont ces coquins. Un de leurs bons tours ! J’ai écrit, Nolland était absent.
Camille est allé hier mattin avec sa femme et Margot chez Etienne Durau, qui part pour l’Inde. Ils sont revenus ce soir. Etienne est un fou. Il ne sait pas ce qu’il doit faire, achevera de se ruiner et finira mal.
Hier soir, de la pluie et aujourd’hui plusieurs fois, et ce soir beaucoup.
J’ai tourné deux moyeux pour les roues d’un cabriolet que j’ai fait pour moi, outre la voiture, et commencer à les mortaiser.
Les philantropes anglais doivent bien se féliciter de leurs principes sur la liberté générale de tous les hommes de la terre. L’affaire du Cap de la Bonne Espérance les encouragera sans doute à continuer à propager ces principes divins. Une horde de 12 à 15 milles cafres bibis, bossimans, etc., ont fondus comme des cannibales sur l’intérieur de la colonie ; massacrés un millier de colons ; brûlés des fermes et autres habitations et marchent sur la capitale. Ils en étaient à 30 lieus par les dernières nouvelles. J’ai vu une lettre de Maurice, hier, qui donne des détails horribles de la rage de ces sauvages. Puissent-t-ils s’emparer du Cap, et ne laisser qu’un Anglais pour porter à l’Inde des nouvelles de ces aimables frères de messieurs les philantropes. Cette petite plaisanterie pourra peutêtre leur faire sentir que leur philantropie aurait eu un but plus louable si elle s’était portée sur les innombrables malheureux de leur pais qui, cent fois plus esclaves que les nègres, meurent de faim et de misère autour des bureaux de philantropie, et leurs soldats, et leurs matelots, etc. Je suis curieux de savoir comment ces braves philantropes (braves dans le cabinet), s’y prendront pour forcer les Turcs, les Russes, les Arabes, presque toute l’Asie ;tous les rois et chefs de l’Afrique ; en un mot les dix-neuf vingtième de la terre, à abolir l’esclavage. Ils devraient voyager, ils pourraient être genoppés comme dirait André Marchant par leurs frères et réduit à un esclavages qu’ont de tems à autre éprouvé quelques voyageur dans le Nord de l’Afrique, et là ils auraient beau jeu à prêcher la liberté. Je la leur souhaites.
Samdy 28
PLUIE. THER(MOME)TRE 20, 23, 21. BAR(OME)TRE 28. 1 LI(GNE) 1/2. VENTS S(UD)E(ST). RIS 4 MOIS TROP MURE. JULIETTE ET ALFREDE. BEL APRE MIDY. ROUS D’UN CABRIOLET. RACCOMMODE MES SOULIERS. FREDERIK DIONNAT MULETS ESTROPIES, EMPRUNTE MA CHARETTE. REPONSE DE NOLLAND.
Dans la nuit du jeudy au vendredy, hier, nous avons eu de la pluie. Hier, il y en a eu dans la journée, et je n’ai pas trouvé le moment de récolter mon ris 4 mois, qui est déjà trop mûr pour rester sur le pied. Juliette et Alfrède sont venus déjeuner avec nous et sont repartis peu après.
La pluie a recommencé dans la soirée et a tombée par continuité toute la nuit dernière, jusqu’à midy aujourd’hui. Le soleil a reparu alors et nous avons eu un tems superbe toute l’après-midy. Je n’ai pas osé ramasser du ris, pensant que cela ne durerait pas, et j’en suis fâché.
Hier et aujourd’hui, je me suis occupé avec Binjamin des roues d’un cabriolet dont j’ai fait les moyeux ces jours derniers.
Aujourd’hui, nous avons achevé les tenons des raies et nous les avons passées à la plaine.
J’ai recousu de dedans dehors, les semelles d’une paire de gros souliers.
Ce soir, la pluie a recommencée comme de plus belle et tombe à verse.
Frédérik Diomat m’a emprunté ma charette avant-hier et me l’a renvoyé ce soir ; il m’a dit qu’ayant loué la sienne avec des mulets à Cambuston, celui-ci lui avait envoyé deux mulets estropiés. Je lui ai conseillé de faire constater les faits par le juge de paix le plus tôt possible.
Nolland m’a fait dire qu’il me choisirait un bon madrier et le transporterait à son emplacement, d’où je le ferai prendre.
Nouvelle lune aujourd’hui.
Mardy 31
PLUIE ET BEAU TEMS. THER(MOME)TRE 17, 20, 23, 21. BAR(OME)TRE 28. VENTS S(UD)-E(ST). ACHEVE DE RECOLTER LE RIS DE 4 MOIS. BINJAMIN MALADE. BATTRE LE RIS AU CHAMP. CHARLIE ; EDMONT. 600 (LIVRES) DE RIS. IRMA DINE AVEC NOUS. RENOYAL MALADE. MD BRUNO ET MD GERVAIS. ALFREDE PRELINPIMPINS RENOYAL VOMIT. LETTRE DE VINCENT. GUITTARES, HARPES, VIOLON RECOLLES. OBJECTION CONTRE UN COUP DE VENT CEFl E ANNEE.
Dimanche, il a fait assez beau tems mais la journée avait commencée par la pluie. A neuf heures, il n’en était plus question. Dans la nuit suivante, nous avons eu une forte pluie, mais lundy la pluie ayant cessée dès le mattin, je me suis mis à récolter le ris de quatre mois, qu’on avait commencé à receuillir comme la pluie.
Binjamin étant malade, j’ai été moi-même faire faire cette opération. J’ai fait couper le ris au pied et l’ai fait battre sur une porte, ce qui avance plus l’ouvrage que de ramasser épis par épis. Charlie et Edmont sont venus de bonne volonté me donner un coup de main. Le tems a continué d’être beau, et hier j’ai eu une belle journée pour achever cette récolte. Il en restait un peu que j’ai ramassé ce mattin.
Aussitôt, j’ai tout remis, et j’ai fait trier, battre, celui qui avait été ramassé en épis et mettre au soleil. Au total, j’en ai eu 600 livres pour 25 de semence, ce qui est fort honnête. Après cette opération, j’ai mis le monde à jamber le dernier tabac coupé. Ce qui n’est pas fait entièrement.
Hier, Irma est venu dîner avec nous.
Avant-hier, Renoyal a eu de la fièvre et de l’oppression. Md Bruno et Md Gervais sont dessendus, et ont dîné avec nous. Alfrède a été appelé et a ordonner des bains de pieds, lait de poule, etc ; toutes espèces de poudre de prelinpimpins de médecin. Pour couper court, j’ai engagé Camille à donner à vomir à son enfant. Ce qui a été fait ce mattin. Il sera purgé demain et ce sera la fin de sa maladie, qui n’est qu’un rhume ordinaire : c’est la saison.
J’ai reçu hier mattin une lettre de Vincent et sa guitare harpe qu’il me prie de recoller. Il m’a envoyé la méthode de cet instrument nouveau. J’ai recollé la mienne aussi, de même que mon violon dont j’ai un peu rehaussé la touche.
Voilà mars et son équinoxe passés sans coup de vent. Il nous reste avril et Dieu veuille qu’il en soit de même pour ce mois. Je ne crois pas d’ailleur à une coup de vent. La météorologie de cette année n’annonce pas ce fléau destructeur.
Avril 1835
Dim(anche) 5 (avril) à Belle-Eau [1]
BEAU TEMS. TH[ERMOMETRE 2] 0, 23. B[AROMETRE 2] 8. ROUES D’UN CABRIOLET. VOYAGE ET SEJOUR A BELLE-EAU. LE GOUVERNEUR. DINE CHEZ JULIETTE.
Depuis mercredy j’ai travaillé à des roues pour le cabriolet avec Binjamin.
Les Noirs ont gratté le jardin pour préparer les carreaux à jardinage qu’il est tems de commencer.
Ce mattin, j’ai fait mes dispositions pour aller à Belle-Eau et à deux heures je me suis mis en route. J’ai rencontré Aug(us)te Maillet sortant de chez lui qui m’a dit que le Gouverneur était chez Md Fréon et qu’il y dînait. Cette circonstance ne m’a pas empêché de poursuivre mon projet d’aller dîner avec Juliette. J’y ai donc été et j’ai passé le reste de la journée avec sa famille.
Je me suis mis en route à la nuit et je suis arrivé à Belle-Eau à sept heurs et demie. Le Gouverneur y était encor et y a couché. Sa femme et son [a]ide de camp Prévot Langristain y étaient aus[si]. Ils se sont retirés de bonne heure et nous avons contin[ué la c]ausette, Vinson qui avait dîné là y était aussi quand je suis arrivé, nous avons causé de la ,politique du païs.
Dim(anche) 12
BEAU TEMS TRES SEC. THER(MOME)TRE 20, 23. BAR(OME)TRE 28.1 LIG(NES). P(ETI)TE BRISE [DE] S(UD)-E(ST). POSE LE PAPIER A BELLE-EAU. JOURNEE CHEZ JULIETTE. MR FOLLET ARRIVE. RETOUR CHEZ MOI. CABRIOLET. FUMIER AU JARDIN. DINE CHEZ DESRUISSEAUX AVEC CAMILLE.
J’ai passé jusqu’à vendredy soir mon temps à Belle-Eau.
J’ai posé un papier païsage dans la salle à manger et le même dans le vestibule de Md Fréon.
Je me suis mis en route vendredy après le déjeuné dans la voiture de Md Fréon et me suis rendu chez Juliette avec qui j’ai passé le reste de la journée.
En revenant, j’ai été visiter Vinson, j’y ai trouvé Mr Follet, médecin en chef de la colonie, revenu de France il y a trois semaines ou un mois.
Je suis arrivé de nuit chez moi. Pendent mon absence Binja[min] a travaillé au cabriolet et les Noirs ont g[ratté] dans le jardin et y ont porté du fumier pour commencer le jardinage.
Hier j’ai été vis[iter] mon ris mais il n’est pas encor assez mûre pour être récolté. J’ai continué hier à travailler à mon jardin et comencé à retourner la terre.
Aujourd’hui j’ai été avec Camille et Céleste dîner chez Desruisseaux. Il fait toujours très sec et nous ressentons vivement le besoin de pluie.
Dim(anche) 19
TOUJOURS TEMS TRES SEC. THER(MOME)TRE 20 A 22 1/2. BAR(OME)TRE 28.2 LIG(NES). BRISE ASSEZ FORTE DE S(UD)-E(ST). RECOLTE DE RIS MALGACHE. UN PEU DE PLUIE. BRANCARS. DINE CHEZ BRUNO AVEC CAMILLE.
Lundy dernier, j’ai commencé à récolter le ris de malgache. Cette opération n’a été achevée que le mercredy et une petite portion est restée n’étant pas assez mûre.
Le jeudy et le vendredy on a battu le ris qui ayant été ramassé avec une grande partie de paille a offert des difficultés dans le battage. J’ai fait amoncellé dans ma salle la paille restante pour la faire échauffer afin d’en obtenir plus facillement le reste du ris.
Samdy soir, hier, le temps a été très chargé et dans la nuit dernière il est tombé un peu de pluie.
Les Noirs ont travaillé au jardin et Binjamin a commencé les brancards doubles de la grande voiture.
Aujourd’hui, j’ai été avec Céleste et Camille dîner chez Bruno. Nous avons ce soir apparence de pluie.
Dim(anche) 26
PLUIE. THER(MOME)TRE 29 A 22. BAR(OME)TRE 28.1 LIG(NES). VENTS [DE] S(UD)E(ST), O(UEST), N(ORD)-O(UEST), S(UD)-O(UEST), E(ST). BOITE A MD MARCHANT. CABRIOLET. JARDINAGE ET SEMAILLES. COMMENCE UNE HAIE AU JARDIN. DINE CHEZ DESRUISSEAUX. BRUNO VA DEMEURER A ST-DENIS.
Cette semaine, Binjamin a raccomodé une boîte de toilette à Md Marchant et fais plusieurs objets pour le cabriolet. J’ai fait faire des planches dans le jardin, fumer, etc. J’ai semé des brèdes, navets, carottes, betteraves, laitues, etc., planté des petits pois.
Nous avons eu de la pluie presque par continuité toute la semaine, particulièrement la nuit. J’ai commencé à entourrer de piquets de petites branches le jardin pour éviter la visite des volailles. J’ai fait tailler les filaos du chemin.
Bruno est allé avec sa famille à St-Denis pour y demeurer.
J’ai été seul dîner avec Desruisseaux qui part demain pour St-Denis.
Jeudy 30
PLUIE. THER(MOME)TRE 19 A 22. BAR(OME)TRE 28.2 LIG(NES). V[EN]TS VARIABLES. BATTU DU RIS. RECOLTE AUSSI. JARDIN. PILON A 2 TROUS. LA FETE DU ROI SERA HUMIDE.
Depuis lundy, j’ai fait battre la paille de ris et récolter les reste qui avait été laissé sur pied. Autant nous souffrions naguère de la sécheresse, autant la pluie nous incommode. Il en tombe presque continuellement, on voit cependant de temps à autres le soleil pénétrer et projetter des rayons très ardents.
On a travaillé à l’entourrage du jardin, etc. Binjamin est occupé à me faire un pillon à deux trous avec un bois noir de chez Anoline.
C’est demain l’aniversaire du roi Louis-Philippe. Chacun se dispose, les fusils se nettoient. Le tout pour la revue de ce jour et les feux de bataillon, de pelotons, etc., mais à la tournure du temps, je suis bien sûre que la milice aura plus d’envie de se mettre à l’habrit que de tirer des coups de fusils. Je suis persuadé que demain (premie)r mai sera un jour notable pour l’abondance d’eau.
Mai 1835
Vendredy (premie)r (mai). Fêtes du Roi.
PLUIE ENORME. THER(MOME)TRE 19 A 22. BAR(OME)TRE 28. VIOLENTES RAFFALES. FETES TROUBLEE PAR LA PLUIE ETC. J’AI LE TENESME.
La nuit dernière il y a eu beaucoup de pluie et ce mattin une embellie faisait espérer que la fête se passerait au moins pendent la cérémonie sans pluie, mais il en a été autrement. Depuis 9 heures du mattin jusqu’à deux heures, la pluie a tombée avec fureur et les rivières ont dessendu. Les miliciens se sont refugiés dans l’église et haut les armes, chacun s’est échappé comme il a pu.
Camille a passé le reste de la journé chez Juliette et Ferdinan[d] est arrivé trempé quoiqu’il se soit mis en route après le grain.
A St-Denis, il pleut encor ce soir, d’où il résulte que le feu d’artifice est à volo. Le bal aura lieu demain soir, dit-on, quand à moi, depuis quelques jours, je soufre beaucoup et j’ai par dessus le marché un ténesme qui m’écr[a]se.
Lundy 4
PLUIE ENORME. THER(MOME)TRE 19, 22. BAR(OME)TRE 28. VENT VARIABLE DU N(ORD)-O(UEST) AU E(ST). CAMILLE A ST-DENIS. PURGES D’HYPPOTHEQUES. FINI LE PILON. ENTOURE LE JARDIN. GRAIN DE PLUIE EXTRAORDINAIRE. FEU D’ARTIFICE TROUBLE. VOLS ET DESORDRE A ST-DENIS. JE SUIS PLUS MALADE.
Camille est parti hier pour St-Denis sur ma jument et il est de retour ce soir. Il a été pour faire purger l’habitation d’hipothèques pour Gervais.
Samdy, Binjamin a achevé de faire les trous au pilon et hier mattin je l’ai fait dessendre mais il était imparfait et en conséquence je l’ai de nouveau tracé et Binjamin l’a achevé dans la journée.
Les Noirs continuent à entourer d’épines le jardin. Hier, à cinq heures du soir, il est venu tout à coup de l’est un des plus énormes grains de pluies que j’aie vu. Ce grain n’a duré que demie-heure mais il a fait dessendre les rivières et ruisseaux et a inondé la plaine. Les grains de pluie tombaient gros comme une noisette et le bruit qu’il faisaient ressemblait à un violent orag[e]. Les arbres étaient agittés comme dans un coup de vent. Après ce grain, la pluie a continué à tomber modérément jusqu’à plus de deux heures du mattin.
Aujourd’hui, nous avons eu un assez beau terms. Camille dit que le feu d’artifice qui avait été remis au dimanche n’a pas eu sa fin, quoiqu’on se fût empressé de brûler toutes les pièces à la hâte, le grain est arrivé et y a mis bon ordre ; dans quelques minutes les rues sont devenues des rivières et chacun se sauvant comme il pouvait. Il y a eu des vols, on a arraché des schals, bijous, etc., enfin un désordre complet ; une profonde obscurité favorisait ce désordre en dépit de la police.
J’ai été plus souffrant aujourd’hui et la nuit dernière je n’ai pas dormi, allant souvent à la garde-robe. J’ai eu de fortes coliques et j’ai rendu du sang et des glaires. A présent, il est question de savoir ce que cela deviendra, d’autant que les palpitations et battements du coeur sont devenues intolérables.
Mardy 5
BEAU T[EM]S. THER(MOME)TRE 19, 22. BAR(OME)TRE 27. 11 1/2. VENTS [DE] N(ORD)-O(UEST). TRINGLES ET REGLES A NIVEAU. JARDIN. J’AI SOUFFERT CONSIDERABLEMENT. CABRIOLET DE VINCENT.
Binjamin a fait des tringles pour fermer la coulisse d’une règle à niveau pour le point de myre et les ai mis en place.
Auguste est malade. Jean et Mambo ont continué à boucher autour du jardin avec des épines.
J’ai eu d’affreuses coliques la nuit dernière et n’ai pas fermé l’oeil. J’ai eprouvés des éprintes insupportables. Je crois que les hémoroïdes jouent un rôle dans ma maladie.
Après-midy, Vincent m’a envoyé sont cabriolet pour me porter à Belle-Eau, mais n’étant pas en état d’y aller, je lui ai écrit et lui ai dit que ce ne pourrait être que dans quelques jours.
Dim(anche) 10
PLUIE ET BEAU TEMS. PLUIE AUJOURD’HUI. THER(MOME)TRE 17 A 21. BAR(OME)TRE 27.11. CALME. ARRANGE UN CANAL. SEME DES BREDES QUI NE LEVENT PAS. POIREAUX. FAUTEUIL. PLUIE. VISITE DE MEZIERE. D’AVESNE ET AUGUSTE. ALFREDE ET JULIETTE. ENVOYE A MD MARCHANT BOITE, LACETS ETC.
8 h(eu)r(es) du matin.
Mercredy, j’ai fait porter des pions dans le jardin pour refaire une partie du canal qui était couvert en bois.
Jeudy, j’ai fait le canal et continué jusqu’à hier soir à travailler au jardin. J’ai semé de nouveau des brèdes, les p(remiè)res n’ayant pas levées. J’ai trensplanté les poireaux, préparé des planches, etc.
Binjamin a travaillé à un fauteuil pour moi, il n’est pas achevé ce soir.
Nous avons eu un temps superbe tous ces derniers jours et hier soir. Ce mattin, au point du jour, la pluie a commencé à tomber modérément.
Jeudy, Lepervanche Mézière est venu passer une partie de la journée avec moi ; il a emporté plusieurs vues des païsages, volcans et desseins d’Arrago pour faire voir à Beaumont. Le même jour Davesne et Aug(us)te Dioré sont venus me voir. Juliette et Alfrède sont venus déjeuner avec nous le même jour. C’était le jour aux visites !
Md Marchant m’a écrit avant-hier pour avoir de mes nouvelles. Je lui ai renvoyé sa petite toilette (illisible).
Lundy 11
BEAU TEMS. THER(MOME)TRE 17 A 21. BAR(OME)TRE 28. VENTS DU N(ORD)O(UEST) INSENSIBLES. PLATTE-BANDE O(UES)T. CITRONS GALLET. JARDINER. VISITE D’AUGUSTE ET CAMPENON. CAMILLE ET FEMME A ST-DENIS. JE SUIS TOUJOURS MALADE.
Arrangé et fumé une platte-bande au bord à l’ouest du jardin et y planté (sic) des graines des citrons gallet. Il y a déjà des limons etc. Porté du fumier dans le jardin. Achevé de retourner le carreaux aux-dessus des cocos.
Auguste Dioré et Campenon fils sont venus me voir ce soir.
Camille est parti ce mattin avec sa famille dans la voiture d’Art(hur) Vergoz pour passer quelques jours à St-Denis. Je crains que ses enfants n’y soient malade.
Quand à moi, je souffre toujours de ténesme et de coliques mais je ne rends plus de sang.
Mercredy 13
PLUIE. THER(MOME)TRE 17, 20,17 1/2. BAR(OME)TRE 28.1 LIG(NES). VENT [DE] S(UD)-E(ST). TRAVAILLE AU JARDIN. DEFFAIT LE PERON. REMPES POUR ENTRER AU JARDIN. GRAINES DE BREDES DE CHAROUX.
Hier, toute la journée on a travaillé au jardin. J’ai fait faire des planches, porter du fumier et au couché du soleil j’ai trensplanté deux planches de choux de Chine, de plants que Vermont m’a porté. Sur le soir, le temps s’est pris de partout et toute la nuit dernière il est tombé une petite pluie par petite gouttes isolés. Ce mattin cela a augmenté et toute la journée ces gouttes ont continuée sans interruption et sans presque mouiller la terre. Ce soir, il tombe un peu de pluie.
J’ai fait défaire le péron qui dessendait au jardin et rendre la platte-forme continue. A la place du péron je vais faire un bassin unique pour les deux côtés de cette première terrasse. On entrera au jardin par deux rempes partant des deux tonnelles, celle de l’est a été faite aujourd’hui.
J’ai eu un peu de graines de brèdes de Charoux et je les ai semées, celles-là lèveront peut-être.
Dim(anche) 17
TEMS VARIA[B]LE ET UN PEU [D]E PLUIE. THER(MOME)TRE [... ] A 20. BAR(OME)TRE 28. VENTS DE S(UD)-E(ST). TRAVAILLE AUX CANEAUX DU JARDIN. LETTRE DE CAMILLE. GRAIN DE PLUIE. CAMILLE ARRIVE. BRIK CONSTRUIT PAR UN CANONNIER. JEUNE HOMME QUI SE PEND SANS LE VOULOIR. GRAIN DE PLUIE.
A midy.
Les trois derniers jours de la semaine ont été employés à la confection du premier bassein au-dessus de la platte-forme. On a rectifié le tour de cette platte-forme, fini la rempe à l’e(st), fait les caneaux en gros bambous pour conduire au bassein les eaux de droite et de gauche. Enfin, hier, l’eau y est arrivée et le bassein à bientôt été plain. Au bout des rampes, il y a trois marches pour arriver au niveau de la terrasse et du bassein. Celles à l’est sont faites en pieres, l’autre rampe n’est pas achevée.
Ennuie et souffrance le reste de la journée.
J’ai reçu vendredy une lettre de Camille qui me demande pour aujourd’hui trois Noirs pour opérer son retour chez lui. Les Noirs sont partis ce mattin à trois heures et j’attends Camille et sa famille ce soir.
Hier soir, il nous est venu de l’est et tout à coup vers les sept heures un assez fort grain qui s’est bientôt dissipé, et le ciel a reparu pure ce mattin. Un peu de pluie à laquelle a succédé ce beau tems.
Huit heures du soir.
Camille est arrivé avec femme et enfant à deux heures après midi. Il était bien fatigué et malade. Il m’a dit que pendent tout le temps qu’il a été à St-Denis, il a été malade avec le cour de ventre.
Des canonniers ont construit un brik à Ste-Marie de Madagascar sans autres secours. Ce brik est arrivé à St-Denis. Le canonnier constructeur a été décoré et on lui a donné le commendement de sa compagnie.
Un triste événement a eu lieu à St-Denis ces jours derniers. Un jeune homme de 16 à 17 ans, en badinant, s’était passé une corde au cou et disait à des Noirs qui portaient des marchandises qu’il était à livrer : “Voyez, cela ne fait pas mal de se pendre”. Les Noirs sortent et reviennent peu après. Mais, soit que le malheureux ait tombé, ou quelque soit la cause, on l’a trouvé étranglé sans qu’on ait pu le sauver de la mort. Ce pauvre jeune homme avait-il une destinée ?
Sur les cin[q] heures et demie ce soir nous avons eu un asse[z] bon grain de pluie. Le temps est revenu au beau s[itô]t après.
Dim(anche) 31
BEAU TEMPS. THER(MOME)TRE 15 A 19. BARO(ME)TRE 28.2 LIG(NES). VENTS DE S(UD)-E(ST). CONTINUER MON TRAVAIL DE BASSEINS ET CANEAUX. MORT D’ALIDOR. J’EN SUIS BIEN CHAGRAIN. MON MAL [DE]VIENT INTOLERABLE. VISITE DE VINCENT. IL VA A SALAZIE. PASSE LA JOURNEE AVEC JULIETTE. VU VINSON. SON CONSEIL. DINE CHEZ DESRUISSEAUX. PLANT DE CHOUX. MANIERE D’EVITER LES CHENILLES. NOEL ET CLARICE LOUES A ST-DENIS.
J’ai continué durant ces quinze derniers jou[r]s à travailler à mes basseins et à mettre des caneaux de bambous pour la conduite de l’eau.
Nous avons eu quelques grains de pluie de temps à autres mais cela n’a pas fait grand effet. Nous pouvons, nonobstant, dire que nous avons une sécheresse.
Le jeudy 21 de ce mois, j’ai perdu mon pauvre petit Alidor, unique enfant de Rosa. Il est mort à neuf heures du mattin. J’ai éprouvé une chagrin bien vif de cette perte. Ce pauvre enfant était tout gentil et habitué à le voir toujours près de moi. Je sens une sorte de vuide qui me fait mal. La malheureuse mère est encor inconsolable aujourd’hui.
Cet événement n’a fait que fortifier le mal que j’éprouve, les palpitations et ces terribles battements du ceeur sont devenus intollérable et je ne sais vraiment pas si, définitivement, je ne suis pas atteint d’une anévrisme au ceeur même ou du moins à l’ahorte. Au total je ne m’en inquiète guère.
Vincent est venu ces jours derniers en cabriolet me voir, il allait à Salazie et m’a engagé à venir avec lui. Mais outre que ma maladie ne me permet pas des mouvements violents, je ne suis pas encor paré à faire ce voyage que je ferai plus tard si Dieu le veut. Vincent m’a quitté pour continuer son voyage.
J’ai reçu plusieurs lettres de Belle-Eau, on m’engage à venir passer quelques jours, mais j’ai un travail que je ne puis quitter d’un seul instant.
Aujourd’hui, j’ai été à cheval et (illisible) passer la journée avec Juliette. Ses pauvres petits enfants ont la coqueluche. J’ai vu Vinson qui m’a conseillé d’aller prendre les eaux mais je n’y crois pas. L’air vif et frais à Salazie, peut-être.
Dimanche dernier, j’ai été avec Camille et sa femme dîner chez Desruisseaux. J’en ai rapporté une quarantaines de plants de choux que Desruisseaux m’a donné et que j’ai planté avec de l’ail. On dit que cela empêche les chenilles de se mettre après les choux. J’en ai semé il y a quelques temps qui est encor trop petit pour être trensplanté.
J’ai envoyé Clarice et Noël pour être loués à St-Denis et je n’en ai pas encor eu de nouvelles, ils y sont depuis le 5 de ce mois.
Juin 1835
Dim(anche) 7 (juin).
BEAU TEMS. THER(MOME)TRE 14 A 19. BAR(OME)TRE 28.2. VIOLENTE BRISE DU S(UD)-E(ST). BASSEINS ET CANEAUX. JET D’EAU. CAMILLE AVEC SA FEMME A ST-PAUL. LETTRE DE LUI. REPONSE. ANNIVERSAIRE DE MONSIEUR BERTIN. BELLE VIEILLESSE. VISITE D’EDMONT GRINNE. REVUE ET MANIEMENT DES ARMES. MD DESPREZ ACCOUCHEE D’UN GARÇON. J(EA)N-B(APTIS)TE PIGNOLET.
J’ai encor travaillé toute la semaine à mes canaux et basseins du jardin. J’établis un jet d’eau au milieu du bassein du bas du jardin.
Camille est parti le lundy (premie)r avec sa famille pour passer une quinzaine à St-Paul. Hier, par le retour des Noirs, il m’a écrit qu’il serait de retour le 15 et de lui écrire par la poste pour lui donner des renseignements sur la trensaction que j’ai passé avec Md Fabri. Je lui ai écrit à ce sujet hier s[oi]r.
Aujourd’hui a eu lieu un dîné chez Campenon à l’occasion de l’aniversaire du respectable Mr Bertin de Rocour. Son beau-père, ce vénérable et aimable vieillard a atteint sa quatre-vingtneuvième année le 5 de ce mois et il jouit de la meilleur santé et d’une gaieté charmante.
Nous avons toujours beau tems mais cependent jeudy soir nous avons eu de la pluie qui a continué toute la nuit et presque la mattiné du vendredy.
Edmont Grinne est venu me voir et a dîné avec nous ces deux jours, jeudy et vendredy, il est reparti.
Aujourd’hui, il y a eu une revue de notre arrondissement pour le maniement des armes. Cela a eu lieu [c]hez moi, après nous sommes montés chez Campenon pour le dîné. Je suis m[o]nté à cheval et Campenon, Notaise, etc., ont passés par chez Desprez, de sorte que je me suis trouvé seul d’abord en arrivant.
Peu après, Campenon est arrivé tout essouflé et m’a annoncé que Md Desprez venait de mettre au monde un beau garçon. Voilà Desprez père de 4 enfants. Md Campenon, la mère, est allé de suite chez Desprez, près de sa fille, et n’est pas revenu au dîné.
Cet événement a été cause que nous avons eu plusieurs convives de moins.
Je suis revenu chez moi avec J(ea)n-B(aptis)te Pignolet qui était venu dès le mattin pour accoucher sa cousine. Il a continué sa route pour se rendre chez lui au Champ Borne.
Mardy 9
BEAU TEMS. THER(MOME)TRE 15 A 21. BAR(OME)TRE 28.2 LIG(NES). VENTS DE S(UD)-E(ST). ARRIVEE AU BAS DU JARDIN. PLANTE DES ECHALOTI’ES BLANCHES ET DES MULTIPLIANTS. ECRIT A VINCENT POUR LA VOITURE. NIVELLE CHEZ CHAMPOU POUR UN VIVIER.
Hier j’ai achevé de poser les canaux jusqu’au bas du jardin, mis l’eau au grand bassein, et fait joué le jet d’eau qui va très bien.
Aujourd’hui, j’ai arrangé les planches où j’avais planté des pois qui, n’ayant pas réussi, ont été arrachés et j’ai mis en place des échalottes blanches, planté aussi des multipliants.
J’ai écrit ce mattin à Vincent pour avoir sa voiture. Il me l’enverra demain mattin et j’irai passer la journée à Belle-Eau.
Ce mattin, je suis dessendu chez Champou pour tirer un niveau. J’ai trouvé qu’il avait à creuser 27 pouces pour avoir un vivier au niveau de sa source.
Mercredy 10
BEAU TEMS. THER(MOME)TRE 15 A 21. BAR(OME)TRE 28.1 LIG(NES). VENTS A L’O(UEST). OSCAR, LUBIN ET VICTOR VOMISSENT. VOYAGE A BELLE-EAU. D’ABLEVILLE. LE MERCURE ARRIVE. PLANCHE FAITES AU JARDIN.
J’ai donné à vomir à Oscar, Lubin et Victor, et suis parti en cabriolet pour Belle-Eau à six heures du mattin.
J’y ai trouvé D’Ableville. Il est devenu vieux ! Il est parti après dîné pour St-Denis et reviendra demain.
Je suis revenu à la maison. En arrivant à 8 heures, j’ai visité les malades et entendu plusieurs plaintes. A débrouiller demain. Le Mercure, venant de Nantes, a passé après-midy devant Belle-Eau faisant route pour St-Denis.
Md Tourris (Vilentroi) est venu à Belle-Eau en visite avec ses filles.
Les Noirs ont, pendent mon absence, dressé quatre planches aux cocos et nivellé la (deuxiè)me terrasse à l’ouest.
Jeudy 11
TEMS NEBULEUX. THER(MOME)TRE 15, 16. BAR(OME)TRE 28.1. BRISE CARABINEE DE S(UD)-E(ST). BRULE DES HERBES. TERRASSE. FOUILLE LE CANAL DU BAS. PREPARE DES CANEAUX. VISITE D’ARMAND. NOEL ABSEN[T]. PROMIS D’Y ALLER.
Aujourd’hui, j’ai fait brûler beaucoup d’herbes, etc., dans la terrasse nivellée hier, mais la brise qui s’est ellevée à 9 heures m’a forcé d’arrêter cette opération.
J’ai fait fouiller le reste du canal du grand bassein au bareau d’en bas du jardin. J’ai préparé les caneaux le reste de la journée pour les poser demain.
J’ai envoyé deux Noirs pour nettoyer le canal, l’eau ne venait plus.
Adam (Armant) est venu me voir pour me demander Noël pour peindre sa machine à vap[eur]. Je lui ai dit que Noël était absent et loué depuis un moi et que je n’en avais pas de nouvelles depuis. Je lui ai dit que demain j’irais lui montrer à préparer la peinture et à la poser.
Nous avons eu et il reigne encor ce soir une brise exessive. On dirait d’un coup de vent. Cette brise porte un froid très piquant.
Vendredy 12
MEME TEMS. THER(MOME)TRE 15, 19. BAR(OME)TRE 28. 3 LIG(NES]. BRISE EXESSIVEMENT FORTE S(UD)-E(ST). TRAVAILLE AU CANAL DU JARDIN. FONTAINE AU CHEMIN.
Travaillé toute la journée à faire arriver les canaux du jardin en bas. Arrivé à l’allée d’entrée, fait la fontaine.
La brise a été exessivement forte. Les arbres ont perdus une grande partie de leurs feuilles. La brise est encor aussi forte ce soir, elle n’a pas discontinué depuis hier.
Les feuilles des zapanes, au bas du jardin, sont grillées comme si elles avaient subie l’action du feu.
Samdy 13
TEMS TRES NEBULEUX. PEU DE SOLEIL. THER(MOME)TRE 15 A 18. BAR(OME)TRE 28.3 LIG(NES). BRISE COMME UN COUP DE VENT. MANGUIER BRISE CHEZ CAMILLE. L’EAU ARRIVEE CHEZ CAMILLE. CHARMILLE DETRUITE. PLANTE DES BREDES MORELLES ET 27 PIEDS DE CHOUX. LA BRISE A MOLLI. REÇU 4 PIASTRES POUR CLARICE.
La brise a continué toute la nuit dernière et aujourd’hui particulièrement. Dans l’après-midy, elle a été d’une force extraordinaire, autant vaudrait un coup de vent. Plusieurs arbres ont été brisés, entre autres un jeune manguier Auguste dans le verger de Camille a été cassé net à la jointure de l’Approche dont il reste un morceau qui probablement donnera des repousses.
J’ai continué mon travaille et posé des caneaux jusqu’au jardin de Camille où l’eau est arrivée par la nouvelle route. J’ai fait, après c[e]la, abbatre la grande charmille du bas dans l’alig[ne]ment des cocos. Elle doit être détruite nécessairement par le nouvel arrangement du bas de mon jardin. J’ai fait trensplanter dans le carreau des cocos à l’est cinq planches de brèdes divers. Dans la terrasse au-dessus, j’ai planté 27 plants de choux-pomme de mon semis.
La brise a un peu molli ce soir et le temps s’est très chargé de vapeur, ce qui me fait espérer que demain nous n’aurons pas de brise ou que du moins elle sera supportable.
Hier, j’ai reçu par le retour de Clémentine de St-Denis, quatre piastres que m’a envoyé Md Bruno pour le loyer de Clarice du mois de mai.
Dim(anche) 14
MEME TEMS. THER(MOME)TRE 15 A 18. BAR(OME)TRE 28.3. MEME BRISE. NOIRS DE CAMILLE ET LES MIENS AU GAZON. PIED DE COCO VOLE. TRAVAILLE LA JOURNÉE. REVUE MANQUEE. GROSSE MER. NOTAISE ET ARTUR. INVITATION POUR LE 9 JUILLET. LETTRE A SICRE. HUMBOLTD.
Les Noirs de Camille réunis aux miens ont été au gazon ce mattin pour le bassein de Camille.
Après la corvée, les miens ont travaillé le reste de la journée au bassein, en punition, pour un pied de cocos nouvellement planté qu’on a volé. Exemple.
Notaise et Desprez sont arrivé à 11 heures pour une revue mais personne n’est venue et ils sont retournés chez eux. On a bien fait ! A quoi sert cette revue ? Aucun but d’utilité et partout ça ne signifie rien que de faire perdre du temps aux bons citoyens qui ont autre chose à faire.
Notaise fils et Artur Pignolet sont venu après et ont resté longtemps à causer avec moi. Artur m’a engagé à dîner chez lui le 9 du mois prochain. Il s’y prend de bonne heure !
Ce soir la brise a molli et il fait de la pluie, puisse-[t]-elle nous delivrer de cet infernal méthéor.
J’ai écrit à Sicre pour avoir la suite des Voyages de Humboltd dont j’avais porté le (premie)r vol(ume) à Belle-Eau, il m’a envoyé le (deuxièm)e et le (troisièm)e.
Lundy 15
TEMS TRES VARIABLE. THE(RMOME)TRE 16 A 19. BAR(OME)TRE 28.3. BRISE MOINS FORTE DE S(UD)-E(ST). (PREMIE)RE TERRASSE. CITRONIERS LEVES. JE SOUFFRE PLUS.
J’ai travaillé toute la journée à la première terrasse à l’ouest et levé à la motte les citroniers que j’ai mis au bord de la palissade pour greffer des oranges. Je prolonge la terrasse jusqu’à la platte-forme. J’aurai plus de place pour jardiner.
La brise a beaucoup diminu[é], surtout à la mer, mais celle-ci est encor bien grosse. Nous avons eu un peu de pluie vers la fin de la nuit dernière.
Du reste, j’ai beaucoup souffert aujourd’hui des mouvements désordonnés du coeur. Ai-je une anévrisme ? Ça y ressemble bien. Du moins, si je ne souffrais pas je ne m’en inquiéterais guère !
Mardy 16
PLUIE. THER(MOME)TRE 16 A 19,16 1/2. BAR(OME)TRE 28.2 1/2. BRISE DE S(UD)E(ST). LA FONTAINE. LE BASSIN AU JET D’EAU. CONTINUE LE MEME OUVRAGE. POINT DE NOUVELLES DE CAMILLE A CAUSE.
Nous avons eu de la pluie toute la nuit dernière et toute la journée, à peu d’intervales près.
J’ai planté ce mattin une bonne planche de brèdes. J’ai fait gazonner le massif de la fontaine extérieure et en grande partie le grand bassein du bas. J’ai manqué de gazon pour achever.
Auguste et Jean ont pilé du ris une partie de la journée. Les autres et une après ont continués l’ouvrage d’hier. La pluie nous a un peu contrariés.
Je n’a[i] pas de nouvelles de Camille, il est probable qu’il ne sera point parti hier de St-Paul ; la brise a dû l’en empêcher. La mer a dû être aussi forte à St-Denis qu’ici, où elle l’est encor ce soir.
Mercredy 17
PLUIE. THER(MOME)TRE 16, 19,16 1/2. BAR(OME)TRE 28. 2 1/2. FORTE BRISE DE S(UD)-E(ST). CONTINUE MON TRAVAIL. ECHALOTTES VOLES. BILLET DE MD VINSON. NARCISSES.
Pluie la nuit dernière et un peu ce mattin. Le temps très variable dans la journée, ce soir disposition à la pluie. J’ai continué mon carreau de terrasse à l’o(uest). Je l’aurai achevé demain, j’espère.
La nuit dernière, on a volé une planche et 1/2 d’échalottes chez Camille. Théodor cafre, Trompette et Caprice étaient gardiens et selon les probabillités c’est Caprice qui est le voleur. Demain mattin, j’éclaircierai ce fait et les gardiens seront punis.
J’ai reçu ce mattin un billet de madame Vinson par sa bazardière. Elle me demande l’oseille pour planter des plants de fleurs. Je n’ai point d’oseille et n’ai pu lui envoyer que des ognons de Narcisse. C’est tout ce que j’ai.
Jeudy 18
PLUIE. THER(MOME)TRE 14, 18, 16. BARO(ME)TRE 28.2. FORTE BRISE DE S(UD)E(ST). CONTINUE MON TRAVAIL. MUR FAIT ET UN ESCALIER. DOULEUR AU COEUR. PLANTS DE CHOUX POUR CAMPENON.
Continuation de mon travaille. J’ai fini le mur en talu du côté du hangar et fait un escalier contre lui pour dessendre par le jardin.
Les gardiens d’hier ont été punis ce soir.
J’ai souffert aujourd’hui pour la première fois d’une assez vive douleur au coeur même, c’est ça !
Temps froid et gênant par une pluie qui vient à l’improviste et s’en va de même.
J’ai envoyé des plants de choux à Campenon pour Salazie.
Dim(anche) 21
PLUIE LA NUIT. THER(MOME)TRE 15 A 19. BAR(OME)TRE 28.2. BRISE DE S(UD)E(ST). TERRASSE. CAMILLE ARRIVE DE ST-PAUL.
Vendredy et samdy, j’ai travaillé à niveller la terrasse. Il a fallu tirer la mauvaise terre pour la remplacer par la bonne et avec peu de monde, c’est long.
Camille est arrivé de St-Paul avec sa fille vendredy après-midy, et ses Noirs ont travaillé toute la journée aujourd’hui, comme je l’avais dessidé, en punition de leurs vols, etc.
Mambo a fini de faire les murs du bassin de Camille et l’a gazonné. Camille l’a payé.
Mardy 23
BEAU TEMS. THER(MOME)TRE 15 A 19. BAR(OME)TRE 28.2. BRISE MODEREE. TRAVAILLE A LA TERRASSE. MARIAGE D’ALIDOR D’AMOUR.
Hier et aujourd’hui, les Noirs ont travaillé à préparer la terrasse première à l’ouest que j’ai commencé à refaire le 15.
Aujourd’hui à midy, je me suis rendu avec Levavasseur chez D’Amour pour prendre part au repas de noce qu’il a donné pour le maria[g]e de son fils qui a eu lieu dans la mattinée. Camille et sa femme, Boyer et Constance, Md Genon, sont arrivés peu après, de même que Dominique et sa femme. Tout ce monde était venu à la maison pour faire la toilette. On s’est mis à table à quatre heures. Le repas a été fort guai. Une sorte de honte de nos braves créols n’a pas laissé que d’être fort amusante ; peu à peu, ils se sont enhardis et on a fini par chanter. On est sorti de table à près de sept heures et on s’est mis à danser. Je me suis retiré à huit heures du soir, laissant toute cette bande joyeuse en disposition de danser toute la nuit.
Mardy 30
PLUIE. THER(MOME)TRE 15 A 20. BAR(OME)TRE 28.2. BRISE DE S(UD)-E(ST). MUR, ESCALIER ET RAMPE. PLANTE DE L’OGNON. VISITE DE PARNY, NOUVEAU VOISIN, INVITATION. GRAND DINE ET BAL CHEZ PARNY. CONTINUATION DU DINE DE PARNY.
Le reste de la semaine a été employé à monter le mur de la terrasse et à faire la rampe et l’escalier pour descendre de la platte-forme au jardin du côté de l’ouest. J’ai fait mettre du fumier dans les planches et planté de l’ognon de chez Camille dans tout le carreau.
Nous avons reçu dans la semaine la visite de Parny, notre nouveau voisin, de sa femme et de sa belle-mère, Md Fontvergue. Ils nous ont invité à un dîné que Parny a donné pour son installation nouvelle car il vient se fixer ici, ayant vendu à Dubézier son établissement de marine. En conséquence, dimanche à deux heures après-midy, nous avons été chez lui, encienne maison Roudic, pour le dîné. Successivement sont arrivés les familles Pivetau, Fontaine, Dubézier et Marcian Sigoyer, Md Deville et ses demoiselles dont Paris a épousé une sœure, plusieurs jeunes gens, Brulon fils, Givran, Fondaumière, etc.
On s’est mis à table à 4 heures avec la crainte de la pluie qui avait tombé toute la nuit précédante et dans la matinée. La table était dressé sous une voûte de manguiers, transformé en une très jolie salle verte. Le repas a été très gai, très beau et parfaitement bien ordonné. Fondaumière a chanté plusieurs chansons charmantes, et on se disposait à continuer sur le même ton, lorsque la pluie est venue déranger nos projets’et nous a forcés à nous refugier dans la maison où tout était disposé pour un bal. C’était fort heureusement le moment de quitter la table. Le jeune Fondaumière, d’une complaisance toute à fait aimable, a joué du violon toute la nuit, à quelques intervals près où je l’ai remplacé pour lui procurer le plaisir de faire quelques wals, seuls airs que j’ai pu jouer, ne connaissant pas les contredanses actuelles. Le bal a été charmant et semblait être une réunion de frère et de sœures. Nous nous sommes retirés à 4 heures du mattin, invités à revenir dans la mattinée pour passer la journée du lundy comme la veille.
Dès dix heures du mattin, tout le monde s’est réuni de nouveaux et à midy nous nous sommes mis à table pour déjeuner. Cette fois dans le salon même pour ne pas être chassés de la table comme la veille. On a tenu table longtemps. On a chanté, etc., et enfin chacun s’est retiré de son côté, les uns pour reposer, les autres pour se promener, car on devait encor dîner le soir et continuer après le bal. Effectivement, à six heures du soir, un nouveaux repas très bien ordonné et très brillant nous a réuni de nouveaux. Jacob fils et la famille Verville Pivetau s’étaient retirés chez eux après le déjeuné ne pouvant pas rester plus longtemps. J’ai regretté Jacob. Par une gaieté charmante et un caractère exellent il avait fait ma conquête. Le jeune Fondaumière a été très aimable, il a chanté divers petits morceaux de nos opéras nouveaux avec beaucoup de goût et surtout une complaisance tout à fait aimable.
A minuit, on s’est définitivement séparé. Les jeunes gens sont venus avec moi et ont coucher chez Camille, n’ayant pas de place chez Parny. Enfin, ce mattin à huit heures, ils ont pris congé de nous et sont parti chacun de son côté.
Nous avons eu de la pluie à verse toute la nuit du dimanche au lundy, la nuit du samdy au dimanche de même et jusqu’à dix heures du matin.
Les Noirs n’ont pas fait grand chose hier. Mambo était à me servir et les autres on placés quelques gazons au mur de la terrasse.
Juillet 1835
Dim(anche) 5 (juillet).
PLUIE. THER(MOME)TRE 15 A 20. BAR(OME)TRE 28.2 LIG(NES). FORTE BRISE DE S(UD)-E(ST). COUVERT A NEUF LE HANGAR. LETTRES DE GERVAIS DE STE-HELENE. RELATION D’UN NAUFRAGE EXTRAORDINAIRE. MORT D’ELISA FILLE D’ELISE BONE.
Tout le reste de la semaine a été employé à couper du vétivert pour recouvrir le grand hangar où il coulait mieux que dehors. Hier, on s’est mis à couvrir et on a fini le côté de la tonnelle au côté du vent. J’ai fait mettre les rangs de vétivert à un pied, ce qui donnera une épaisseur double à la couverture et une double durée.
Camille a reçu une lettre de Gervais datée de Ste-Hélène, tombeau du plus grand homme qui ait jamais existé. Gervais donne quelques détails sur Ste-Hélène à Camille et plus dans une lettre à Desruisseaux.
Il y parle d’une événement bien extraordinaire. En plaine mer, un homme du navire où il était tombe à la mer et disparaît. On vire de bord, un canot à la mer, et après cinq heures de recherche pendent lesquels le vaisseau allait et venait de tous côté, on ne retrouve plus le malheureux. Il était tombé dans la nuit. Après de vaines recherches, le navire se remet en route. Sur les 9 ou 10 heures du mattin, on apperçoit un homme à la mer et on croit que c’en est encor un autre, on le sauve. Quel a dû être le ravissement de tous les habitants de ce vaisseau en reconnaissant dans le naufragé sauvé le même homme qu’on croyait perdu ! Ce malheureux a lutté sept heures de temps contre la mer. Voilà une destinée bien marquée ! Eh bien ! Cet homme périra peut être de la piquûre d’une abeille. Alexandre le Grand est mort d’une indigestion. César d’un coup de couteau, de même que notre immortel et bon Henri !
Elise a perdu sa petite fille, morte d’une révolution de vers dans la nuit du 18 au 19 du mois de juin.
Dim(anche) 12
BEAU TEMS. THER(MOME)TRE 15 A 20. BAR(OME)TRE 28.2. FORTE BRISE DE S(UD)E(ST). COUVERTURE DU HANGAR. TERRASSE INTERIEURE. TRENSPLANTE L’ORRANGER D’AFFRIQUE, LIMON DE BERGAME. TRENSPLANTER DES LIMONS AU VERGER. VISITE A PARNY. DEJEUNE AVEC LE CURE. MICHEL JUGE. DINE AVEC JULIETTE. VINSON. VISITE A BERTRAND, L’EMANCIPATION. ELISE MALADE D’APHTES. MD GERVAIS CHEZ CAMILLE.
Depuis lundy jusqu’à jeudy, on a été occupé à couvrir et terminer tout ce qui concerne la toiture du hangar.
Samdy et vendredy, j’ai fait porter du fumier dans le demi-rond à l’ouest de la terrasse du bas du jardin. Je veux y planter du safran. Cette opération a été faite par les petits Noirs.
Pendent cela, les autres ont levé à la motte le plant d’orange de la côte d’Affrique et celui de limon de Bergame que j’ai mis dans la terrasse opposé à celle destinée au safran sur le bord. J’ai fait lever de même deux beaux plants de limon monstres que j’ai trensportés dans le verger. Ensuite, les Noirs réunis samdy ont défoncés le carreau au safran et mêlé le fumier.
Aujourd’hui, je suis dessendu à Ste-Suzanne chez Parny où j’ai trouvé Md Candide Azéma, etc. J’ai causé avec Md Fontvergue d’un pavillon qu’elle désire que je construise chez elle. Pendent cette visite, on disait la messe. En sortant de chez Parny, j’ai été voir le curé Minguet et j’ai déjeuné chez lui avec Irma et Md Ducasting. Michel le juge (Dusui) y était et nous avons fait un peu endiabler le bon curé pour le payer d’un exellent déjeuné arrosé d’un vin de caisse exellent.
En sortant de là, j’ai été voir Bertrand ; Alexis Malavoix est venu et nous avons causé politique et discuté la fameuse question de l’émancipation. Le résultat de notre délibération a été que nous ne pouvions point parer cette botte. Il faudra avaller la pillule mais il est question de savoir comment.
J’ai été passer le reste de la journée avec Juliette. J’ai vu Vinson et suis avec lui chez Juliette. Il venait voir la petite Elise qui a des aphtes à la bouche. Vinson assure que ce ne sera rien.
Le temps a été beau toute la semaine à une forte brise près. Elle a été exessivement forte aujourd’hui et vers midy elle a porté un peu de pluie.
Md Gervais est dessendu ce mattin chez Camille pour une huitaine.
Jeudy 16
PLUIE. THER(MOME)TRE 16 A 20. BER(OME)TRE 28.1 1/2. BRISE DE S(UD)-E(ST). PLANTE DES ALOES. FRAMBOISIERS FEROCES. FOUILLE DES CAMBARES FINES. COMMENCE LE MUR A L’EST. VISITE MR DESFOSSES. CAMILLE VA VOIR JULIETTE. ELISE BIEN. PLANTS D’ABBACAS ENVOYES A ADAMS.
Lundy, j’ai fait planter des aloès dans la palissade du verger au chemin, élagué les jacques de l’allée, planté des framboisiers féroce au haut du verger, fouillé les cambares fines et préparé une fausse pour en planter d’autres.
Mardy, commencé avec Gérôme et Auguste (Mambo malade) à monter le mur de la platteforme à l’est, continué le même travail jusqu’à ce soir.
Depuis lundy et la nuit qui l’a précédée nous avons de la pluie nuit et jour avec une brise de s(ud)-e(st) parfois insupportable. Ce soir, le temps a l’air de vouloir se remettre au beau mais je pense que nous aurons encor de la pluie cette nuit. Le beau tems à demain.
Mardy, Mr Desfosses, gendre de Despaissis (ou Despéssis), est venu voir Camille à l’occasion d’une affaire de manioc.
Après la visite, Camille est allé voir Juliette. En revenant ce soir, il nous a dit qu’Elise était tout à fait parée des aphtes et se portait bien.
Ce mattin, Adam (Armand) m’a envoyé demander des plants d’abbacas. Il faisait de la pluie à verse. Je lui ai envoyé une chartée de plants.
Dim(anche) 19
PLUIE. THER(MOME)TRE 15 A 20. BAR(OME)TRE 28.2 1/2. GRANDE BRISE S(UD)E(ST). CONTINUATION DU MUR. CAMILE ETC DINENT CHEZ MARGOT. PAUL DELAUNAY ET MOI CHEZ LEVAVASSEUR. VISITE A CAMPENON. BAL CHEZ MD VERVILLE. VISITE A BRUNO MALADE. GAROT PARTI POUR ST-DENIS, TRES MAL. PLUS DE MIRACLES. BRISE INSUPPORTABLE. CONSTANCE PRETE D’ACCOUCHER.
Vendredy et samdy continué à fouiller et monté le mur de la platte-forme du côté des bambous.
Vendredy, le temps a été assez beau dans la journée mais le soir la pluie et la nuit suivante. Hier, nous en avons eu toute la journée, à trois heures après midy il y a eu un grain comme au mois de janvier. Le temps s’est embelli la nuit dernière et aujourd’hui il a fait beau temps.
Camille, sa femme et Md Gervais sont allés dîner chez Md Antoine ainsi que Bruno et sa famille.
Paul Delaunay est arrivé à la maison à deux heures et nous somm[e]s montés ensemble chez Levavasseur où nous avons dîné. Je suis dessendu après dîné et j’ai été passer la soirée avec Campenon d’où je suis revenu à la maison à huit heures avec un temps noir comme le cachos.
Paul est allé chez Md Verville Pivetot où il y a eu un bal, c’est tout ce que j’en sais.
Vendredy, profitant du beau temps j’ai été voir Bruno qui depuis une quinzaine de jours était malade de fièvre. Je l’ai trouvé assez bien et en convalescence. J’ai dîné avec lui.
Levavasseur était allé le mattin à St-Denis conduire ce pauvre Garot qui est très mal d’une inflammation avec ulcères au rectum par suite d’une dissenterie opiniâtre. Suivant les apparances, il n’en poura revenir. Ce serait une sorte de miracle et nous ne sommes plus au temps où c’était une chose commune (que dit être).
En revenant de chez Bruno, j’ai attrapé de la pluie pour me raffraîchir. Ce soir, le temps est très beau mais la brise qui reigne depuis longtemps est d’une force à écorner les boeufs, ce qui est très peu amusant.
Au surplus, j’ajouterai que j’ai laissé Constance dans l’attente d’accoucher d’un instant à l’autre.
Dim(anche) 26
BEAU TEMS. THER(MOME)TRE 15, 13, 18. BAR(OME)TRE 28.2. VENTS AU S(UD)E(ST). TERRASSE. PLANTE DES MELONS ETC. PALISSADE. CONSTANCE EST ACCOUCHEE D’UNE FILLE.
Cette dernière semaine a été employée à finir la terrasse au-dessus de la tonnelle de bambous. On a fumé, fait des trous, etc., et planté des melons, concombres et des cornichons.
J’ai ensuite commencé à dresser le chemin le long du jardin et commencé une espèce de mur en terre pour ellever le bord de la palissade et y planter des rosiers.
Constance est accouchée le mercredy 22, et aujourd’hui, Camille, sa femme et moi nous sommes allés la voir.
Nous avons dîné chez Levavasseur où étaient Perticolts, Desruisseaux etc.
Août 1835
Dim(anche) 2 (août).
BEAU TEMS. THER(MOME)TRE 13 A 18. BAR(OME)TRE 28.1. FAIT VENIR L’EAU CHEZ CAMPENON. MALAVOLX. RECLAMATION. AMVERSAIRE DES 27,28 ET 29. JULIETTE. DEJEUNE CHEZ VINSON. DINE AVEC JULIETTE. ENFANT D’AUG(US)TE DIORE BIEN MAL.
J’ai été avec mes Noirs lundy chez Campenon pour faire venir l’eau sur la platte-forme au moyen de caneaux de bamboux sous terre.
J’ai interrompu cette opération mercredy 29 pour assister à la cérémonie de l’anniversaire de la révolution du 29 juillet 1830, après laquelle je suis allé passer la journée à Belle-Eau où j’ai été avec Vincent en cabriolet.
Jeudy, j’ai continué mon opération chez Campenon. Je l’ai achevé hier samdy.
Aujourd’hui, j’ai été à la mairie où j ai vu Malavoix ; je lui ai remis une lettre de Camille qui réclame la place de sergent-major de la compagnie n° 4, vacante par la promotion de Ch(ar)les Notaise à la soulieutenance.
Malavoix m’a remis un modèle de desseins à faire pour la broderie du drapeau de la milice de notre quartier.
Je suis ensuite allé déjeuner avec Vinson et passé le reste de la journée avec Juliette.
Un des enfants d’Aug(us)te Dioré est bien malade depuis deux ou trois mois et son état a empiré depuis quelques jours. La famille est dans les trenses et c’est bien naturelle.
Dim(anehe) 9 à Belle-Eau
BEAU TEMS. THER(MOME)TRE 15 A 20. BAR(OME)TRE 28.2. VENTS MODERES S(UD)E(ST). MUR DU JARDIN. PLANTATION DE ROSIERS ETC. LETTRE DE MD SICRE. ID(EM) A VINCENT. DESSEIN POUR LE DRAPEAU CHEZ DUBEZIER BRODE. MDS DEVILLE. EXPERIENCE SUR LES FILTRATION DU VESOU. IDENTITE PRESUMEE EN FAVEUR DE WEIZEL.
Pendant cette semaine, j’ai fini le mur du jardin le long du chemin et j’y ai fait planter des rosiers divers de même que des ybiscus de boutures.
Ce mattin, j’ai écrit à Vincent pour avoir son cabriolet, d’après une lettre de Md Sicre écrite jeudy soir qui m’engage à venir à Belle-Eau où je me suis rendu dans la journée.
Jeudy dernier, j’ai été chez Malavoix avec le dessein pour le drapeau et ensuite (aprouvé) j’ai été chez Dubézier où j’ai pris des mesures avec les dames Deville pour la broderie.
Le vendredy, j’ai passé la journée chez Dubézier pour montrer à ces dames à broder le drapeau. Je suis revenu fort tard à la maison.
J’avais trouvé Malavoix très occupé du nouveau procédé de filtration et de défécation du vesou découvert par un habitant de Maurice. On philtre et on défec à froid, ce qui doit nécessairement changer tout le sistème de la fabrication actuelle du sucre de cannes. Plus tard, je décrirai ces procédés que je crois identiques avec un sistème imaginé il y a plusieurs années par Wetzel si ce n’est son procédé même.
Jeudy 20
PLUIE. THER(MOME)TRE 12 A 18. BAR(OME)TRE 28.3 LIG(NES). VIOLENTE BRISE DE S(UD)-E(ST). RETOUR DE BELLE-EAU. TAPISERIE ETC. C[A]BRIOLET REPARE. DINE A STE-MARIE. A ST- DENIS “LE MAÇON“. BONNE TROUPE. PALAIS LEGISLATIF, MESQUINERIE. LETTRE DE MAD MARCHANT. D’OUVILLE ARRIVE DE LINDE. BRISE CARABINEE.
J’ai passé la semaine dernière à Belle-Eau et jusqu’au mardy. Je suis revenu chez moi le soir avec Vincent qui m’a déposé chez Champou ; il allait à St-André.
Pendent mon séjour à Belle-Eau, j’ai fait divers ouvrages, tapissé, réparé un cabriolet, etc.
Dimanche dernier, Vincent et moi nous avons été dîner chez Sicre à Ste-Marie et après dîné nous avons été à St-Denis au spectacle, on donnait Le Confident et Le Maçon. Cette dernière pièce fort jolie, poème de Scribe, musique de Boieldieu, n’a pas été parfaitement jouée par la troupe que Colombat a menée de France récemment, mais on voit qu’elle est bien composée généralement. Il y a de bons acteurs, des canta[tric]es d’un mérite réel et de bons chanteurs, entre autres, une très belle basse-taille et un ténor très bon.
Le lendemain, au mattin, nous avons été voir le palais législatif que l’on construit au haut du jardin public. La construction en sera assez élégante mais il pèse dans les matériaux employés, surtout dans la charpente, une mesquinerie trop évidente.
Hier soir, j’ai reçu une lettre de Md Marchant, elle me mande que Douville avec sa Nizida est arrivé avant-hier de l’Inde portant du ris et de la toile bleue.
Après la visite du palais, Vincent et moi, nous sommes venus au Chaudron où nous avons dejeuné avec Wetzel. Après, nous sommes venus dîner à Ste-Marie d’où enfin nous avons été à Belle-Eau. Nous avons été assaillis à la rivière des Pluies par une brise infernale qui nous a conduit jusqu’à Belle-Eau et qui dure encor aujourd’hui.
Pendent mon absence, mes Noirs ont travaillé chez Camille à faire les torchis de son hôpital. Ils ont travaillé six journées à trois (18).
Depuis mon retour, nous avons de la pluie continuellement.
J’ai fait trensplanter des brèdes, on a relevé la tonnelle de chèvrefeuille devant ma chambre, nettoyé le canal bleu, etc. pendent mon absence, Parny et [sa] famille sont venus dîner chez Camille et celui-ci en a fait autant chez Parny.
Dim(anche) 23
PLUIE. THER(MOME)TRE 15 A 18. BAR(OME)TRE 28.3. BRISE MODEREE ET PUIS CALME. CILINDRES NEUFS P(OU)R AROUROUT ET MANIOC (JATROPHA MANIHOT). PARNY ET FAMILLE DINENT AVEC NOUS. REVERSIS. AGREMENT DE LA CONVERSATION.
De la pluie toute la journée vendredy, samdy, et encor aujourd’hui. La p(eti)te rivière est dessendu.
J’ai remis à neuf et fait un cilindre pour le manioc et un pour l’arourout.
La pluie tombe après avoir tombée toute la journée et le temps est tellement disposé ce soir que nous ne pouvons pas manquer d’en avoir encor davantage la nuit prochaine.
Après déjeuné, Camille est allé chez Parny po[u]r l’engager à venir dîner avec nous. A deux heures, j’y suis allé et je suis revenu avec Parny et Paris, leurs dames et Md Fontvergue ; en dépit de la pluie nous nous sommes mis à table à cinq heures 1/4.
Après le dîné, nous avons fait le reversis jusqu’à neuf heures, pendent ce temps la pluie a redoublé. Du reste nous avons passé une soirée fort agréable. La partie n’étant pas assez sérieuse pour que les propos et une conversation fort aimables ne s’y mêlassent pour diversion aux coups piquants qui parfois venaient troublés la trenquillité des esprits.
Nous devons cette augmentation de plu[ie] à la nouvelle lune qui a eu lieu hier. L’année dernière à cette époque, nous avions une sécheresse mortelle.
Tant il y a que les jours se suivent mais ne se ressemblent pas. Diga stivu pioum.
Mercredy 26
TEMS VARIABLE ET COUVERT. THER(MOME)TRE 15 A 18. BAR(OME)TRE 28.2 LIG(NES). RECOLTE D’AROUROUT. DINE CHEZ DESRUISSEAUX. CONSTANCE. UNE NOURRICE. FERDINAND TARDIVEL TRES MAL, CAUSE. AVIS AUX MARIS. VISITE A LEPERVANCHE. VISITE DU CURE MINGUET. LETTRE DE MD MARCHANT. L’INDICATEUR. VOYAGE DE MR DUMONT D’URVILLE AUTOUR DU MONDE. MENSONGES. CRITIQUES.
Lundy toute la journée, les Noirs ont fouillés de l’arourout que les négresses ont lavé à mesure. Hier, on l’a passé au moulin. Aujourd’hui, on en a fouillé encor et lavé.
Hier, Camille, sa femme et moi nous avons été, après déjeuné, voir la femme en couche (Constance). Elle a eu plusieurs abcès au sein et a été obligé de donner une nourrice à sa fille. C’est une jeune créole fort bonne nourrice.
Après cette visite, nous avons été passer la journée chez Desruisseaux où nous avons dîné. Mambo et Auguste sont venus sur le tard pour porter la voiture de Renoyal et de notre petit Auguste.
En passant près de Md Joseph, j’ai entendu les pleintes de son pauvre fils Ferdinand qui se meurt de la douleur d’avoir perdu sa femme. Il y a 4 ans. Messieurs les maris, voilà un exemple à suivre si vous le pouvez !
Aujourd’hui, j’ai été après le déjeuné chez Lepervanche Mézière où j’ai passé une partie du jour à deviser avec lui.
En arrivant chez moi à 4 heures, le curé Minguet qui venait de donner des consol[a]tions à ce pauvre Ferdinand est entré me faire visite, puis il a été chez Camille et a repris la route.
Md Marchant m’a écrit hier soir en me faisant parvenir le dernier n(umer)o de l’indicateur où j’ai lu une critique très judicieuse du voyage autour du monde par le cap(itai)ne de vaisseaux Dumont d’Urville qui fait une relation de Maurice et Bourbon si plaine de mensonges et de faits controuvés que l’on n’en peut lire une ligne sans humeur et répugnance. Par exemple, on y dit que les cannes se broient sous des meules et que le suc épaissi des cannes, après cuisson, se jette sur des plattes- formes pour achever l’évaporation et former le grain de sucre, que les habitants de la partie du vent et ceux de sous le vent sont toujours en guere attendu qu’ils parlent des langues différentes, que les habitants sont comme leurs montagnes, âpres et sauvages, d’une humeur sombre et taciturne, etc. Enfin, c’est un tissu de mensonges dégoûtants. Recevez et fêtez donc les voyageurs pour vous voir villipender dans leurs relations ! A beau mentir qui vient de loin !
Samdy 29
BEAU TEMS. THER(MOME)TRE 15 A 18. BAR(OME)TRE 28.2 L(IGNES). PETITE BRISE [DE] S(UD)-E(ST). ACHEVE LA FABRICAT(IO)N DE L’AROUROUT. NETTOYE LE VERGER. PARNY, FEMME ET BELLE-MERE, IRMA DINENT AVEC NOUS ET MEME DEJEUNENT. PETITE MEULE SUR LE TOUR. REPASSE CISEAUX, ETC. BOUCLE D’OREILLE DE LAURE. VISITE DE CH(AR)LES ADAM. CAMILLE SERGENT-MAJOR. REVUE ANNONCEE POUR LE 6 (SEPTEM)BRE. LE DRAPEAU.
Jeudy, vendredy et aujourd’hui, on a continué à fabriquer de la fécule d’arourout, on a fini ce mattin à midy et j’ai commencé à faire gratter et nettoyer le verger qui est d’une salleté admirable.
Hier, Irma, Parny, sa femme et belle-mère ont déjeuné et dîné avec nous. Nous avons fait journée complette.
Aujourd’hui, ayant plusieurs objets à repasser et ma meule de coutelier étant demontée, j’en ai monté une petite sur mon tour et j’ai repasser mon canif de pauches et plusieurs paires de ciseaux.
Laure Jamin (God) a envoyé une négresse vers moi pour réclamer une boucle d’oreille qu’elle m’a prié de racommoder il y a quelques semaines. Je la lui ai envoyée.
Avant-hier, Ch(ar)les Adam est venu voir Camille et lui a annoncé qu’il le désignait comme sergent-major de notre arrondissement (il s’est ravisé) et lui a remis le contrôle de la compagnie pour qu’il entre de suite en fonction, ce qu’il a fait.
On do[it] avoir une revue générale le 6 (septem)bre et le gouv(erneu)r doit ce jour remettre au bataillon un drapeau avec toutes les petites herbes de la S(ain)t-Jean.
Lundy 31
BEAU TEMS. THER(MOME)TRE 14, 15, 20. BAR(OME)TRE 28.3, 28.2. BRISE DE S(UD)E(ST). DEJEUNE AVEC CAMILLE CHEZ LE CURE. VISITE A DUBEZIER, INVITATION POUR LE 6 (SEPTEM)BRE. HENRY, A LUI PARLER POUR JULIEN. DINE CHEZ JULIETTE. NETTOYE LE VERGER. MANIOC MOULU. MOULIN REMIS A NEUF. RENCONTRE MD JALOT. MORT DE L’ENFANT D’AUGUSTE.
Hier dimanche, je suis dessendu ainsi que Camille au quartier. J’ai été voir Dubézier pendent la messe. Hyp(polite) Féri, Marcian, etc., étaient chez lui et on y parlait de la cérémonie du 6 (septem)bre. Hyp(poli)te m’a remis une invitation pour le déjeuné que le corp des officiers doivent donner au gouverneur (et à moi puisqu’on m’y convie).
Après la messe, Camille est revenu avec moi chez le curé où nous avons déjeuné. Héry y était aussi et je lui ai parlé pour lui envoyer Julien afin qu’il lui donne quelques principes élémentaires d’éducation. Nous sommes convenus que ce serait pour le (premie)r octobre, jour de la rentrée des classes.
J’ai été passer le reste de la journée chez Juliette d’où je suis revenu à la maison après dîné. Aujourd’hui, j’ai continué à faire gratter et nettoyer le verger après avoir fait moudre du manioc pour les Noirs, n’ayant plus de ris à leur donner pour le moment. Pour cela j’ai été obliger de refaire a neuf les cilindres de mon moulin.
Hier, en dessandant, j’ai rencontré Md Jalot qui se rendait chez sa mère, Md Dioré. Elle m’a appris la mort de l’enfant d’Auguste Dioré, déssédé à 4 heures du mattin. Ce pauvre enfant ne pouvait pas en revenir quoique l’on pensait dans sa famille qu’il se trouvait mieux. Sa maladie était trop compliquée.
Septembre 1835
Dim(anche) 6 (septembre)
BEAU TEMS. THER(MOME)TRE 15 A 20. BAR(OME)TRE 28.2. BRISE DE S(UD)-E(ST). LE VERGER. SEMIS DE CAFE. PLANTE [DES] CITROUILLES. GRANDE REVUE. REMISE DU DRAPEAU. DISCOURS. ESPERANCE. VIVE LE ROI ! ETC. GRAND DEJEUNE CHEZ DUBEZIER. CHANSONS ZE, ZE. A LA SANTE. GRAND BAL.
J’ai continué jusqu’à jeudy compris à mettre en ordre mon verger.
Vendredy et samdy, gratté le haut et dressé les rosiers de l’entourage et gratté les vacouas jusqu’au font de Charlot. Ensuite, j’ai gratté et couvert le peu de plants de caffé de mon semis de l’année dernière dans le triangle à l’est. J’y ai planté des graines de citrouilles.
Aujourd’hui, nous sommes allé à Ste-Suzanne, Camille et Ferdinand pour la revue et la remise du drapeau et moi pour le déjeuné, ce qui ne revient pas au même. La cérémonie a été complette. Discours du gouverneur, lequel dit que la milice déffendrait son drapeau et ne l’abandonnerait jamais, même au péril de sa vie. Belle théorie, nous verrons à la pratique s’il y a lieu. Nos antécédents ne sont pas rassurants pour le drapeau. Une autre génération, d’autres moeurs peut-être !
Après la revue, on s’est mis à table dans la varangue de Dubézier. Un repas … comme ça … Il n’y avait pas d’huille, ni sel ni poivre pour la salade … du vin … bon, même du champagne. Un repas d’officiers. Santé du Roi, santé du gouverneur, santé du commandant, du bataillon, des femmes, chanson de circonstance d’Héry, chantée par lui. Malavoix, Cincinatus . A la santé de l’auteur. Chanson de Bertrand dechanté par Hypolite. Ze, za, zai… La voilà et vou[s] voyez par le dernier couplet que nous somm[es] les braves, des braves. Hé donc mon petit ! A la santé ! A la santé ! Au total le gouverneur est charmant, il a fait ma conquête. Il nous a un peu flattés d’ailleur …
A huit heures, la foule des dames est arrivée chez Malavoix où un briant salon parfaitement éclairé était disposé pour le bal. Allons les violons … et en danse, A neuf heures, on ne pouvait plus s’y tenir même debout. Tout était plain, mais voilà le bonnheur. On danse, on se foule, on s’accroche, c’est charmant ! …
C’était un spectacle charmant au commencement. La majeure partie des dames était en rose et voltigeaient pour ainsi dire dans ce vaste salon. On aurait dit des êtres aériens. C’était vraiment enchanteur. La Gouvernante a ouvert le bal par une valse avec Cincinatus. Elle avait une toilette très briante ; une robe de superbe mousseline, brillante d’argent, jettait un éclat céleste ; un diadème ou plutôt un turban à l’avenant, etc. Mais c’est qu’elle a dansé, la bonne dame ! Mais bien même. Bien, je dis, bien, très bien ! J’en ai été émerveillé. Ma foi, je ne m’y attendais pas et puis c’est tout … Mais voyez donc ces jeunes sylphides, ces nimphes en vérité, je ne m’y connais pas ou ce sont sûrement les filles des dieux. Il y a de quoi brûler des milliers de coeurs !
Mais comme je vous le disais tout à l’heure, on n’y tenait plus dès neuf heures, et poussé de proche en proche vers la porte, j’ai fini par la franchir et je me suis trouvé dehors à la belle étoile. Emile Vinet y était déjà pour la même cause, il fumait et je me mis à fumer aussi. Quelle chute ! Ah … quelle chute ! … Me voilà désanchanté, il faisait chaud là-dedans, il fait froid ici et me voilà glacé … Salam Vinet, bonsoir ! Me voilà à cheval gagnant du côté de mon lit. Camille y passera la nuit sans doute et moi je me mets au lit où je serai tout aussi bien qu’au bal. Bonsoir et beaucoup de plaisir aux nimphe, silphides, déesses, etc.
Couplets
Pour l’inauguration du drapeau de la milice de S(on) Ex(cellence)
Air de la Sentinelle, L’astre des nuits, etc.
Miliciens, quel spectacle nouveau
Dans ce beau jour de pompe solennelle !
A notre tête, il flotte, le drapeau
Où se reflète une gloire immortelle.
Ah ! pour enflammer votre ardeur
De quels souvenirs il abonde !
C’est l’étendard de la valeur, (bis)
Qui vingt ans fit trembler le monde,
Trembler le monde.
Dès qu’il paraît, de hauts faits glorieux,
Tout bon Français se rappelle l’histoire,
Et le héros qui l’a rendu fameux
Est le premier qui vient à la mémoire.
Son nom qui fait battre le ca?ur,
Sans pour cela que l’on conspire,
Sous l’étendard de la valeur (bis)
Sans crainte on peut se le redire,
Se le redire.
Napoléon, les aigles ne sont plus,
Mais la patrie a des braves encor ;
Paris naguère en Juillet les a vus
Reconquérir le drapeau tricolore.
Devant le canon de Gérard
D’Anvers croule la citadelle,
Pour prouver qu’au noble étendard (bis)
La gloire veut rester fidèlle,
Rester fidèle.
Mais par mes chants, des colons bourbonnais
Ai-je besoin d’exiter la vaillance,
Quand tant de fois, depuis Labourdonnaye,
On les a vus combattre pour la France ?
D’un siècle date le renom
De leurs illustres volontaires,
Et la bravoure est à Bourbon (bis)
Parmi les biens héréditaires,
Héréditaires.
(Jean-Baptiste Lescouble)
Sous-Lieutenant au bat(aillon) de milice de Ste-Suzanne.
Lundy 7
BEAU TEMS. THER(MOME)TRE 15, 19. BAR(OME)TRE 28.2. BRISE [DE] S(UD)-E(ST) HUMIDE.
Camille est revenu du bal à sept heures ce mattin. On a dansé jusqu’au grand jou[r]. Allez vous coucher mes mon amis, vous en avez besoin ! Moi qui ai bien dormi, je me mets à l’ouvrage.
J’ai envoyé Mambo et Auguste mener les chevaux à la mer pour les dégager des poux d’oie qui les venaient (sic) et avec Gêrome et Paul j’ai régularisé les bords de la terrasse n° 3 à l’ouest et j’y ai planté des graines de grosses papingailles pour en faire une tonnelle.
Jeudy 10, à St-Denis.
LES ENFANTS D’EDOUARD.
Le jour du bal, Cordé est arrivé à Ste-Suzanne sur le soir. J’étais vivement sollicité de me rendre à St-Denis pour faire les décorations du théâtre. Cordé m’a dessidé. Hier, je suis venu à Belle-Eau où j’ai couché.
Fontville Barois, Wislai et leurs dames y étaient depuis la veille et devaient partir pour St-Denis afin de s’acheminer à leur domicile à St-Paul.
Ce matin, je me suis embarqué avec Fontville et sa femme dans la calèche de Md Fréon et nous nous sommes mis en route pour St-Denis. Nous avons fait une assez longue visite à Md Tourris à la Mare et nous sommes arrivés à St-Denis assez tard.
Chacun a fait les préparatifs pour aller au spectacle, et moi je me s[uis] rendu de suite chez Cordé où j’ai dîné av[ec] Laffond de St -Paul.
Après le dîné, Cordé m’a conduit chez Colombat, directeur du théâtre et nous avons entamé la grande affaire et remis à demain pour terminer nos conventions.
Enfin, nous avons été voir le spectacle, on a joué Les Enfants d’Edouard de Casimir de Lavigne, “tragédie moderne”, ainsi l’a dit l’affiche. Cette pièce a été parfaitement jouée. Grandjean a joué le rôle du gloutt[on à la] perfection. Mesdames Gober et les jeunes Lémerie ont été parfaite. On a pleuré comme des veaux. C’est bête de pleurer, mais que diable voulez-vous ? On a joué après la tragédie un petit vaudeville, La Femme de l’avoué, pièce plaine d’esprit et de finesse. Mlle Eugénie y a joué le rôle de la femme de l’avoué, il a mérité les nombreux aplaudissements du public.
Nous rentrons à 11 heures 1/2 et je me mets au lit la tête farci de …
Dim(anche) 13
/LE/ CALIF DE BAGDAD. LE CONFIDENT.
Le Calif de Bagdad et Le Confident, parfait !
Mardy 15
LE PRE AU CLERCS.
Le Pré au clercs, musique d’Hérold, charmant opéra, musique enchanteresse, très bien jouée à quelques faiblesses près.
Vendredy 18
VOYAGE A STE-SUZANNE.
Je suis monté mercredy mattin dîné à Belle-Eau et rendu chez moi avec une pluie infernale. J’ai pris quelques objets dont j’ai besoin et jeudy je suis venu à Belle-Eau.
Ce mattin, je suis venu avec Henry Sicre à St-Denis et me voilà prêt à me mettre à l’oeuvre. J’ai vu Colombat, Varnier le régisseur, et nous avons arrêté ce que nous devons faire d’abord.
Dim(anche) 20
[LE] PRE AUX CLERCS. UNE FEMME DE L’EMPIRE.
Bagnauder, courrir les rues, un peu ennuyé du métier, cent difficultés empêchent que je ne me mette à l’ouvrage.
Aujourd’hui, on a joué une nouvelle représentation du Pré aux clercs suivi du vaudeville. Une Femme de l’Empir(e), très bien joué. Dans cette dernière pièce on fait a[l]lusion à la générale Lefebre, la femme à fèvre et la celllel à l’ânne et autres plaisanteries du temps. J’en ai bien [r]i mais les [mili]taires de l’Empire ne doivent pas, ce me semble, trouver la plaisanterie trop bonne.
Demain, je dois commencer à travailler et je paris bien que je ne commencerai pas encor, et cependant il est temps.
Mardy 22
LE CHALET. LA REINE DE 16 ANS. ZOE.
Et bien ! Je n’ai pas plus commencé hier qu’aujourd’hui, on n’est pas prêt. On a donné aujourd’hui trois petites pièces en vaudeville, Le Chalet, charmant vaudeville dans lequel petit Va[I]ther nous a charmés par sa voix vraiment fort belle, basse-taille superbe, ensuite La Reine de seize ans, pièce plaine d’esprit, mais d’une froideur glaciale enfin Zoé, très jolie et très bien jouée.
A jeudy, La Fiancé de la Mer Noire.
Jeudy 24
LA FIANCEE.
Hier a encor été une journée perdue, faute des objets nécessaires à mon travail.
Enfin, aujourd’hui j’ai pu commencer et disposer tout pour me mettre à l’eeuvre. Ce soir, on a donné La Fiancée, cette musique comme toute celles d’Aubert est charmante. La pièce a été très bien jouée. Lecourt, Lafite, Fleuri, Mlle Gobert, Md Sirvamk ont eu de l’ensemble et s’en sont tirés à merveille et si ce n’avait été autour de moi le bavardage impitoyable de ces gens qui ne savent apprécier que les farces de cabaret et qui ne semblent venir au spectacle que pour n’y pas p[r]endre part aux plaisirs des personnes de bon sens, la soirée eût été parfaite.
La police est très imparfaite sous ce rapport. La peste étoufe les insensibles.
Dim(anche) 27
LE BAL D’OUVRIERS. JOCONDE. LA FAMILLE DE L’ APOTICAIRE.
J’ai enfin commencé la décoration de La Muete depuis vendredy, et je suis définitivement à l’oeuvre quoiqu’il me manque encor bien des choses.
On a joué ce soir Le Bal d’ouvriers, Joconde et La Famille de l’apoticaire. Le régisseur a annoncé au public, entre deux pièces, une représentation de la Fiancée et des Enfants d’Edoua(r]d demain. Je crois que ce sera au bénéfice d’u[n] encien acteur et sa femme qui veulent retourner en France mais n’en ont pas les moyens.
Lundy 28
LA FIANCEE. [LES] CAMARADES DE LIT.
Aujourd’hui, j’ai travaillé toute la journée aux décors de la Muete.
Ce soir, on a joué La Fiancée et Les Camarades de lit. La Fiancée a été parfaitement jouée, mieux que la première fois. La petite pièce l’a été aussi très bien. Entre les deux, Mlle Lémeril a chanté l’ariette du Calif du Bagdad, De tous les pays pour vous plaire, ensuite un superbe morceau de [blanc].
Cette charmante cantatrice s’est surpassée. Aussi a-t-elle reçu de nombreux aplaudissement qu’elle mérite à tous égards.
Mardy 29
UNE FEMME DE L’EMPIRE. LE NOUVEAU SEIGNEUR DE VILLAGE. LES MALHEURS D’UN JOLI GARÇON.
Nous avons eu une brise extraodinaire toute la journée, on n’y tenait pas dans les rues. La poussière s’élevait par nuages épais qui vous aveuglait. Diable de temps !
J’ai continué mon travail et j’ai été passer la soirée au spectacle. On a joué Une femme l’Empire, le Nouvau seigneur de village et Les Malheurs d’un joli garçon. Cette dernière est, fort originale, toutes ont été bien jouées.
En sortant du spectacle il semblait que la pluie allait tomber mais la violence de la brise l’a fait disparaître. Un arc en ciel lunaire formant le demi-cercle dans l’est a paru dans ce moment.
Octobre 1835
Vendredy 2
LA MUETE DE PORTICI
Hier s(oi)r, relâche au thêatre pour la répétition gén(ér)ale de La Muette de Portici qu’on a joué aujourd’hui. Cette pièce dont la musique est d’Aubert a été fort bien jouée. On aurait pu désirer cependent plus d’ensemble dans les coeurs et l’accompagnement de l’orchestre moins bruyant, mais Tounous, le maître d’orchestre, n’est pas là. Il est malade.
Dim(anche) 4
[LA] FAMILLE DE L’ APOTICAIRE. [LES] VOITURES VERSEES. CO[TIL]LON 3.
Ce soir on a donné au thêatre La Famille de l’apotica[ire], Les Voitures versées et Cotillons 3, etc. J’ai ri comme un fou et je n’étais pas seul. Périchon a joué parfaitement.
Lundy 5
CONCERT.
Aujourd’hui, grand concert musical. Voir le programme. Tout a été exécuté merveilleusement. Une chose ! C’est inconcevable ! Preuve que notre siècle est avancé dans la perfection.
Mardy 6
LA FIANCEE. [LES] RENDEZ-VOUS BOURGEOIS.
Ce soir, La Fiancée suivie des R[en]dez-vous bourgeois. Jamais je n’ai tant ri, ri de si bon coeur. La salle était bondée, et tout le monde a fait comme moi.
Jeudy 8
LES ENFANTS DEDOUARD. LES MAITRE DE CHAPELLE.
On a donné Les Enfants d’Edouard, autre tragédie où l’atroce caractère historique de Glochester a été parfaitement rendu par Grandjean, m’a fait, comm[e] la première fois, pleurer d’attendrissement. C’est épouvantable. On a donné ensuite le Maître de chapelle, opéra dont la musique est monotone et l’intrigue insignifiante.
Vendredy 9
Madmoiselle Degarambourville, soeure de Md F(rançoi)s Pajot est arrivée de France cette après-midy sur l’Isère, corvett[e].
Hier, pendent la représentation, on a volé et presque dévaliser notre p(auv)re basse-taille Welter. Il a porté sa plinte mais en sera-t-il plus avancé ?
La corvette l’Isère a porté 180 soldats qui ne seront debarqués que jeudy prochain. Je ne sais pourquoi. Un préfet, des religieuses, etc.
Dim(anche) 11
LA MUETTE. DASSOUVILLE MORT.
On a donné aujourd’hui une seconde représentation de La Muette.
Dassouville, encien commis de Labadie, est mort hier du flux de sang. Il avait épousé une des filles de Labadie et était commerçant à St-Denis.
Mardy 13
COTILLONS 3. LE CHALET. LE DERNIER DE LA FAMILLE.
Aujourd’hui on a joué Cotillon 3, Le Chalet et le Dernier de la famille, vaudeville qui n’a pas encor ét[é] joué.
Jeudy 15
Le Conte Ori, opéra (grand) et Le P[ere] et la (fi]lle .
Dim(anche) 18
LE PRÉAUX CLERCS. UN DUEL SOUS RICHELIEU.
J’ai commencé les décors du Robin des bois et j’ai travaillé aujourd’hui jusqu’à 5 heures pour aller voir ensuite Le Pré aux clercs et Un Duel sous Richelieu.
Henry Sicre est venu à St-Denis. Nous nous sommes rencontrés dans la rue au moment de son départ.
Camille et sa famille sont arrivés ici à deux heures. Camille est venu à la comédie mais Céleste n’a pu y venir à cause d’une petite incommodité de notre petit Renoyal.
Md Tabois est arrivée de Maurice aujourd’hui. Elle est dessendue chez Cordé où j’ai dîné avec elle et une autre dame arrivé avec elle.
Mardy 20
LA DAME BLANCHE PRECEDE DE [LE] DERNIER DE LA FAMILLE SUIVI DE LES FEMMES D’EMPRUNT.
Deuis hier, j’ai été très souffrant de coliques, mal de tête et de reins, violent cours de ventre. Ce soir, après avoir pris pour toute nourriture du bouillon, je me suis trouvé un peu mieux et j’ai voulu voir le spectacle pour me distraire.
J’y ai été fort à l’aise et bien fatigué mais je voulais voir La Dame blanche que je ne connaissais pas, cet opéra a été divinement joué, précédé de Le Dernier de la famille et suivi des Femmes d’emprint. Le spectacle a fini à minuit.
Jeudy 22
ESTELLE. OU LE PERE ET LA FILLE. [LE] BARBIER DE SEVILLE.
Aujourd’hui, on a joué Estelle ou le père et la fille suivi du Barbier de Séville de Beaumarchais, musique de Rossini. Au (premie)r acte, Lecourt a paru souffrir et n’allait pas, tout à coup, il s’est présenté devant le public et a dit : “C’est contre mon gré que je joue, un violent mal de dents m’obcède, je vous prie de m’excuser”. Quelques sifflets ont été couverts d’aplaudissements. Lecourt faisant mine de s’en aller, aussitôt on a crié : “En scène !” et il s’est remis à l’œuvr[e].
Il a réparé ce petit moment, dans le reste de la pièce où il a très bien chanté. Il jouait le conte Almaviva, Fleuri, Frontin, Warnier, le tuteur, Welther, Bartolo et Mlle Lémeril, Isabelle. Cette pièce très jolie par elle-même a été parfaitement joué. Warnier s’est fait remarquer comme bon acteur.
Dim(anche) 25
UNE AVENTURE SOUS CHARLES IX. JUDITH ET OLOPHERNE.
On a joué aujourd’hui deux pièces nouvelles, Une Aventure sous Charles IX et Judith et Olopherne, parodie de la vieille crhonique. L’une et l’autre ont été générallement mauvaise de toute les manières. Le coup de pistolet de la moder[ne] Judith a raté, etc. On a fini par sifler beaucoup.
Jeudy 29
[LE] CONTE ORNY. LA FEMME DE L’ APOTICAIRE. ROBIN DES BOIS.
Mardy dernier, on devait donner le Conte Orny et La Femme de l’apoticaire mais Lecourt a tombé subitement malade et on n’a pas joué.
Aujourd’hui, malgré qu’il fût encor très souffrant, on a joué Robin des bois annoncé depuis quelques temps. Cela a parfaitement été. On a aplaudi à tout rompre la décoration que j’ai faite et moi-même. J’ai été surpris de leur effet.
Nous avons eu lundy et mardy de la pluie énormement et du tonnere d’une grande force. Les rues de St-Denis étaient devenu des rivières.
Ferdinand est dessendu mardy pour Robin des bois qu’on annonçait pour ce jour.
Novembre 1835
Dim(anche) (premie)r (novembre).
Aujourd’hui, une (troisiè)me représentation du Conte Ory et la première représentation de Michel Périn. Jolie vaudeville qui a été très bien joué en dép[i]t des sarcasmes de ce pauvre St-Maurice qui s’y ent[end] tout comme sa jambe de bois.
Mardy 3
LE PHILTRE DE ROSSINI. LE CHEVREUIL. COLOMBAT A MAURICE.
Aujourd’hui on a donné au thêatre le Philtre, grand opéra de Rossini, très bien exécuté, ensuite Le Chevreuil, comédie en trois actes mêlé de chants. Cette pièce est très jolie et Périchon a joué à merveille.
Colombat est parti seul pour Maurice ce soir.
Jeudy 5
[LES] ENFANTS D’ÉDOUARD. MA TANTE AURORE.
Aujourd’hui, Les Enfants d’Edouard suivi de Ma Tante Aurore.
Dim(anche) 7
ROBIN DES BOIS ET LE PHILTRE CHAMPENOIS.
J’ai fait cette semaine plusieurs pièces au thêatre pour le décors de Robin des bois qu’on a joué ce soir mais l’inepcie du soit-disant machiniste est telle que l’on a même pas fait usage de ces objets qui eussent produit un grand effet. La décoration a été mal installée et en général la pièce a été moins bien que la première fois.
Il y a eu du tapage à la porte, un homme soul en a été la cause. C’est Montolar, fils naturel de Gillot père, mort il y a 4 ans.
Le pauvre Tonous, le maître d’orchestre, est bien mal. On craint qu’il ne succombe. Il a une rechute de flux de sang.
Mardy 9
RELACHE.
Mercredy 10
FIORELLA. MICHEL PERIN. VERT DE SCHEELE.
Aujourd’hui, la pluie a tombé toute la journée et il y a eu relâche au thêatre à ces causes.
Le temps est devenu beau ce soir quoiqu’il ai plu dans la journée.
On a joué Fiorella, charmant opéra comique et qui a été parfaitement joué ; ensuite Michel Périn, cahin caha.
Vert de scheele ou vert schweinfurt ou de mittis.
1 partie de vert de gris dissoute dans suffisante quantité de vinaigre pur. Versez dessus une partie d’une solution aqueuse d’oxide d’arsenic blanc ou acide arsénieux. Le mélange produit un précipité vert sale qu’on fait disparaître en y ajoutant de nouveau du vinaigre porté à l’ébulition. La dissolution en repos, laisse[z] déposer des cristaux du plus beau vert. Il faut les laver et sécher. Cette couleur est légèrement bleuâtre. Pour l’obtenir dans toute sa beauté, il faut chauffer à un feu modéré 10 parties de la couleur avec une partie de potasse de cuivre dissoute dans l’eau. La masse prend une nuance plus foncée et superbe.La liqueur restante peut encor servire pour préparé le vert de scheele.
Vendredy 12
LA FEMME DE L’AV[O]UE. LE VALET DE CHAMBRE OU FRONTIN MARI-GARÇON. OUVERTURE. DANSE. BENEFICE D’ARMAND.
Aujourd’hui, au bénéfice de Mr Armand de Bougard, encien acteur, on a joué La Femme de l’avoué et Le Valet de chambre (c’est Frontin mari-garçon habillé en opéra), opéra comique. Ces pièces ont été suivies d’une ouverture à grand orchestre et de diverses danses insignifiantes. On avait annoncé une ariette de L’italienne à Alger chantée par Welther mais elle n’a pas pu être chantée. Le parter a crié, crié, crié toujours à l’instigation du brayard St-Martin, enfin Welther a paru après l’opéra et à la demande du parter il a chanté son ariette du Chalet qui m’a plus fait de plaisir que tout le reste du spectacle.
Armand avait fait venir un huissier pour saisir la recette à la porte. Mais on lui a fait sentir le ridicule et l’inconvenance d’une aussi étrange conduite et il s’est désisté.
J’ai reçu par la poste une lettre aussi étrange. Il semblerait que Colombat m’écrirait de Maurice une lettre sans date pour m’engager avec de forts avantages à venir là-bas, etc., s’étant arrangé avec Failien, etc., mais j’ai vu tout d’abord la fausseté de la chose et c’est tout bêtement une lettre écrit par quelque farceur d’ici qui ne se doute pas qu’il me donne des armes contre ceux qui voudraient désorganiser notre troupe.
Dim(anche) 14
LA FIANCEE. [LE] CHEVREUIL. [M]LLE LEMERIL AC[C]OUCHE.
Aujourd’hui, on a joué La Fiancée et ensuite le Chevreuil. La première n’a pas été très bien jouée, il y a eu des parties bien faibles. La seconde, bien, Périchon joue toujours à merveille.
Mlle Lémeril, la cantatrice, est accouchée la nuit dernière d’une fille. Cet événement nous assure de sa part un jeu parfait. Dans ces derniers temps, elle était très fatiguée de son état et ne pouvait plus remuer.
Depuis quelques jours, on a imaginé un projet de souscription pour notre thêatre, qui, s’il réussit, nous conservera longtemps nos acteurs qui ne demandent pas mieux que de rester à Bourbon. En somme, chaque souscripteur paiera 24 p(ias)tres par an et 40 c(entime)s en entrant, ce qui sera avantageux pour les spectateurs et assurera le paiement des acteurs et des fraix de thêatre, mais il faut 1 000 souscripteurs. Si l’on réussit on le devra au zèle et à l’activité du bon Cordé qui se donne pour cela une peine infinie.
Mardy 16
UNE FEMME DE L’EMPIRE. LE CHALET. LA CHANOINESSE.
La Femme de l’Empire, Le Chalet et La Chanoinesse.
Dans cette dernière pièce, la fille arrive avec des éperons. Un marin des loges crie : des éperons ! La fil(l)e représente un enseigne de vaisse[a]ux. Mlle Gobert pert la carte, ba[l]bucie et ils s’en vont. Un quart d’heure se passe, on sifle. “Bas le siflet !”, crient impérieusement des offi(ciers) de marine aux loges. Vamier arrive sur la scène et annonce que l’actrice s’est trouvé mal et va revenir. Applaudissement, elle revient un peu défaite et la pièce s’achève très bien. La musique a été très imparfaite. O Tonou !
Vendredy 20
Hier, il y a eu relâche au thêatre pour cause d’incommodité d’un acteur, c’est à dire que toute la machine est en déroute à cause de l’absence de Colombat qui n’a pas l’air de vouloir revenir ici. Les acteurs sont en garouage. Aujourd’hui, on a cependent joué Josèphe et Mr Mouttard mais la recette a été saisie pour Mlle Génie Lémeril et Harvetot pour le luminaire. Nous allons voir demain à l’aide du mair à remettre la machine sur pied.
Dim(anche) 23
Les cancans ont étés au comble et toute la machine allait être mise en déroute. Le mair s’en est mêlé et tout est rentré à peu près dans l’ordre. On a joué aujourd’hui Ma Tante Aurore, Estelle ou le père et la fille et Le Dernier de la famille.
Mardy 24
Colombat est arrivé de Maurice ce soir à cinq heures. Tous les cancans vont finir, je pense, par sa présence. Je ne connais pas encor le résultat de son voyage et d’après mes observations je n’augure pas grand chose pour son affaire.
On a joué encor forcément ce soir Une Aventure sous Charles IX et La Fiancée. Du reste je suis venu me coucher après le (premie)r acte, j’étais ennuyé.
Dim(anche) 29
FREDERIC ARRIVE. PRETRE DE FRANCE.
Depuis mardy, on n’a pas joué, il y a eu relâche forcé du thêatre. Aujourd’hui, on a joué Michel Pérein et ensuite Gulistan, opéra comique de Niciolo. Cette pièce a été bien joué et a fait grand plaisir.
Frédérik Levavasseur est arrivé ce soir de France où il s’est mis dans les ordres ecclésiastiques, il est diacre. Pauvre profession dans la société où nous sommes, chacun son goût.
Camille a reçu une lettre de Gervais, il lui annonce son arrivée avec Pierre Fitaut de même que Conil, Achile, etc., en janvier prochain.
Décembre 1835
Mardy ler (décembre).
GLENARVON. MICHEL PERIN.
On a joue ce soir Glenarvon, tragédie de Malfite, créol de Maurice, ensuite Michel Périn.
Jeudy 2
RENTREE DE MLLE ELEON(O)R LEMERIL. LE ROSSIGNOL. LE PHILTRE.
Aujourd’hui, Le Rossignol et Le Philtre pour la rentrée de Mlle Lémeril.
Dim(anche) 6
LAMALETTI FILS MORT. AUG(US)TE PAJOT MORT.
Ce soir, Glenarvon et Jean de Paris.
Mercredy dernier, Lamaletti fils est mort à 4 h 3/4 du mattin. Exellent citoyen, bon et honnête fils, zélé deffenseur des droits de son païs, bon père, bon ami, bon ! Ah ! Tout ce qui est bon et honnête. Aug(us)te Pajot est mort jeudy, il était comme Lamaletti membre du conseil. Tourris aussi en était, il est mort. Ch(ar)le Lacerve aussi en était, il est mort !
Mercredy 9
Gulistan et Le Chevreuil. Tout cela a été mal en général et cela tient à toutes les lubies du pauvre Colombat qui n’a ni tête ni caractère, qui veut tantôt rouge tantôt blanc. Dans ce moment, il lui passe par la tête un nuage qui est sorti encor du cloaque d’Armand Longai et comp(agn)ie, et il veut aller échouer corps et bien dans le laboratoire de noirceur de ces nuages à Maurice. Il faut donc que nous nous mettions encor en travers pour lui éviter de couler à fond. Ce sera la seconde fois, et peut être il adviendra qu’à la troisième il se noiera tout à fait et ne nous laissera que l’ombre de nos couvres.
Dim(anche) 13
EMMA ET LA DAME BLANCHE.
On a donné ce soir La Dame blanche, Emma ou la promesse imprudente, très bien.
Vendredy 18
Fiorella et Philippe.
Dim(anche) 20
Fra diavolo et Philippe encor.
Vendredy 25
Faublas et Le Valet de chambre.
Dim(anche) 27
FERDINAND.
La Pie voleuse qui a duré jusqu’à 11 heures, ensuite Monsieur Mouflet.
Ferdinand est arrivé ce mattin.
Mardy 29
Le Chalet, Elle est folle, Les Femmes d’emprunt. Lafitte a joué parfaitement dans Elle est folle .
Le temps menace ce soir, il tombe de forts grains de temps à autres. Pendent la représentation, il y a eu un grain dont le bruit sur les toits empêchait d’entendre l’act(eu)r. J’ai pris le parti de me retirer avant la dernière pièce, laissant Ferdinand qui veut la voir et je me couche.
Jeudy 31
Tempête. Coup de vent.[Vent] au s(ud)-e(st). 8 h(eures) du mattin.
Hier, le temps a été mauvais, par grain dans la journée avec un vent violent du s(ud)-e(st), la mer très grosse et déferlant de fort loin de la côte. Le baromètre a baissé de 3 lig(nes) ce mattin et hier soir il était à 5 lig(nes) au- dessous de 28 à pluie et vent.
La nuit dernière a été affreuse. La pluie a tombé a[v]ec continuité, chassée par le vent devenu plus violent. Les bourasques se sont succédées avec rapidité et grande violence. Ce mattin, la tempête continue et la mer est exessivement grosse, elle passe par-dessus le barachois. Je vois des oiseaux noirs plus gros que les taillevents et que je ne connais pas, voler contre [le] vent sans pourvoir le vaincre.
8 h(eures) du soir.
La tempête a continué. Le vent qui avait reignée avec violence depuis deux heures du mattin a cessé de souffler à midy et un calme profond lui a succédé jusqu’à deux h(eures) après midy. Alors, il a passé successivement au s(ud), s(ud)-o(uest), o(uest) et s’est fixé au n(ord)-o(uest) d’où il a soufflé encor avec plus de violence que ce mattin. On ne pouvait plus se tenir sur le pont du barachois. La mer a été d’une grosseur énorme et déferlait par-dessus les jettées jusque dans le bassain. Les navires avaient appareillés depuis la veille et ceux qui reparaissaient à la côte étaient reçus ou plutôt repoussés à coup de canon à boulet. Le talus extérieur a été entammé et si un de ces grands ratz de maré survenait, tous ces travaux si coûteux partiraient comme du sable. La passe est comblée de plus de mille mètres cube de gallets. Ce soir, le vent a molli et je pense qu’au couché de la lune qui sera plaine demain, le
temps reviendra au beau à peu près.
[1] Ici commence le vingt-quatrième et dernier cahier, qui couvre la période du 1er avril 1835 au 5 juin 1838.
