Année 1822
Journal de Ste-Marie 1er Mars [1]
Nous sommes partis de St-Denis le 22 janvier 1822 pour venir habiter à Ste-Marie provisoirement ; et là, faute de trouver un logement à St-Denis, Auguste Pajot, qui me prête la maison Letort, me propose de me céder le bail qu’il a passé avec ce dernier. Les conditions sont telles qu’il faut que Fréon et Mr Letort soient con[sen]tants à cet arrangement.
Divers circonstances retarde cette affaire de manière qu’aujoud’hui, 1er mars 1822, elle n’est point terminée.
Ce qui s’est passé pendant cet intervale est notté dans mon carnet de pauche.
J’ai pris le cheval de Md Fréon (l’Etoile) chez moi le 22 février.
Muriate.
Vendredy 1er
FORTUNE. PLUIE. VOYAGE CHEZ GRINNE.
Fortuné que j’ai été chercher à St-Denis dimanche dernier, a passé la semaine avec nous à cause du mauvais tems qui reigne constamment depuis ce jour.
Aujourd’hui, il a tombé de la pluie toute la journée. J’ai profité d’un embelli qui m’a permis à 5 heures du soir de me mettre en route avec Fortuné. Je l’ai conduit jusqu’à la mare. Il a continué sa route escorté par Montfort pour se rendre à son collège, et moi, j’ai monté chez Grinne où j’ai couché.
Samdy 2
GRINNE. FORTUNE LEHOUX. FREDERIC. MR SIGOYE. FELICIEN MALADE.
J’ai passé la journée chez Grinne. Nous avons eu de la pluie toute la journée.
A 6 heures ce soir la pluie ayant cessée, Fortuné Lehoux et moi nous sommes dessendus : lui, pour se rendre chez lui où Frédéric Montaulard l’attendait, et moi, pour venir à la maison où j’ai trouvé tout le monde bien portant.
Par le retour de Montfort, j’ai su que Fortuné s’était rendu sans accident à St-Denis.
Levavasseur m’a fait dire que son beau-père partait demain pour le bras de Chevrette, où Félicien se trouve plus malade. Ce dernier en l’est (sic) depuis un moi d’un crachement de sang.
Félicité, mon ancienne négresse appartient à présent à Villèle, est venu voir Emilie et lui a porté quelques fruits.
Dimanche 3
BEAU TEMS CALME. MAIS. HUGOT. FER A REPASSER.
Le tems a été très beau toute la journée et modérement chaud, La soirée a été superbe.
Ce mattin Grinne m’a envoyé 200 (livres) de mahis.
Joson a été à la ravine des Figues et a rapporté avec lui une pioche que j’ai fait demander à Grinne.
Fortuné Lehoux et Frédéric sont venus nous voir et ont passé la soirée avec nous. Ils sont partis à près de 9 h et au moment même, Hugot, sa femme et son beau-frère sont arrivés. Nous avons resté à causer au clair de lune jusqu’à plus de dix heures, qu’ils se sont retirés chez eux.
J’ai passé la matinée à remettre à neuf un petit fer à repasser qu’on avait abandonné dans des ferraill[es]. Il sera encor d’un bon usage.
Lundy 4
L’ECURIE. LAPORTE ET LOISEAU. ROBIQUET. FERDINAND MALADE. SERURE. GLOBE.
Beau tems mais il a reigné une forte chaleur. Ce n’est qu’après le coucher du soleil que nous avons eu un peu de fraîcheur.
J’ai commencé à couvrir de vétivert l’écurie.
Mds Laporte et Loiseau ont envoyé savoir de mes nouvelles. Nous ignorions encor où demeuraient ces dames quoique nous sussions que c’était dans Ste-Marie.
A trois heures Robiquet est arrivé chez moi à cheval croyant entrer chez une autre personne. Nous avons été l’un et l’autre agréablement surpris. Il m’a quitté presqu’aussitôt après avoir pris un verr[e] de vin. Il m’a dit qu’il allait chez plusieurs habitants pour leur proposer de remplir par ses Noirs leur fournitures de Noirs pour les travaux publics.
Mon petit Ferdinand a eu mal à la tête dès ce mattin. Il a dormi presque toute la journée et ce soir, il a vomi une demi-heure après avoir mangé un léger cange de ris. Il a eu de la fièvre toute la journée.
J’ai racommodé aujourd’hui la sérure de l’armoire d’attache de la salle à manger. J’ai mis le globe de la salle en place.
Mardy 5
L’ECURIE. LEHOUX ET FAMILLE. FERDINAND MIEUX. DESBRAS. REVOLTE. COUP DE CANON.
J’ai fait commencer à paver l’écurie. Ce travail n’est pas achevé encor ce soir.
Nous avons appris que Lehoux et sa famille étaient de retour à St-Denis. Après dîner j’ai été les voir et nous sommes revenus passer la soirée à la maison. Fortuné et son père sont restés chez eux. Ferdinand a encor vomi dans la mattinée, mais sa fièvre a beaucoup diminuée. Il est sensiblement mieux.
Le père Desbras a monté à son habitation et est venu me voir en s’en allant à St-Denis.
Nous avons appris il y a quelques jours qu’à Maurice il y avait eu une espèce de révolte parmi les Noirs. Lehoux m’a donné sur cela des renseignements positifs. C’est un ministre exilé de chez le roi Rhadham qui avait ameuté un certain nombre de Malgaches esclaves, mais on a mis de suite des troupes à leurs trousses et tout cela a d’abord été étouffé dans la source. On se propose de punir d’une manière exemplaire le chef et ses partisants.
Nous avons eu beau tems mais fort [c]haud. Ce soir, le tems menace de la pluie. On a tiré un coup de canon à St-Denis.
Mercredy 6
FERDINAND BIEN. CHEVAL. LOGE. JOSEPHINE. PLUIE.
Ferdinand a passé une bonne nuit et va bien ce mattin.
J’ai achevé le pavé de l’écurie et je l’ai fait entourer de feuilles et vétivert. Le cheval est enfin logé commodément.
Joséphine Montaulard m’a envoyé du papier pour être rayé pour copier de la musique.
Nous avons eu un peu de pluie la nuit dernière. La journée été belle et chaude.
Fortuné Lehoux est venu passer la soirée avec nous.
Jeudy 7
F(ORTU)NE LEHOUX.
Fortuné Lehoux est venu ce mattin nous chercher pour aller passer la journée chez Lehoux. Nous nous sommes mis en route de suite.
Il a [rei]gné un tems du diable toute la journée, la pluie a tombé par torrents.
Nous avons été obligés de nous déterminer à coucher chez Lehoux.
Vendredy 8
LEHOUX.
La nuit a été nébuleuse, mais sans pluie. Nous passerons la journée encor chez Lehoux. Le tems est à la pluie ce mattin, pris de partout, calme plat et beaucoup de chaleur.
Je suis venu à la maison pour faire planter des pois. Je suis retourné une heur après chez Lehoux.
9 et dimanche 10
G(RAN)D(E) PLUIE ET VIOLENT ORAGE. F(ERDINAN)D PAJOT. MORT DE RAOUL DU COLERA. UN CHAT. MD LEHOUX. F(O)R(TU)NE LEHOUX.
Nous sommes revenus ce soir chez nous. Nous avons eu constemment une pluie énorme depuis vendredy. Vendredy et samdy le tonnerre a grondé tantôt avec violence et tantôt plus modérement. Le tems a été général avec des vents d’ouest et de nord-ouest très violents. Hier la pluie tombait par torrents et la rivière de Ste-Marie et le Charpentier ont débordées extraordinairement.
Ferdinand Pajot a passé la journée d’avant-hier che[z] Lehoux et nous avons fait la partie de reversis de même qu’aujourd’hui.
Hier Lehoux a envoyé un Noir à St-Denis ; ce Noir nous a porté des nouvelles de Juliette et de Fortuné qui se portaient bien, mais Md Frère a écrit que Raoul, le frère et le fils des dames qui tiennent la pension, est mort en 24 h(eures) de la maladie. Cette nouvelle fort triste n’est pas rassurante et nous donne des inquiétudes pour nos enfants.
Comme le tems est un peu remis ce soir, j’espère que je pourais envoyer à St-Denis demain.
Comme nous partions de chez Lehoux ce soir Fancard y est venu en visite. En arrivant, nous avons trouvé un Noir à Md Fréon qui nous portait un chat de l’envoi de sa maîtresse et une l[e]ttre que m’a écrite Md Syere. Elle m’engage à voir Sukaubou[r])g pour m’arranger pour des leçons de musique. Frédéric est parti p(ou)r St-Denis. Md Lehoux et Fortuné Lehoux sont venus nous accompagner jusque chez Hugot. Nous avons trouvé celui-ci avec sa femme à leur porte. Fortuné est venu jusqu’à la maison.
Lundy 11
FURIEUX ORAGE. GRANDES PLUIES. HUGOT ET SON B(EAU)-FRERE. CONFIRMATION DE LA MORT DE RAOUL. GRAIN VIOLENT. CANNES ABATTUES. PASSAGE GATE.
J’ai été bien déçu de mon espoir d’envoyer à St-Denis. Nous avons eu un tems affreux toute la nuit, le tonnere a grondé avec un fracas é[p]ouvantable : il éclatait avec tant de violence que j’ai cru plusieurs fois qu’il tombait sur la maison. A trois heures du mattin, un coup plus violent que les autres a déterminé la chute de la foudre mais sans faire cesser l’orage qui a continué constamment jusqu’à 9 h(eures) du mattin. La pluie a tombé par torrents et le Charpentier que j’ai été voir à midy avec mes enfants a dépassé tellement ses bords cette nuit et jusqu’au jour qu’il a passé par l’emplacement de Desruisseaux. Il y avait de 11 à 12 pieds d’eau dans son lit.
A 11 heures ce m[a]ttin le tems avait acalmi et Hugot et son beau-frère sont venus nous voir, crotté comme des barbets. La violence du vent a abattu beaucoup de cannes. Toutes les rivières sont débordées.
Couturier, le frère de Moi Hugot, nous a confirmé la mort de Raoul ; à trois heures de l’après-midy il se portait bien et à 3 heures du mattin suivant il n’existait plus. Lui et un nommé Collin, fils d’un péruquier sont les seules victimes parmis les Blancs de cette terrible maladie. Couturier nous a dit qu’il était mort beaucoup de Noirs.
Le tems s’est légèrement éclairci du côté de l’ouest mais il est d’ailleur pris de partout ; de sort[e] que je crains bien que ce ne soit point fini encor. A 9 heures ce mattin, il est arrivé tout à coup de l’ouest un grin terrible qui poussait en avant, avec une extrême rapidité. d’énormes masses de nuages qui se roulaient les uns sur les autres. Rien ne ressemblait plus à un coup de vent. Je le croyais déclaré ; heureus[e]ment ce grain n’a pas duré 10 minutes. Il a cependant suffi pour abatre les cannes comme je l’ai dit plus haut.
Je suis dessendu au quartier après-dîné pour aller voir Hugot. Le Charpentier a détruit le passage de la grande route. Le pavé a été en grande partie emporté par le courant de sorte que le passage est entièrement impraticable pour les charette et très dangereux pour les che[v]eaux.
Mardy 12
PLUIE. MOUSTIQUES DETRUITES. TOUT EST MOISI. HUGOT. COUTURIER. LE CORDONIER. LONGUE-VUE RACOMMODE. FORT(UNE) LEHOUX. GRINNE.
La pluie a encor tombée toute la nuit mais sans vent ni orage. Ce mattin il fait ca[l]me et le tems est un peu moins chargé, mais je pense que nous aurons encor de la pluie. Le tems a eu au moins cela de bon que les moustiques ont disparus. Il parait que le mauvais t[ems] les a détruites, car on en apperçoit pas un, quoique nous en fussions très incommodés avant l’orage. L’humidité a péné[t]ré partout ; livre, soulier, tout est moisi. J’ai été obligé de passer la piere grasse sur mes [armes] à feu.
Hugot et Couturier sont venus dans la mattinée nous voir. J’ai fait une partie de dames avec Hugot qui se ventait d’être fort à ce jeu : je l’ai battu.
La journée a été exempte de pluie, mais le tems toujours pris, et [ce] [s]oir, il y a apparence de pluie pour la nuit.
Le cordonnier de [Mr] Sicre est venu prendre du cuir pour faire des souliers pour Ferdinand.
Je me suis occupé à changer le verre projectif de ma longue-vue qui ne vallait rien. J’ai remis [l]a longue-vue à neuf en le changeant de tube. Elle se trouve meilleur par ces changements indispensables.
Nous avons eu un messager de chez Md Lehoux qui nous a appris que Fortuné Lehoux est parti ce mattin pour aller chez Grinne.
Mercredy 13
IRMA EST ACCOUCHEE. GRINNE. MAILLET. MD PAJOT. BRUNET. DESANGLARD : LE TONNERRE A TOMBE CHEZ EUX. MD PAJOT. POUDRE.
Nous avons eu encor de la pluie dans la nuit et le tems est nébuleux ce mattin ; mais la brise s’étant levée et le nord ouest étant assez net, je crois que le beau tems va revenir.
Ce mattin à 4 h(eures) 1/2, un Noir d[e] Grinne est venu me porter un billet de F(o)r(tuné) Lehoux qui m’annonce l’heureux accouchement de Md Grinne. Cet heureux évènement me tire d’une grande inquiétude. Je craignais beaucoup qu’Irma eût une couche malheureuse. J’avais à son sujet de [no]irs pressentiments. Tout cela est heureusement dissipé par l’heureuse nouvelle. Je vais partir pour la ravine des Figues. J’ai couché chez Grinne. J’ai trouvé Irma tout à fait bien et son enfant est superbe et bi[e]n portant. Maillet est arrivé à midy pour voir son petit fils.
Nous avons eu assé bea[u] tems dans la journée mais le tems est toujours disposé à la pluie. La rivière des Pluies a débordée d’une manière effrayante. Elle a passée dans l’emplacement de Beaumont Bélier où elle a fait des ravages. On a encor de la peine à la passer aujourd’hui.
Bernard Pajot a passé chez Grinne pour aller à St Denis et y a pris un fort Noir pour l’aider à passer la rivière.
Nous avons appris que le tonnere [a] tombé en plusieurs endroits à St-Denis, entre autres chez Desangla[r]d le médecin, chez Brunet dans la rue du Commerce [e]t aussi chez Bernard le chapelier. Il y a fait b[e]au[c]oup de m[a]l sans tuer personne. Une truie seul en a été victime chez Desanglard.
La rivière de St-Denis a franchi ses bord et occasionné quelque domages. Elle a passé par l’emplacement de Mr Baufond. En un mot, l’avalace et l’orage ont été épouvantable. Ce dernier a tombé aussi dans le cimetière de Ste-Marie.
J’ai remis ce mattin à Ferdinand un paqu[e]t de poudre à noircir.
Jeudy 14
MONTFORT A ST-DENIS. JOSON CHEZ GRINNE. FORTUNE ET JULIETTE. EQUIPAGE BRISE.
Je suis revenu à la maison ce mattin d[e] [b]onne heure. En arrivant j’ai expédié Montfort à St-Denis avec des lettres pour Fortuné, Juliette et Md Levavasseur. Monfort n’est pas de retour ce soir à 8 heures. Cela me donne de l’inquiétude.
J’ai écris aussi à Mr Letort pour avoir de lui une réponse définitive sur mon affaire avec Auguste. Il m’a répondu qu’il est prêt à terminer si je lui donne pour caution Grinne ou Fréon : cette affaire ne se terminera point. Je le prévois.
J’ai envoyé Joson chez Grin[n]e et j’ai écrit à celui-ci d’envoyer demain mattin des cheveaux pour Rei[n]e et Emilie qui doivent aller voir Irma.
Nous avons eu un peu de pluie dans la journée. Ce soir j’ai été à Ste-Marie. Je n’y ai rien su de nouveaux que d[e] nouveaux détails sur les ravages du mauvais tems.
Montfort arrive à l’instant de St-Denis. Il porte des réponses à mes lettres de ce mattin. Fortuné et Juliette sont bien portante et Md Levavasseur aussi, mais elle est inquiette de Félicien dont elle n’a point de nouvelles.
Joson est revenu de la ra(vin)e des Figues et m’a rappo[rt]é l’équipage de ma femme que Janni avait brisé. Je vais le réparer.
Il paraît que le pauvre Raoul donnait dans quelques excès et qu’il n’a voulu rien prendre. C’est ce qui a occasionné sa mort.
Vendredy 15
VOYAGE CHEZ GRINNE. MD FREON, J’Y VAIS. DESAN[G]LARD. CHARLOT LEVAVASSEUR. LAPINS. FELICIEN VA MIEUX ET VA A ST-DENIS. RENOYAL ARRIVE DE MADAGASCAR. MULET ECHAPPE. ROCHER.
Reine et Emilie sont partis ce mattin à cheval pour aller voir Irma. Je me suis mis e[n] route un moment après pour a[ll]er chez Md Fréon où j’ai passé la journée. Je suis revenu à la maison à la nuit et j’ai trouvé Ferdinand, qui était resté seul, bien portant. Ces dames ne sont arrivés qu’à plus de huit heures.
Nous avons eu quelques grains de peu de durée dans la journée. Les chaleurs commencent à être supportables. Nous en serons bientôt délivrés.
La femme du médecin Desanglard [e]st morte et non sa mère. C’est chez lui au Butor que l[e] tonnerre a tombé.
Charlot est arrivé du bras des Chevrettes avec une lettre de Levavasseur qui envoie trois lapins et cinq canards. Il me donne des nouvelles de Félicien qui va beaucoup mieux. Ils doivent tous partir pour St-Denis demain hors Bruno et sa femme qui attendront pour aller à St-Denis le retour de Levavasseur et sa femme au bras des Chevrettes.
Ma femme m’a annoncé ce soir que Renoyal est arrivé de Madagascar et q[u]‘il est venu un moment chez Grinne hier soir. Il ne m’a point é[cr]it le vilain.
Ce mattin, un mulet échappé a été pris par mes Noirs. Il est à Rocher qui l’a réclamé dans la journée.
Samdy 16
LA FAMILLE SIGOYER VA A ST-DENIS. FELICIEN. AFFAIRE D’AUGUSTE ROMPUE. CHARBON. VISITE CHEZ FITZGERALD. HUGOT. NOUVELLES D’IRMA. PLUIE. DURO.
Ce mattin Md [S]igoyer avec Félicien et Bruno sont passés pour aller à St-Denis. Félicien était en voiture. Un instant après, Levavasseur est arrivé à la maison où il a resté peu de tems. Il m’a dit que l’état de Félicien était encor incertain. Mr Bun ne peut encor donner sur sa maladie des notions positives. Cepen(dan)t, il est sensiblement mieux.
J’ai été voir Auguste Pajot et nous avons rompus tout à fait notre affaire pour l’habitation.
J’ai fait un petit fourneau de charbon en bois de mangue. On doit y mettre le feu demain mattin.
Nous avons été faire une visite à Md Fitzgérald que nous n’avons point trouvée chez elle. Nous avons poussés jusque chez Hugot où nous avons passés la soirée. Philogène est arrivée comme nous y étions.
J’ai envoyé un Noir à la ravine des Figues pour avoir des nouvelles d’Irma. Grinne étant allé chez Bernard, Jannie m’a répondu pour lui et m’annonce qu’Irma va bien ainsi que son enfant.
Nous sommes arrivés à la maison à huit heures, et bien nous en a pris, car un moment après, la pluie a tombée.
Je dois aller à St-Denis demain mattin. J’aï été ce mattin voir Duro. Je ne l’ai pas trouvé chez lui.
Dimanche 17
VOYAGE A ST-DENIS. BLEMUR. AUTEUIL. PROMENADE AVEC FORTUNE P(OU)R VOIR LES EFFETS DU TEMS. LE PONT DE ST DENIS ROMPU.
Je suis parti ce mattin pour St-Denis.
J’ai passé chez Auteuil pour lui dire que je prendrais le presbitaire ne pouvant finir l’affaire Letort. J’ai trouvé chez l[u]i Blémur. Nous avons causés quelques tems et je me suis mis en route pour St-Denis où je suis arrivé à 11 heures.
J’ai été prendre Fortuné au collège et nous avons été dîner chez Mr Sigoyer où j’ai trouvé Félicien beaucoup mieux que je ne l’aurais cru.
Après dîner, nous avons été, Fortuné et moi, promener et voir les effets du tonnere et de l’a[v]alace. Ceux du premier sont effrayants, comme à l’ordinaire. J’ai remarqué avec étonnement une roche énorme qu’a entraînée la rivière [d]e St-Denis, jusque, sur le bord du radier. Elle a été arrêtée par un des chandeliers de fer qui supporte le pont volant, mais l’a cassé par le bras et a, dans la secousse, mis ce pont dans une position oblique, sans cependant le rompre. On peut y passer. L’eau a passée par dessus la lisse du pont. Un petit emplacement, situé sur le bord de la rivière, sur lequel était un pavillon en bois et appartenant à un Malabar, a été entraîné de fond [e]n comble par la rivière. Ce malheureux a vu sa propriété fuir à la mer et a été fort heureux que ses voisins soient venus l[e] tirer de sa case, il eût été emporté avec elle sans ce secour. En général, la rivière a passé dans tous les emplacemants qu[i] bordent la rivière.
Dans la soirée, nous avons été vi[site]r quelques connaisances. Nous avons passés le reste de la soi[ré]e chez Mr Sigoyer et nous sommes retirés au pavillon de Grinne où nous avons trouvés la chambre fermée. J’avais expédiés Montfort à Grinne pour en avoir la clef mais, celui-ci ne s’étant pas trouvé chez lui, Montfort est re[v]enu sans clef. J’ai fait sauter la sérure et nous nous sommes couchés.
Nous avons été voir Juliette avant de monter chez Mr Sigoyer.
Lund(y), mard(y) 18 et 19 mars.
MD DUVERGE. RENOYAL. THOMAS. LOGE. RENOYAL. TOURIS. FIEVRE JAUNE. COLERA CHEZ GILLOT. GRINNE. MD LEHOUX. CHERMONT. LETTRE DE LA FAMILLE LA[VA]LETTE.
J’ai passé le 19 à St-Denis. Renoyal est venu à terre et nous avons déjeuner ensemble chez Md Duvergé. Il a retourné à bord ensuite.
J’ai été voir Mr Thomas dans la mattinée. J’ai dîné au collège avec Rabani et me suis rendu en loge après.
En sortant de là, j’ai été prendre Fortuné au collège et il est venu coucher avec moi chez Grinne. Nous y [a]vons trouvé Renoyal qui m’attendait.
Le 19, Renoyal est allé à bord, Fortuné à son collège, et moi en route pour Ste-Marie. J’ai trouvé en route les deux Touris aînés.
Ils m’ont parlés d’une lettre qui donne des détails terribles de la fièvre jaune qui reigne en Espagne. Cela fait dresser les cheveux.
Le coléra morbus reigne chez Mr L’Etang-Gillot. Il a perdu plusieurs Noirs. [Ce]tte maladie paraît être éteinte à St-Denis depuis l’orage.
J’ai été passé la journée chez Grinne. Irma va tout à fait bien. Md Lehoux est venu y dîner et nous avons dessendus ensemble sur le soir avec Joséphine, sa fille.
Je me suis rendu à la maison où j’ai trouvé tout le monde bien portant.
Ma femme m’a dit que Chermont était venu visiter l’habitation qu’il veut achetter.
J’ai trouvé à la poste, à St-Denis, des lettres de la famille Lavalette de Calcutta. Elle est bien portante. Ces lettres sont de (septem)bre dernier.
Mercredy 20 mars
THOMAS FITZGERALD. MD CH(AR)LES PAJOT. MD LEHOUX. BRIDE. FERDIN(AND) PAJOT. FORT(UNE) LEHOUX.
Dans la nuit nous avons eu de la pluie. La journée a été très chaude. Il n’y a rien de nouveau.
Après-dîné j’ai dessendu chez Thomas Fit[zlgérald] pour le prévenir que j’allais occuper le presbitaire. Il m’a dit que dans peu de jours il en sortirait. Il m’a dit aussi qu’il avait été assigné par Md Char(les) Pajot au sujet des différents qui existent entre elle et son mari.
Md Lehoux nous a envoyé demander une bride po[u]r venir à la maison. Je l’ai rencontrée en sortant de ch[ez] Thomas avec sa fille. Elles venaient à la maison.
J’ai [é]té chez Ferdinand que j’ai trouvé avec sa belle-mère. Il a un Noir attaqué du coléra mais il va beaucoup mieux, et il le sauvera.
A la nuit, j’ai fait route pour revenir chez moi où Fortuné Lehoux est arrivé, un moment après moi. Il a passé sa soirée avec nous et s’est retiré à près de dix heures.
Jeudy 21 mars
TONNERE LOINTAIN. BENJAMIN. BOIS DE GER(OF)LES. CHARBON. PLUIE. MOULES DE BRODERIE.
Pluie dans la nuit. Le tonnere a grondé dans lointain presque toute la nuit. C’est un mauvais présage pour le beau tems. Ce mattin, le tems est pris et fort noir, surtout dans le nord et nord-est.
A dix heures, [B]injamin de Grinne est arrivé pour chercher des baies de gérofle.
J’ai écrit à Grinne par un Noir.
On a monté un petit fourneau de charbon. Celui que j’ai fait faire, il y a quelques jours, est très beau.
Il a tombé beaucoup de pluie dans les haut, les grains ont été jusqu’à St-Denis. Nous en avons eu un peu dans la journée. Le tems est toujours pris.
J’ai arrangé quelques moules en fer blanc pour imprimer des desseins de broderie.
Vendredy 22 mars
JOSEPHINE : BRO[D]ERIE. [R]ENOYAL. CREOLE QUI VEND UNE SAISIE. AUTRES CREOLES. S.E. CHARBON. MD FREON. RUM. CEDRA.
Nous avons eu de la pluie dans la nuit. Ce mattin après déjeuné, comme j’éta[is] à imprimer des desseins de broderie pour Joséphine Montaulard, nous avons été agréablement surpris par l’arrivée de Renoyal. Il a passé et déjeuné chez Grinne et nous a donné des nouvelles d’Irma qui s’est levée aujourd’hui pour la première fois. Renoyal passe la nuit ici et partira demain mattin.
Il nous est venu un monsieur qui nous a proposé une grande saisie à achetter, disant que c’était pour tirer sa soeur de la misère qui, a-t-il dit, était ruinée par [u]n incendie. J’ai été f[âc]hé de ne pouvoir lui donner quelques secours, n’ayant rien pour cela pour le moment. Il a emporté un régime de banannes que je lui ai donné.
Ce soir il en est venu deux autres qui ont demandés la demeure d’une libre, notre voisine. Je les ai fait conduire chez elle.
Le tems a été assez beau aujourd’hui mais cou(v]ert. Brise de sud-est.
On a mis le feu au fourneau de charbon. J’ai envoyé Montfort chez Md Fréon chercher du rum qu’elle m’a promis. Elle m’en a envoyé trois bouteilles d[e] très vieux et très bon, ainsi qu’une bouteille de liqueu[rl [d]e cédra.
Samdy 23 mars
RENOYAL CAMILLE. MONTFORT A ST-DENIS. FUSIL ET PISTOLETS VERNIS. VOYAGE CHEZ LEHOUX. EMILIE TOMBE DANS L’EAU. FREDERIC DEPLACE. DESETANG. MD LEHOUX VA A ST-DEMS. FERDINAND. BLEMUR. DELPIT. MAIS.
Renoyal est parti ce mattin sur l’Etoile pour la ravine des Figues d’où il se rendra à son poste. Il nous a annoncé que Camille a dû mettre à la voile hier soir pour aller en croisière.
J’ai expédié ce mattin Montfort pour St-Denis. Il a porté quelques fruits pour les enfants.
J’ai passé un léger vernis sur mon fusil et mes pistolets pour les mettre à l’abri de la rouille.
Après toutes ces opérations, Emilie, Ferdinand et moi, nous sommes partis pour aller passer la journée chez Lehoux. Ma femme est restée à la maison.
En passant le Charpentier, Emilie a fait un faux pas et s’est étendu tout de son long dans la rivière, sans se faire de mal heureusement. Cet accident nous a forcé de relâcher c[hez] Hugot, d’où nous avons envoyé chercher à la maison de quoi changer ; car pour rellever Emilie, je me suis aussi mis dans l’eau. Nous nous sommes rendus sans autres accident à notre destination.
Frédéric et Henri Beauverger sont arrivés pour dîner. Frédéric nous a annoncé qu’il avait reçu son congé de sa place qu’il avait dans les bureaux. Désétang fils est venu sur le soir chez Lehoux. Il venait du vent et se rendait à St-Denis.
Md Lehoux et sa fille sont part[i]s pour St-Denis pour voir Md Prairie qui part demain pour St-Paul. Nous som[m]es revenus à la maison. Nous avons été voir Md Hugot en passant. J’ai trouvé sur le bord de la rivière Ferdinand Pajot avec Hugot. Blémur a passé ainsi que Md Leautour, Delpit, etc.
En arrivant j’ai trouvé Montfort qui nous a porté de bonnes nouvelles de St-Denis.
Joson, ayant été avec Renoyal, est revenu ramener le cheval et a porté un sac de maïs.
Tout va bien chez Grinne.
Dim(anche) 24 mars
VOYAGE AU BRAS DE CHEVRETTE. VINSON NOIR MORT CHEZ JOSEPH DU COLERA.
Levavasseur et sa femme devant passer ce mattin, nous avons été au grand chemin l’attendre. A huit heures, lui, sa femme et sa fille sont arrivés. Nous avons causés avec eux un moment et nous avons remontés à la maison.
Après déjeuné, je me suis mis en route pour aller les rejoindre au bras des Chevrettes. Je suis passé chez Md Fréon et me suis r[e]ndu directement au dit lieu pour dîner.
En route, j’ai rencontré le docteur Vinson. Il sortait de chez Joseph Desbassins qui a[va]it un Noir attaqué du coléra morbus. Ce Noir est mort une heure après l’attaque. Vinson m’a dit que Josephe lui avait fait prend[r]e du gingembre : ce remède, s’il ne l’a pas tué a sûrement hâtée sa mort.
Lundy 25
LE CURE MINOT. VOYAGE CHEZ NOTES AVEC BRUNO.
J’ai expédié ce mattin Montfort à St-André pour porter une lettre au curé Minot. Le s(ain)t homme me répond verbalement, à ma demande d’argent, qu’il n’en a pas. C’est très gracieux.
Bruno et moi sommes montés chez Notès pour voir le terrein sur lequel il désire faire passer l’eau qui vient du coursier de ce dernier pour la mener à son canal et l’augmenter d’autant. L’opération est facile et nous devons prendre le niveau demain.
Mardy 26
MA TANTE ROUDIC.
J’ai passé la journée chez ma tante Roudic. Nous sommes tombés d’accord sur les conditions de 1[a] vente qu’elle me fait d’un morceau d’habitation.
Mercredy 27
J’ai été avec Bruno exécuter le projet de niveler chez Notés. Il résulte de notre [o]pération que l’eau peut-être menée à son canal à très peu de frai et facilement.
Jeudy et vendredy 28 et 29
LE CURE ET LE MAIRE. MD BRUNO. BRANLEBAS. MARCIAN. [MA] TANTE ROUDIC. FRANÇAIS. MD FREON. POSTE A LA RAVINE DES CHEVRES. FAMILLE CHEZ GRINNE. MR BICHET. HUPES.
Le 28 j’ai écrit à Mr le Maire de St-André, ne recevant pas de réponse du curé. L’un et l’autre m’ont écrit. Il résulte de leurs lettres que je dois m’adresser au général pour autoriser le maire à me payer.
Md Bruno a fait branlebas dans sa case pour se disposer à partir pour St-Denis, et Levavasseur a mis en ordre le pavillon de Félicien pour venir c[o]ucher à l’établissement ce soir, ce qu’ils ont fait.
Je suis dessendu avec Marcian qui part aussi demain. Je me dispose égallement à partir.
Le vendredy 29, je me suis mis en route. J’ai été déjeuner avec ma tante Roudic et nous avons terminé l’affaire d’habitation. Je dois cependant voir Hisnard, sindic des créanciers de ma tante, avant de passer l’acte. J’ai été en dessendant visiter le terrain avec Roudic et dessendu, après l’avoir quitté, chez Maillet où j’ai dîné.
J’ai passer chez François et Md Fréon et me suis rendu le soir à la maison où je n’ai pas trouvé ma famille. Ma femme m’écrit qu’elle reste chez Grinne jusqu’à dimanche.
J’ai reçu ce soir une lettre de Mr Richet du 25 février, au sujet de sa maison de St-Denis que j’habitais.
Ma femme et mes enfants sont allés chez Grinne mardy dernier.
J’ai porté du bras de Chevrettes deux hupes pour Emilie.
Nota : On m’est un poste à la ravine des Chèvres pour empêcher l’introduction des Noirs.
Samdy 30
ARRIVEE CHEZ GRINNE. JULIETTE. FORTUNE. CHUTE DE CHEVAL. FO(RTU)N(E) LEHOUX.
De bon mattin, Juliette, Fortuné et moi, nous sommes mis en route pour monter chez Grinne. Nous avons été voir la nénin Céline en passant au Chaudron.
En arrivant chez Grinne je suis tombé rudement de cheval par la négligence du palfrenier de Grinne qui avait laissé des chevaux largués dans le chemin. [J]uliette se trouvant en danger sur son âne qui voulait courrir sur un autre bébette comme lui, j’ai voulu tourner mon cheval dans un endroit difficile et s’en est suivi une chute qui m’a fait souffrir beaucoup. Mon épaule a été [luxée]. Fortuné Lehoux qui était monté avec moi chez Grinne la veille m’a pensé et tout ira pour le mieux.
Avril 1822
Avril 1er, 2 et 3. Mercredy
RETOUR BEAU TEMS.
J’ai été retenu chez Grinne par ma [c]hute et ne suis revenu chez moi qu’aujourd’hui 3 avec ma famille. Rien d[e] nouveau. Beau tems mais chaud.
Du jeudy 4 au dim(anche) 7
VOYAGE A ST-DENIS. JULIETTE ET EMILIE. MD MARTIN. MD DUVERGE. RETOUR A STE-MARIE.
Je suis allé ce mattin à St-Denis pour voir le sindic des créancier de ma tante. Quelques démarches à faire m’on retenus jusqu’au dimanche.
Emilie et Juliette sont dessendues avec Md Lehoux le samdy soir à St-Denis pour la fête de Pâques.
Aujourd’hui dimanche nous avons dînés avec Md Duverger et, après avoir remise Juliette chez les dames Raoul, Emilie et moi, nous sommes mis en route pour Ste-Marie, elle sur mon cheval et moi à pied. Nous avons passé chez Lehoux. Il m’a p[rê]té sa jument pour me rendre à la maison où nous sommes arrivés sans accidents à 9 h du soir.
Md Martin est arrivé le 4 chez Grinne.
Lundy 8 et 9 mardy
VISITE AU PRESBITAIRE. AUG(US)TE PAJOT. PLUIE. JOSON, MONTFORT PARTENT.
Je suis allé au presbitaire pour voir Thomas Filzgérald. Il quitte pour aller chez lui et moi je vais prendre pocession du local, ayant reçu un billet d’Aug(us)te Pajot qui me demande sa maison pour jeudy prochain.
Nous avons eu de la pluie presque toute la journée du lundy. Mardy, beau tems.
Grinne m’a fait demander Joson et Montfort aujourd’hui.
Mercredy 10
THOMAS. UN NOIR MAL(A)D(E) DU COLERA. MAILLET. M(A) TANTE ROUDIC. VOIR HUGOT ET FERDINAND. PLUIE.
Ce mattin j’ai été au presbitaire pour en prendre possession ; mais Thomas n’a pas encor délogé parce qu’un de ses Noirs a tombé du coléra chez lui. Il doit me remettre les clefs vendredy.
Maillet père a passé un moment après à la maison et est reparti pour Ste-Suzanne de suite. Il s’est chargé d’une lettre pour ma tante Roudic. Je lui écris pour lui envoyer un modèle qu’elle doit écrire à Hisnard comme sindic des affaires Roudic, dans le but de lui demander l’agrément des créancier pour le vente qu’elle veut me faire d’un morceau de terre.
Après-dîné, j’ai été chez Hugot et ensemble nous avons été voir Ferdinand Pajot où nous avons r[es]tés à causer jusqu’à près de huit heures.
Ste-Marie et le Charpentier ayant gonflés, (sic) nous mettre pieds nus pour passer. Il a plu [b]eaucoup dans les hauts. Ce soir il a [t]ombé ici un fort grain de pluie.
Jeudy 11
PLUIE. BESOIN DE BRODERIE. FORT(UNE) LEHOUX. OFF(ICIE)R DE L’APOLLON. F(ERDINAN)D PAJOT.
Nous avons eu de la pluie toute la nuit. Le tems ce mattin est encor embrumé et menace de donner de l’eau.
J’ai su hier soir que le malade de Thomas allait beaucoup mieux. On le sauvera selon toute apparances. Je me suis amusé dans la mattinée à faire un moule en fer blanc pour imprimer un dessin de broderie.
Fortuné Lehoux m’a envoyer un domestique pour m’engager à dîner avec lui. Il avait deux officiers de l‘Apollon, le vaisseau qui l’a passé ici. Messieur Navés le chirurgien du bord et Mr Soret officiers du bord. Nous avons tous dînés ensemble chez Lehoux.
Mes [d]eux petits garçons sont venus me joindre sur le soir et nous sommes revenus ensemble à la maison. J’ai entré un moment chez Fer(dinand) Pajot en passant.
Vendredy 12
PLUIE. PRESBITAIRE. MACHINE A BRIQUES.
Pluie toute la nuit. Dans la journée nous avons eu quelques grains de pluie.
Je suis allé au presbitère et définitivement je pourais en prendre po[c]ession demain sans faute.
Je suis allé après-dîné chez Ferdinand ; nous avons parlé d’une machin de nouvel invention pour la fabrication des briques ; il désire que je lui en construise une, ce qui est très possible.
Fortuné Lehoux avec son hôte devaient venir passer la soirée chez moi, mais il paraît que le mauvais tems les a effrayés.
Samdy 13
PLUIE. FORT GRAIN. PRISE DE POCESSION DU PRESBITERE. MOUTON TUE.
Nous avons eu de la pluie encor presque toute la nuit et à deux heures de l’après-midi, il s’est levé un grain du fond de la rivière St-Denis et de tout le haut du B[rû]lé. Ce grain très fort s’est étendu peu à peu jusqu’au haut de la rivière des Pluies, et a gagné jusqu’à Ste-Marie où il a disparu tout à coup. Le tems est devenu beau après et ce soir le ciel est très pure.
J’ai été après-dîné au presbitaire que Thomas a quitté tout à fait. Je vais demain m’y établir. J’ai fait tuer un mouton ce soir.
(Illisible).
Dim(anche) 14
BEAU TEMS. HUPE MORTE. MIGRAINES. MAIS. MR ET MD LE TORT. MD MOREL ETC. VISITE A MD HUGOT. SCENE TRES PLAISANTE D’UN NOIR. LA MAMAN D’EMILIE.
La nuit a été belle et je crois le beau tems revenu.
Une des hupes d’Emilie est morte cette nuit.
J’ai envoyé Pauline vendre ce mattin trois quartiers du mouton tué, hi[er].
J’ai passé une mauvaise nuit : mal dormi et j’ai grand mal à la tête ce mattin.
Comme nous allions déjeuner Mr et Md Letort, Md Motel, son neveu, sa nièce, sont arrivés à la maison ; ils ont été parcourir l’habitation que le neveu doit acquérir de Mr Letort. Ils sont ensuite retournés chez eux.
Après le dîné, j’ai été avec tout mon monde visiter le presbitaire. Emilie prétend qu’il n’est pas habitable par sa mauvaise odeur et sa saleté et au fait, il faut avoir un courage ou une indifférence bien marqué pour habiter un pareil parc. Cette pa[u]vre maison : l’écurie, la cuisine, etc. de Thomas. J’espère que bientôt cela changera de face.
En sortant d[u] presbitaire, nous avons été voir Md Hugot arrivée d’hier [soir] avec son frère. Un Noir à Hugot soul comme le tambour du diable nous amusé singulièrement. Il a fait venir un bobre et s’est mis à danser d’une manière si original qu’il était impossible de conserver son sérieux ; il a forcé les petits Noirs à danser avec lui et employait des expressions si plaisantes pour les y engager qu’il était impossible de voir une scène plus risible. “Naturellement “, ” c’est fort bien” et d’autres expressions de ce genre. Il a ensuite chanté des romances et alors il a été impossible d’y tenir.
Nous sommes partis tous avec le mal de tête à force de rire. La mère d’Emilie lui a envoyé un petit Noir avec quelques friandises.
Lundy 15
GRANDE PLUIE. EMPOULETTE. FORTUNE. G(RAN)D(E) BRISE DU S. E. F(O)R(TUNE) LEHOUX.
Il a tombé de la pluie à verse toute la nuit et ce mattin le tems est pris de partout. La pluie continue avec force. Mon empoulette a monté d’un pouce, ce qui annonce de mauvais tems.
Fortuné devait se rendre au collège aujourd’hui mais le tems ne le permet pas.
Ce tems me contrarie car je devais comm[e]ncer à déloger ce mattin. La pluie a cessée à 10 heures et une très forte brise a pris sa place et a durée jusqu’au soir.
J’ai été faire nettoyer notre nouveau logement et faire replacer des carreaux qui sont brisés ou enfoncés.
Après-dîné toute la famille a dessendu pour promener. Lehoux, son fils et Frédéric sont venus nous voir en bas. Fortuné a monté avec nous et Lehoux et Frédéric sont partis chez eux. Fortuné Leh(oux) nous a quitté à près de dix heures.
La brise a tombé ce soir, mais l’empoulette l’annonce encor pour demain.
Mardy 16
F(OR)TE BRISE ET GRAINS. DELOGEMENT.
Forte brise toujours du sud-est. Tems presque toujours couvert et q(uel)q(ues) grains.
Lehoux m’a prêter une charrette à boeufs au moyen de laquelle j’ai fait transporter une partie de mes gros effets. Toute la journée a été employée à cela.
J’ai couché seul avec mon petit Ferdinand au nouveau logement. J’étais exédé de fatigue.
Mereredv 17
FREON. COUCHES TOUS AU PRESBITERE. F(ORTU)NE LEHOUX. FREDERIC. LA BRETONIERE. MR MARTIN MALADE.
L’empoulette a tombé tout à fait ce mattin. Nous avons eu encore un peu de brise et ce soir, au couché du soleil, un grain de pluie.
J’ai continué mon délogement. Fréon m’a prêté une charette à mulet qui a mieux été que celle d’hier dont les boeufs étaient méchants et difficiles à manier. Animaux, effets, etc. tout étant rendu nous sommes tous venus coucher au presbitaire, notre nouveau logement. Tout est encor sans dessus-dessous, mais cela se mettra en ordre demain.
F(ortu)né Lehoux et Frédéric sont venus à cheval ce soir nous voir.
Le tems est parfaitement calme ce soir.
Je n’ai point eu encor de réponse de ma tante Roudic. Je ne conçois pas ce retard.
J’ai reçu aujourd’hui une lettre de Mr Delabretonière qui me demande son portrait que j’avais avec moi depuis longtemps. Il veut l’envoyer en France par Manès jeune qui part incessamment.
Nous apprenons que Mr Martin (Dupèrier) est très malade. Sa femme est allée le joindre.
Jeudy 18
LAPPINS NES. LEHOUX. EMPOULETTE.
Mis en ordre les effets. Arrangé et balayer partout.
Une des femelles de lappins que Levavasseur a données à Emilie a fait aujourd’hui cinq petits. Nous l’avons mise avec ses petits dans une caisse à part.
Lehoux est venu nous voir après-dîné, et moi, j’ai passé la soirée chez Hugot.
La journée a été belle mais ce soir il tombe de la pluie et l’empoulette en annonce pour demain.
Vendredy 19
PLUIE. FERDINAND PAJOT. F(ORTU)NE LEHOUX. MR MARTIN. MAILLET FILS. VIOLON. HUGOT. CIRAGE ET RECETTE P(OU)R LE FAIRE.
Nous avons eu de la pluie dans la nuit et ce mattin il pleut encor. La rivière Ste-Marie et le Charpentier ont grossis pendant la nuit. La pluie n’a pas continuée et la journée a été assez belle.
J’ai été voir Ferdinand et me suis croisé avec F(ortu)né Lehoux qui a passé la soirée avec nous.
Irma a envoyé une négresse porter à ma femme des souliers qui lui venaient de St-Denis.
Pendant que j’étais chez Ferdinand, Auguste Maillet a passé à cheval. Il allait chez Grinne et m’a dit que Mr Martin allait mieux. Hugot est venu ma voir dans la matt[i]née.
J’ai remonté un de mes violons qui était inactif depuis longtems : il a joué quelques contre danses.
J’ai fait ce mattin du cirage pour les souliers. On le compose d’eau de vie, noir de fumée, blanc et jaune d’oeuf et sucre. On l’étale sur le soulier et on laisse bien sécher. On frotte ensuite avec une brosse. Ce cirage est superbe. La gomme arabique vaut mieux.
Samdy 20
HUGOT. PEINTURE. MD QUINCI. DESCOMBLES.
Tems superbe ce mattin et calme parfait. La journée a été belle. Il a fait chaud.
Là Hugot est venu me voir dans la mattinée. Il m’a parlé d’un baril de peinture rouge qu’il veut employer à peindre ses harnais. Je lui ai donné un pinceau pour cela.
Lui, sa femme et son beau-frère sont venus passer la soirée avec nous.
J’av[a]is été de bonne heure avec Fer(din)and Pajot chez Lehoux où nous avons trouvé arrivant Md Quinci, Descombles et sa femme, Md Frère, etc. Je suis resté un moment et suis r[e]venu à la maison.
Dim(anche) 21
LE CURE MINOT. [F[ORTUNE PARTI P(OU)R LE COLLEGE. FANCARD.
Le curé Minot est venu ce soir de St-André pour faire l'office divin dans le cours de la semaine.
J'ai été voir Hugot. Sa femme et son beau-frère sont allés à St-André et sont revenus ce soir.
Fortuné a retourné à St-Denis ce mattin pour reprendre ses exercices au collège. Noël et Pauline ont été le conduire. Pauline a porté de l'huile et du vin de St-Denis.
J'ai rencontré le gendre de Josset, Fancar, qui venait de dîner chez Bruguiés.
Rien de nouveau.
Lundy 22
LA MESSE. BAPTEMES. EMILIE ET PHILOGENE. FORTUNE DESERTE DU COLLEGE. CORVETTE FRANCAISE. LEHOUX FORTUNE. EMILIE. LUCIE. [FERDINAND] JOSEPHINE. GRINNE ET SA FEMME. TRES BEAU TEMS. [AM]POULETTE. MORT DE MD VOLANGE.
Le curé Minot a dit la messe aujourd’hui ; c’est un événement pour le quartier. Depuis longtems on n’a plus de curé et tout le monde s’est empressé de venir prendre sa part du sacrifice.
Après la messe, le curé a baptisé les enfants du quartier, ou du moins, ceux qui se sont présentés. Emilie et Philogène ont tenus le dernier de Clarice qu’on a nommé Paul.
Au moment où on allait baptiser, ma femme est venu me dire que Fortuné était revenu de StDenis. J’ai été de suite à la maison où je l’ai trouvé. Il n’a pu me donner une raison quelconque de son escapade. Je suis encor à savoir quelle a pu être son idée en revenant subitement ici. Cela demande quelques réflexion et je n’ai pas encor fixé mon jugement sur un fait aussi grave.
Il vient de passer une corvette française à deux mâts qui ne mouille point à St-[Den]is. Je présume que c’est le Mayenne.
Après avoir bien réfléchi à l’affaire de Fortuné et l’avoir entendu sur ses raisons, il résulte que c’est une étourderie sans but positif. Il ne croyait pas nous faire de la peine et il ne pensait pas que cette action dût nous causer aut]a]nt de chagrin. Il m’a demandé à retourner au [c]ollège de suite et m’a promis que, par son exactitude à remplir ses devoirs, il me ferait oublier ce petit orage. En conséquence, demain mattin il partira.
J’ai été chez Lehoux où j’ai passé une partie de la journée a causer avec For(tu)né Lehoux. Je suis revenu à la maison et après-dîné, j’ai été chercher Emilie qui a passée la journée chez Lehoux avec Joséphine, Ferdinande Frère, et Lucie Diris.
Grinne et sa femme, n’étant pas certains que le curé fût arrivé, ne sont pas venus et nous ont fait dire qu’ils viendraient demain pour la messe.
Le tems est définitivement au beau depuis quelques jours. L’empoulette est parfaitement tranquille. Emilie et moi avons rencontré en route les deux Vergos qui nous ont an[n]oncés la mort de Md Volange-Crosnier, morte du coléra.
Mardy 23 avril [2]
TRES BEAU TEMS. FORTUNE PARTI. VISITE DU CURE. PORTRAIT DE FORTUNE. IL REVIENT SUBITEMENT. LA CAUSE. IRMA RELEVEE DE COUCHE. JOURNEE PASSEE CHEZ LEHOUX. MD DE QUINCY, TERRIBLE JOUEUSE. TEMS CHAUD.
Le tems est de la plus grande beauté ce mattin. C’est un véritable jour de printems de France. Le ciel est pur, l’air tranquile et il reigne [u]n calme parfait. Voilà la première mattinée vraiment belle de cette année.
Fortuné est parti pour St-Denis avec Charlot qui ramènera de suite le cheval.
Le curé Minot est venu me voir en allant à l’église ; il doit passer encor la journée de demain ici ; partira jeudy pour St-Denis, pour revenir samdy et doit enfin retourner à St-André pour dimanche. J’ai fait le portrait de Fortuné à l’aquarelle dimanche dernier et son profil à la chambre noire.
Une heure après le départ de Fortuné, il est revenu à la maison ayant mal à la tête et de la fièvre ; il s’est trouvé faible et n’a pas continué la route à cause de cela. La vérité est, je pense, qu’il aura eu peur de se présenter seul à Rabani et qu’il aurait bien voulu que j’eusse été le conduire. J’ai renvoyé Charlot poster la lettre que j’écrivais à Rabani et je lui ai annoncé l’accident arrivé à Fortuné.
Irma e[s]t venue à la messe avec Grinne pour se faire relever de couche : elle devait passer la journée avec nous, mais Grinne s’est décidé à la passer avec elle chez Lehoux.
Fortuné qui s’est trouvé mieux est venu avec nous chez Lehoux où nous avons tous été. Nous y avons passé toute la journée et nous ne sommes rentrés qu’à près de neuf heures du soir.
Md de Quincy qui est encor chez Lehoux a croché celui-ci et Grinne, et a joué impitoyablement au cent de piquet avec eux à cul-levé jusqu’au moment de dîner, ce qui est arrivé qu’à (sic ) plus de cinq heures. Après le dîné, nous nous sommes tous mis à jouer à des jeux innocents, hors Lehoux et l’enragée joueuse qui ont encor repris leurs cartes.
Au surplus j’ai passé une journée fort amusa(n)te à cela près d’un ennui, comme j’en avais encor peu éprouvé depuis longtems.
Il a fait chaud.
Mercredy 24
LA MESSE. REGISTRE DE BAPTEME. ETIENNE BOYER. MORT DE MD AMELIN LA JEUNE. DEPART DE BOYER PERE POUR FRANCE.
Le beau tems conti[nu]e.
J’ai mis une serrure au godon et l’ai fait nettoyer.
Il y a eu messe encor ce mattin. Le curé est venu me prier de lui arranger un petit registre de baptême.
Etienne Boyer fils est arrivé de St-Denis dans l’après-dîné pour venir nous voir, ce qui nous fait plaisir, car depuis notre départ de St-Denis nous ne l’avions pas vu ; il voulait repartir, mais je l’ai retenu à coucher.
Nous avons appris par Etienne la mort de la pauv[re] Madame Amelin la jeune, fille du vieux Montaient. Elle a été atteinte du coléra morbus qu[e] l’on croyait disparu, et dans l’espace de peu d’heures en est [m]orte. Son mari est à St-Pierre et ne sait pas encor ce malheureux évennement.
Etienne, nous a annoncé aussi que son père part pour France, sur l‘Apollon, samdy.
Jeudy 25
BIBLIOTHEQUE.
Etienne est retourné à St-Denis ce mattin.
J’ai monté des rayons pour mettre ma bibliothèque et j’ai mis mes livres en ordre.
Nina est venue voir Ferdinand ce mattin, elle est venue aussi pour nous demander de l’argent que nous devons à Md Frère, mais hélas je n’ai pas le sout.
J’ai été ce soir chez Lehoux ; en y arrivant j’ai appris que Joséphine avait tombé d’une balançoire et s’était fait beaucoup de mal. Fortuné en allant à son secour a reçu un coup à la figure qui lui a été funeste aussi.
Descombes, sa femme et Frère sont arrivés ce soir chez Lehoux.
Vendredy 26
F(ORTU)NE LEHOUX. AUG(UST)E MAILLET. I(E)RE VISITE A MD LETORT ET GARANBOUVILLE.
Fortuné Lehoux est venu, comme nous allions dîner nous voir, Maillet fils aussi, dans l’après-dîné.
Nous avons été faire une première visite à Md Letort et Md Garanbouville.
Samdy 27
MESSE. LE CURE. MAILLET. MARIAGE. ANNETTE. VISITE CHEZ LEHOUX. LECOQ. MD GARANBOUVILLE.
Ce mattin le curé a dit la messe et a marié Mlle Boisisparon avec un Mr Lemeur.
Ensuite on a fait un service pour Mr Delaunay de Ste-Suzanne.
J’ai vu Fréon au service. Il part pour St-Denis.
Le curé est venu dîner avec nous ainsi que Maillet. Ils sont partis ensembl[e] sitôt après.
Ce soir, ma femme et moi avec Fortuné avons été chez Lehoux pour chercher Emilie qui y a passé la journée.
Annette y est arrivée à 7 heures en passant. Elle a été ensuite chez Mr Letort, son grand-père où elle vient pour la santé de son enfant.
Ce coquin de Lecoq est arrivé presqu’en même tems que la bonne Anette, avec sa femme pour coucher, mais apparemment que m’y ayant vu, il a trouvé plus à propos de s’en aller : ce qu’il a fait au grand déplaisir de sa [pécore] [3] qui voulait absolument rester. Le diable les conduise.
Nous avons joué jusqu’à plus de neuf heures et sommes revenus ensuite avec Md de Garanbouville, chacun chez nous.
Dim(anche) 28
CAMILLE. ETIENNE. SOLEN. HUGOT, SA FEMME. PLUIE. CARTON PIERRE.
Camille, Etienne et Solen sont venus passer la journée avec nous.
Je suis allé après-dîné chez Hugot qui avec sa femme et Philogène sont venus passer la soirée avec moi à la maison.
Il est tombé un bon grain la nuit dernière.
J’ai commencé quelques essaies sur le carton-pierre. Ce carton est imperméable et incombustible jusqu’à un certain point, et très propre, par sa solidité et sa résistance aux intempéries de l’atmosphère, à couvrir les maisons. Mon but est d’en fabriquer pour couvrir la maison que je veux bâtir à Ste-Suzanne.
Lundy 29
VOYAGE CHEZ GRINNE. BOUTADE CONTRE LES ENVIEUX. GRINNE SE CHARGE DE FORTUNE.
Je suis allé chez Grinne ce mattin en passant chez Lehoux que j’ai trouvé à déjeuner. Grinne était monté chez Bernard et les enfants. J’ai passé la journée avec elles et Grinne est arrivé à cinq heures, ce qui m’a fait revenir tard chez moi où je devais revenir de bonne heure.
J’ai éprouvé une bien vive satisfaction de ma visite à Grinne en ce que j’ai retrouvé en lui un frère bon et sensible. Je savais que certaines personnes qui tous les jours me donnent la main et me traitent d’amis, avaient par des insinuations perfides voulu me noircir dans l’esprit de mon frère. A les entendre je ne suis bon à rien, je suis plain de deffauts, je n’ai aucun but, je suis trop inconstant pour rien entreprendre de solide. Je n’ai pas plutôt un peu d’argent que je le d[on]ne aux filles : enfin quels vices m’attribuent ils pas ? Et voilà les amis du siècle ! Eh ! Malheureux que vous êtes ! que ne jettez-vous un regard sur vous même ? Que ne lisez-vous dans votre cœur ! Vous y vairez la perfidie, la noirceur et l’envie. Vous donnez aux autres vos vices et vous croyez les effacer de votre azur gangrèné. Allez méchants ! Tôt ou tard vous serez, démasqués et vous resterez avec vos remords et un repentir trop tardif pour trouver cette tranquillité d’esprit qui fait le bonheur de l’homme vertueux Le colomniateur est toujours puni par son propre cœur et quand il jette un regard en arrière, la pratique même des vertus n’est plus qu’une consolation pour lui. Son âme est morte au bonheur. Il n’y a que les hypocrites qui cherchent à [c]aptiver les langues parce qu’ils redoutent la vérité. L’obstinatio[n] est leur loi, la vengeance leur zèle, l’ignorance leur conceil et l’hypocrisie leur culte. O vous qui ne songez qu’à vous ! qui ne vous étudiez qu’à rechercher les deffauts des autres ! Sachez que la meilleur école est l’infortune, et qu’on est sublime lorsque sans se plaindre et sans pâlir, on sait triompher de la misère. Vous serez métamorphosés en pières, en troncs d’arbres sans vous en ressentir et sans que cela nuisît à la societté. Vous savez dormir et digérer : voilà vos talents. Jugez-vous donc et tâchez de vous repentir. Je vous vois d’ici, prétendu philosophe, qui ne lancez que des regards sinistres et dédaigneux, qui, par votre morgue, prétendez fermer la bouche à quiconque. vous envisage, qui cherchez à vous creuser vous-même pour en tirer des noirceurs contre vos semblables, qui enfin vous applaudisses, de votre méchanceté comme les autres de leur bort esprit. Fuyez, fuyez dans l’ombre, car on doit vous éviter. Vous êtes moins un homme qu’un tigre ; vous n’êtes pas digne de recueillir ces larmes si précieuses aux âmes sensibles -ces larmes qui en coulant même n’altèrent point la gaité que la philosophie fait naître chez elles.
Je suis revenu assez tard à la maison. J’ai trouvé tout le monde endormi.
Grinne m’a dit qu’il se chargera de Fortuné désormais pour son entretien et son éducation.
Mardy 30
CANA. F(ORTU)NE LEHOUX. 1(E)RE VISITE A MD DUMONT. MD GARANBOUVILLE. TORTUE ET CANARDS. GRINNE.
Grinne m’a envoyé Canan pour me servire. Il a fait porter un sac de maïs et [a] écrit à ma femme en lui envoyant vingt-deux piastres sachant que nous étions sans argent.
Fortuné Lehoux est venu nous voir, il a passé une partie de la nuit avec nous.
Nous avons été faire ce soir une première visite à Md Dumont avec Md Garanbouville qui était venue nous prendre à la maison.
Grinne a envoyé Prudence nous porter une tortue et q(ue)lq(ue) canard.
Mai 1822
Mercredy 1er mai
MR THOMAS COMMISSAIRE. RECENSEMENTS. DESCOMBES. FORTUNE VA CHEZ GRINNE.
J’écris ce mattin par la poste à Mr Thomas, commissaire de la marine, au sujet de l’argent que me doit l’église de St-André. J’[a]i fait mes recensements que j’adresse à Descombes.
For(tu)né Lehoux est venu dîner avec nous, et après-dîné nous nous sommes mis en route, avec mon Fortuné, pour aller coucher chez Grinne où nous sommes arrivés à huit he(ur)es du soir.
Jeudy 2
COUCHE CHEZ GRINNE. EMILIE A MAL AUX DENTS. CHARRIE. FORTUNE VA AVEC GRINNE A ST-DENIS.
J’ai couché chez Grinne et j’ai passé la journée avec Fortuné chez lui. Je suis revenu ce soir à la maison.
Emilie m’a envoyé à 11 h(eu)res Charlot pour me prier d’écrire à Chabrié pour l’engager à venir lui arracher une dent qui la fait souffrir depuis hier. Le médecin n’est pas venu. J’ai mis ce soir un peu d’opium dans sa dent, ce qui a calmé son mal.
Fortuné doit se mettre en route demain mattin avec Grinne qui va le conduire lui-même au collège.
Vendredy 3
ROBIQUET. GRINNE ET FORTUNE. DUMONT.
Robiquet est venu me voir aujourd’hui et dîne avec moi. Il a rencontré Grinne avec Fortuné allant à St-Denis. Fortuné n’avait point l’air affligé. Il a tant pleuré hier en me quittant que je craignais qu’il ne restât triste.
Robiquet a dîné avec nous et s’est mis en route après pour aller coucher chez Grinne.
Md Lehoux avec Annette sont venues passer la soirée avec nous.
Emilie souffre toujours de sa dent. Voyant que Chabrié n’était pas venu, j’ai écrit à Dumont au même sujet : je n’ai pas plus vu l’un que l’autre.
Samdy 4
VOYAGE CHEZ MD FREON. VINSON ARRACHE LA DENT. GRINNE. FORTUNE.
Ce mattin j’ai été avec Emilie chez Md Fréon dans sa voiture. Ferdinand s’est mis du voyage.
Md F[réo]n a eu la complaisance d’envoye[r] un courrier à Vinson qui est arrivé à l’heure du dîné et qui a expédié la dent qui depuis trois jours faisait tant souffrir ma pauvre fille : elle a dîné après cela avec d’autant plus d’apétit que depuis trois jours e[l]le ne pouvait manger.
J’ai porté à Fréon plusieurs échantillons de carton pierre pour qu’il en fasse l’essaie.
Nous sommes revenus en voiture ce soir à la maison.
Au moment de partir ce mattin j’ai reçu une lettre de Grinne qui me parle de Fortuné et de leur voyage à St-Denis. Fortuné est entré au collège e[t] tout va bien.
Dim(anche)5
F(ORTU)NE LEHOUX. MD HUGOT. LETTRE DE GRINNE ET FORTUNE. GONDAL ME DEMANDE LA CLEF DE SON MAGASIN. PLUIE. CORDES A VIOLON VENDUES.
For(tu)né Lehoux a passé la mattinée avec nous. J’ai refait les épontes. Il s’est décidé à rester à dîner.
Après midi Md Hugot l’a envoyé appeler pour un mal de gorge qu’elle a. C’est peu de chose.
J’ai reçu des lettres de Grinne et de Fortuné pour ma femme. Le pauvre enfant regrette d’être loin de sa mère et c’est tout naturel, mais il sent qu’il lui faut de l’instruction pour pouvoir faire quelque chose. Il le dit même à sa mère dans sa lettre.
Il a fait de la pluie en abondance à St-Denis dans la journée, le grain est même arrivé jusqu’ici, mais pas assez pour bien mouiller la terre.
Ce soir à huit heures il est venu un monsieur me demander la clef du magasin que m’a prêté Robert à St-Denis. Attendu que j’y ai mis mes effets encor, je ne l’ai pas donné. Cette affaire me dérange parce qu’il faut que j’aille à St-Denis pour cela et je comptais partir pour Ste-Suzanne.
J’ai vendu à des joueurs de violon pour 20 livres de cordes.
Lundy 6
MD PETIT PAS. ANNETTE. RENOYAL. HUGOT LE DIABLE. COUCHE CHEZ GRINNE. CHARETTES.
Md Petitpas et sa fille Annette sont venues passer la journée avec nous. Hugot est venu avant dîné et a fait le diable à quatre ; il a monté ensuite dans les hauts de Ste-Marie et est arrivé de nouveau comme nous dînions. Il s’est mis à manger comme un homme qui a [f]aim et à peine le dîné eût-il été terminé que le diable de farceur a recommencé à faire le diable de plus belle. Enfin il est parti avec les dames Petitpas qui vont à St-Denis.
Renoyal est arrivé chez Grinne où il a couché. Il arrive de Malgache depuis deux jo[u]rs. Il a dîné avec nous. Nous avons été ensemble à la fin du jours chez Grinne.
Lehoux m’a promis deux charettes à boeufs pour transporter de St-Denis des effets, mercredy.
Mardy 7
RENOYAL PART. DEJEUNE CHEZ LEHOUX. MONTRE A REVEIL PRETE P(A)R FORTUNE. MORT DE MR MOREL DE CHERMONT. PLUIE. VISITE MANQUEE. MELLE JOSEP(HINE) COUTURIER, NIECE DE MD HUGOT.
Ce mattin Renoyal est parti de chez Grinne pour St-Denis et moi je suis rev[e]n[u] chez moi.
J’ai déjeuné chez Lehoux. F(o)r(tu)né Lehoux m’a prêté sa montre à réveil dont le timbre s’est trouvé brisé quoique qu’elle fût enfermée dans l’armoire de la belle-mère.
Ce mattin nous avons reçu chez Grinne le billet d’enterrement de Mr Morël de Chermont décédé hier soir à 7 heures. Il traînait depuis plusieurs mois, il était en dissolution et était âgé de 77 ans.
On a attendu un prêtre jusqu’à plus de six heures du soir et ne le voyant pas arriver pour faire l’enterrement, on a pris le parti de déposer le corps au cymetière.
Lehoux père et fils, Hugot, Ferdinan Pajot, etc. sont venus se réfugier chez moi contre la pluie et enfin chacun s’est retiré fort tard. Ma femme et ma fille se disposaient à faire visite à Md Hugot mais elles l’on[t[ remise à un d'autre jours (sic) à cause de la pluie.
J'ai été seul chez Hugot où j'ai passé la soirée : Md Hugot a une de ses nièces de St-Louis, Mlle Jos(é)p(hine) Couturier, depuis quelques jours chez elle. Elle est jolie et belle femme et m'a paru aimable et de bonne humeur.
Mercredy 8
V(OYA)GE A ST-DENIS. TRANSPORT D'EFFETS. LEHOUX. JULIETTE MALADE. FORTUNE. RENOYAL. VOYAGE DE REN[OY]AL MANQUE CHEZ GRINNE.
Je suis parti pour St-Denis ce mattin avec deux charettes de Lehou[x] pour transporter le reste de mes effets. Arrivé à 10 heures, je me suis d[e] suite mis à l’oeuvre. J’ai fait transporter tous les effets que j’avais dans le magasin de Robert chez Grinne et j’ai chargé deux charettes, mais comme il était trop tard j’ai remis à partir la nuit prochaine à 2 ou 3 heures du mattin.
J’ai été voir Juliette qui a une fièvre billieuse depuis samdy. Elle va mieux.
J’ai été ensuite voir Fortuné au collège : il est venu coucher à l’emplacement de Grinne avec moi. Renoyal devait monter avec un de s[es] camarades de bord chez Grinne qui, à cet effet, a envoyé ce soir deux chevaux : mais Renoyal ni l’autre n’ont pu en profiter, ayant reçu l’ordre de se tenir prêts à appareiller. Renoyal a couché à l’emplacement aussi.
Jeudy 9
RETOUR A STE-MARIE. LE SULLI ARRIVE. L’EDMONT. CABANNE. VISITE CHEZ LEHOUX.
A deux heures du mattin j’ai fait mes adieux à Renoyal et Fortuné et me suis mis en route pour Ste-Marie avec mes deux charettes. Après bien des peines et des fatigues nous sommes enfin arrivés au presbitaire saints et sauves mais ce n’est pas sans nous êtres arrêtés vingt fois en route tantôt pour arranger une roue tantôt un brancar. Il était six heures quand nous sommes arrivés.
Il est arrivé hier le navire le Sulli du Havre qui porte des prêtres, mais nous n’en aurons pas plus pour cela : on m’a dit qu’ils étaient missionnaires et destinés pour la Chine. Je leur souhaite un bon voyage et bien du plaisir, car il y a des gens pour qui c’est un bonheur de se faire couper la tête.
L’Edmont, arrivé samdy dernier, devait nous ramener l’ami Cabanne mais il n’y est pas et on l’attend de jour en jour.
Ce soir nous avons été en famille voir la famille Lehoux. Nous avons passés la soirée chez elle.
Fort(uné) Lehoux a monté chez Grinne depuis hier comptant y trouver Renoyal.
Vendredy 10
LETTRE A FRANCOIS SANS REPONSE. FENETRES ORIENTEES. MD FREON. EM POULETTE.
J’ai écrit à François Peruque ce mattin pour lui demander de l’argent qu’il me doit pour une pompe. Il m’a fait répondre par sa femme qu’il était malade et qu’il me répondrait lui-même un de ces jours.
J’ai passé la journée à orienter une fenêtre à jalousie à la chambre de ma femme et une à celle d’Emilie.
Le Noir qui a été chez François [a] passé chez Md Fréon dont nous avons eu des nouvelles. L’empoulette annonce du vent et de la pluie.
Samdy 11
CANA. LETTRE A SENNEVILLE. PIANO VERNIS. MD DELESTRAC. FORTUNE. JULIETTE. MAIS. IRMA. PLUIE ET VENT. NOELTOMBE. REPONSES A NOS LETTRES. JULIETTE VA MIEUX. IRMA NE VIENT PAS CE SOIR. LEHOUX. AUTEUIL. UN PRETRE. EXPERIENCE SUR LE CAFFE MOULU QUI PROUVE QUE MON CUISINIER ME VOLE.
Cana est allé à St-Denis ce mattin : il porte d[es] lettres pour Senneville (à qui j’écris de vendre mon piano attendu qu’il me devient inutile ), à Md Delestrac, Fortuné, Juliette. Il doit en outre porter 50 (livres) de ris que j’ai achetté avec Nanine.
J’ai passé toute la journée à mettre une fenêtre vitrée à ma chambre.
Noël a été chez Grinne chercher un sac de maïs et nous a annoncé qu’Irma viendrait nous voir ce soir. L’empoulette n’a pas monté car nous avons eu bonne brise toute la journée et quelques grains. Ce soir à cinq heures la pluie tombe à verse.
Noël en portant un pilon a tombé et s’est fait beaucoup de mal au bras.
Cana arrive à 6 heures portant des réponses aux lettres de ce mattin : Mlle Raoul m’écrit que Juliette a moins de fièvre : elle a pris un vomitif hier qui lui a fait rendre des vers et ce sont ces vers qui probablement lui ont donné la fièvre.
La pluie continuant, il est probable qu’Irma ne viendra pas ce soir, car il est sept heures déjà.
Noël m’a dit que Lehoux lui avait demandé si Auteuil m’a écrit pour m’annonce[r] qu’un prêtre arrivé depuis peu devait venir ici demain pour dire la messe : je n’ai point reçu de lettre à ce sujet.
J’ai fait ce soir une [e]xpéricnce sur le caffé. J’ai fait brûler devant moi une livre de caffé bien sec qui remplit tout juste à franc bord une boîte de fer-blanc. Je l’ai fait piller devant moi : le résultat a été que le caffé réduit en poudre grossière et pressé fortement a rempli la même boîte en faisant cependant le dos bombé par dessu les bords. Ceci me prouve clairement que le cuisinier me vole du cafté quand il le brûle puisqu’il ne rend pas la boîte plaine de caffé moulu.
Dim(anche) 12
G(RAN)DE PLUIE. VIOLENTE BOURASQUE. CHARPENTIER DEBORDE. B(ARI)QUES ENLEVEES. EMPOULETTE. GRINNE, IRMA, ETC. ARRIVENT. FORTUNE. CHARLES PAJOT. RETOUR CHEZ GRINNE. FORTUNE FAIT LE SOT. F(ORTU)NE LEHOUX. E(IEN)NE BOYER. FORGE MONTEE.
La pluie a continuée ave[c] force jusqu’à neuf heures hier. A onze heures de nuit, il est arrivé une bourasque de n(ord) si violente que la pluie fouettait par les fenêtres du grenier à plus de 20 pieds dans l’intérieure. Je me suis levé pour les fermer et je me suis apperçu que l’eau pénètre en grande quantitée par les bardeaux du toit de manière à pourir bientôt la charpente. Les Noirs ont été obligés de se réfugier dans la maison, la pluie pénétrant dans toutes leurs canes.
La rivière d[u] Charpentier a débordée et a enlevé plusieurs bariques vuides qu’Hugot avait fait mettre à [t]remper. J’ai été avec Ferdinand la voir de bon mattin elle [a] montée à quatre pieds au-dessus du niveau ordinaire.
L’enpoulette a annoncé ce tems avec une précison merveilleuse, et ce qui prouve que le tems n’est pas encor fini, c’est qu’elle reste toujours dans le même état. Ce mattin le tems est couvert, à grains et frais.
A midy, au moment où nous pensions qu’Irma ne viendrait plus, elle est arrivée avec Grinne, Jeanni, Suzette et Fortuné. Grinne avait envoyé un âne hier soir à St-Denis pour chercher le dernier : le tems a été si mauvais que je croyais bien qu’il n’aurait pu se mettre en route mais comme la monture était là, il s’est mis en route hier soir et a couché chez la bonne Céline au Chaudron, d’où il s’est rendu chez Grinne ce mattin.
Charles Pajot est venu nous voir un moment, comme nous allions nous mettre à table. A six heures toute la bande joyeuse s’est remise en route pour la ravine des Figues, exceptée Jeanni qui nous reste. Elle doit retourner après demain avec ma famille chez Grinne.
Au moment du départ, Fortuné a voulu rester passer la nuit ici, mais le tonton ne l’a pas voulu et il a bien fait. Le petit a un peu pleuré et il a fallu même me fâcher pour le faire partir. Le petit diable a caché exprès ses souliers, mais cela ne lui a servi de rien : je lui en ai trouvé d’autres.
Etienne Boyer est aussi venu passer la journée avec nous : il reste coucher ici.
For(tu)né Lehoux, sa belle-mère et Frédéric ont passés la soirée avec nous.
J’ai monté aujourd’hui dans mon laboratoire une petite forge, dans la mattinée.
Lundy 13
FER A SOUDER. LAMPE REPAREE. ET(IEN)NE BOYER. F(ORTU)NE LEHOUX. PAULINE MALADE. HUGOT ET SA FEMME. VISITE DE MD DUMONT.
Ce mattin j’ai fait un fer à souder et j’ai passé la journée à remettre [à] neuf une vieille lampe à quinquet qui est fort commode.
Etienne a déjeuné avec nous et est parti pour St-Denis après. Fortuné Lehoux a passé la journée avec nous. Il est parti pour St-Denis ce soir.
Depuis huit jours Pauline est au lit, elle a une forte douleur au côté gauche et demain elle ira chez son père, domestique de Routier, pour se rétablir. F(or)t(u)né Lehoux m’a promis de m’envoyer de St-Denis une emplâtre vessicatoire pour Pa[u]line.
Ce soir, nous avons eu la visite de Md Hugot et sa nièce. Dumont et sa femme sont aussi venus nous faire une première visite.
Mardy 14
VOYAGE CHEZ GRINNE. ID(EM) A STE-SUZANNE. PAULINE. MAILLET. DESMANIERES. COUCHES CHEZ MA TANTE. NOEL.
Ma famille avec Jeannie sont partis pour aller passer quelques jours chez Grinne, et moi je pars pour aller terminer mon affaire avec ma tante Roudic.
Pauline toujours souffrante part demain mattin pour aller chez Routier.
J’ai dîné chez Md Fréon et suis allé coucher chez ma tante. En montant j’ai trouvé au chemin de l’Aloïs Maillet, Desmanières et Théogène Dejean qui étaient à tirer une ligne de bornes entre Mr Dejean et Md Carré.
Noël a étté chez Md Fréon pour repeindre une porte.
Mardy 15
VIS[I]TE AU [M]OULIN.
J’ai couché chez ma tante et été passé la journée chez elle. J’ai vi[s]ité son moulin et sa batterie. Tout cela est en mauvais état. Je couche ici.
Jeudy 16
MORT DE MD OZOUX.
Je suis venu chez Levavasseur. Il est arrivé ce soir me voir de St-Denis qui annonce la mort de Md Ozoux Cadet. On est incertains si c’est du coléra ou d’une inflammation au bas ventre ceci est plus probable puisqu’elle a eu de la fièvre.
Vendredy 17 – (Samdy) 18
DESMANIERES. MD OZOUX. MAZERIEUX.
J’ai dessendu chez Maillet que je n’ai pas trouvé. J’ai monté de suite chez ma tante.
Après-dîné j’ai été voir Desmanières où sont venus Dieudonné Dejean, Merlo, Bouquet, Mazérieux.
Ce dernier a dit que Md Ozoux est morte d’une inflammation.
J’ai envoyé Cana porter une lettre au maire de St-André par laquelle je lui demande ce qu’on me doit. Le 18 je suis dessendu chez Levavasseur aprè[s] déjeuné.
Dim(anche) 19
BRUNO ET LEVAVASSEUR PARTIS P(OU)R ST-DENIS. MAUVAISE FOI DU MAIRE. DUMENIL.
Bruno et Levavasseur sont partis ce mattin pour St-Denis.
J’ai reçu réponse du curé de St-André. Le maire ne m’a pas répondu. Je les crois définitivement de mauvaise foi.
Ce soir Duménil est venu voir ces dames.
Lundy 20
CANA.
Expédié Cana à Ste Marie avec la malle moirée. Il a pr[i]t quelques peu d’oignons.
Mardy 2[1]
CANA DE RETOUR. BRUNO ID(EM). PLUIE.
Cantal est revenu ce mattin de Ste-Marie. Il ne me donne pas de nouvelles de mon monde. Ils sont encor chez Grinne.
Bruno est arrivé de St-Denis ce soir.
Nous avons de la pluie ce soir : le tems est pris de partout.
Mercredy 22
PLUIE, ARDOUIN. LE MOULIN. BEAU TEMS. ARMANCE COUTURIER. LECONTOUR. GUERI.
Nous avons eu beaucoup de pluie dans la nuit.
Ardouin est à réparer le moulin. Je crois qu’il a donné trop de jeu à ses (illisible) ce qui occasionnera des secousses au moulin.
Le tems est superbe ce mattin et selon toutes les apparences la journée sera très chaude.
Après déjeuné j’ai été chez Armance Couturier pour la maison, mais il en veut absolument 2000 piastres. Je les lui souhaite.
J’ai été ensuite voir Lecontour qui attend Guéri pour monter sa machine à vapeur.
Jeudy 23
MAILLET. SOUSSING-PRIVE. LETTRE DE MD DE CHAUVALLON. FOND DE FER.
Beau tems.
J’ai coupé des fonds de fer à repasser.
La nuit dernière a été très froide.
Après déjeuné j’ai été chez Maillet où j’ai dîné : il m’a donné le modè[le] du soussing-privé que je dois passer avec ma tante. J’ai monté chez elle ce soir.
Maillet m’a remis une lettre de Mr de Chauvallon : il m’annonce la nomination des O[fficiers] D[irecteursl de la L.*. pour le 8 juin.
Vendredy 24
RETOUR A STE-MARIE, COUCHE CHEZ GRINNE.
Couché chez ma tante. Ce mattin, nous avons passé notre soussing-privé.
Après déjeuné je suis dessendu chez Maillet où j'ai dîné. Je me suis mis en route ensuite pour Ste-Marie.
J'ai passé chez Md Fréon, son fils est à St-Denis depuis huit jours.
Passé chez moi et filé de suite à la ravine des Figue[s].
J’ai passé chez Lehoux. J’ai trouvé tout notre monde en bonne santé.
Samdy 25 – Diman(che) 26
VOYAGE CHEZ JEANNIE. DINE CHEZ LEHOUX AVEC GRINNE. ELISE. BOYER. ROUDJC. FORTUNE L(E)H(OUX).
Toutes nos dames sont allées passer la journée chez les mineurs Delaunay.
Grinne et moi sommes venus dîner chez Lehoux.
Ce mattin, For(tu)né Lehoux qui était chez Grinne depuis quelques jours est venu chez son père où nous l’avons retrouvé. Il y a bisbille à l’occasion d’Elise : et d’après tout ce que nous a dit Boyer Lagiraudais, il est certain qu’il n’est qu’un bavar.
Lehoux est allé à St-Denis ce mattin.
Je suis venu coucher chez moi où j’ai reçu Roudic.
Fortuné Lehoux est venu passer la soirée avec nou[s] et a couché chez moi. Il a donné à Roudic un damier empaillé.
Lundy (27) – Mardy 28
RACOMMODE LE MOULIN A CAFFE. ROSA ET VICTORINE. SIGNAUX.
Passé ces deux jours à faire quelques petits ouvrages : coupé et ajusté un fond de fer, racommodé le moulin à caffé, la tombe de la vieille Olivette, etc.
Fortuné a passé la journée de lundy avec moi. Nous avons été dîner chez Lehoux, mais arrivés trop tard, on a été obligé de nous préparer à dîner.
Mardy envoyé Charlot à la ravine des Figues chercher du maïs.
Ma femme a envoyé Rosa et Victorine pour laver et chercher une cage d’oiseaux. J’ai ranvoyé le linge pour être lavé chez Grinne. J’ai fait lundy un tableau de signaux.
Mercredy 29
SAPATE. FER A JABLE. NOEL. CANA. CHARBON.
Md Lehoux envoie Sapate et un autre Noir qui ont liés les bouts de mon établi de tour. J’ai fait un f[er] pour jable de bariques pour elle.
J’ai mis Noël et Cana à couper du bois pour faire du charbon.
Je par[s] après-dîné pour la ravine des Figues.
Rosa ayant la vérole, ma femme la revoie ici pour être traitée.
Elle a envoyé en même tems Marie-Josephe de Grinne pour laver ici des draps que je lui ai demandé.
Juin 1822
Lundy 3 (juin)
RETOUR A STE-MARIE. EMILIE RESTE. SAVIGNON MALADE. F(ORTU)NE LEHOUX MALADE. PREMIER FROID. BRUNOT PERE.
J’ai passé depuis le 29 dernier jusqu’aujourd’hui chez Grinne. Emilie reste avec Irma pour aller à St-Denis passer quelques jours.
Ma femme et Ferdinant sont revenus ce mattin avec moi à la maison.
Savignon aîné a été très malade depuis 10 à 12 jours et va mieux et est allé se rétablir à St-Denis.
Ce soir, j’ai été chez. Lehoux où j’ai trouvé Fortuné son fils avec une forte fièvre occasionnée par une supression de transpiration. Le tems est froid et donne beaucoup de rhumes.
Nous ressentons depuis q(ue)l(ques) jours le changement de température positif.
B[r]unet père est arrivé ce soir chez Lehoux. Il m’a donné des nouvelles satisfaisantes de la famille. Mds Sulli et Nanette sont chez lui depuis quelques tems.
Mardy 4
LETTRE A ISNARD, SENNEVILLE ET A CANA. CHARLOT. LETTRE A GRINNE. SERVICE DE MR MOREL. DINE CHEZ MD FREON. FREON A ST-DENIS. FORTUNE A UN PANARI. F(ORTU)NE LEHOUX.
J’ai écrit ce mattin à lsnard au sujet de l’établissement Roudic ; à Senneville p(ou)r le piano, et à Juliette et Fortuné : Cana a été porter mes lettres et chercher de l’huille de coco.
J’ai envoyé Charlot à la ravine des Figues chercher mon équipage et j’ai écrit à Grinne en lui envoyant un tableau des signaux. Je lui marque de m’envoyer q(uel)q(ue)s bouteilles de vin.
J’ai été ensuite au service de Mr Morël de Chermont à la suite duquel Férière et sa femme sont venus à la maison où ils sont restés une petite demie-heure.
Je me suis mis route ensuite pied pour aller chez Md Fréon où j’ai resté à dîner.
Fréon est allé ce mattin à St-Denis.
Md Dioré est arrivée ce soir chez Md Fréon comme j’en sortais.
Cana est arrivé avec l’huile et ne m’a porté qu’une réponse de Fortuné.
Isnard est à la campagne et Senneville n’a pas eu le tems de me répondre.
Juliette va bien et n’a pu me répondre non plus.
Charlot est revenu de la ravine des Figues avec ce que je demandais ;
Grinne est allé ce mattin à St-Denis.
Fortuné me marque qu’il a un panari au doigt et qu’il en souffre beaucoup. J’apprends ce soir que F(ortu)né Lehoux va mieux.
Mercredy 5
LE CURE MINOT. MD FREON. SON OUVRIER. TOUR EN L’AIR. FREON. DRAGEES DE VAUMES. VISITE DE LA MAISON HUGOT. EDOUARD DOMINJOD. IRMA ET EMILIE A ST-DENIS. LAPINS NOU[V[EAUX NES. CHARBON.
Le curé Minot est venu avant-hier soir à la maison et a remis à ma femme vingt et une piastres à compte de ce qu'on me doit à l'église St-André.
Ce soir il a passé venant de StDenis, et m'a fait demander un reçu que je lui ai envoyé. C'est lui qui a fait le service Morël.
Md Fréon m'a envoyé ce mattin un ouvrié ; j'ai passé avec lui la journée à monter à neuf mon établi de tour. Il doit revenir demain mattin avec mon tour en l'air qui était resté chez Md Fréon depuis que j'ai arangé les roues du cabriolet de Fréon.
Celui-ci m'a envoyé deux boîtes des dragées du Dr Vaum[e]s. Je veux essayer si ce remède me délivrera d’une insomnie que j’ai depuis plus d’un an : on le dit bon à tout ; nous venons en effet si cela est vrai.
J’ai été ce soir voir Hugot qui arrive de St-Denis. Je suis revenu avec lui et sa femme accompagnée de sa nièce Mlle Mélanie Couturier du Gol qui est depuis quelques tems chez eux. Nous avons passés la soirée à la maison. Quelques minutes avant de sortir, Edouard Dominjod, arrivant de l’Inde, et allant à Ste-Rose voir sa sœur, a passé à la maison nous voir. Il m’a dit qu’il avait, d’accord avec le cap(itai)ne Mahé, quitté son navire pour faire son service royal. Il est provisoirement sur la Reconnaissance, corvette du roi.
Nous avons appris qu’Irma et Emilie sont partis pour St-Denis aujourd’hui.
Je dois y aller samdy, pour les nominations des Offici(ers) D[irecteurs] de la [loge] P.*. H.*.
J’ai oublié de marquer le jour de mon arrivée [d]e Ste-Suzanne qu’une des femelles lapins d’Emilie avait fait sept petits qui sont aujourd’hui bien portants : ils sont nés le 23 mai.
On a achevé de faire le fourneau de charbon.
Jeudy 6
TOUR MONTE. TURIOF SOLEN. BOURGINE. ET(IEN)NE BOYER. MD SULLI. F(ORTU)NE LEHOUX. PROCES PERDU P(OU)R LEHOUX. MARIAGE DE LANET FLORIS. LONGIJEVUE DE MD FREON. CHARBON. MIC[HE]L SPARON.
J’ai continué avec l’ouvrier de Md Fréon le travail commencé hier. J’ai achevé de monter mon tour que j’ai fourbi et éclairci. Je puis tourner à présent quand je le voudrais.
Mr Turiof Solen venant de St-André est venu déjeuner avec nous ; il nous a dit qu’il comptait aller tenir à St-Joseph un magasin pour Mr Bourgine.
Etienne Boyer est venu de St-Denis nous voir et p[a]ssé la journée avec nous.
Ce soir Md Sulli, arrivée hier chez son père, [e]st venue avec son enfant voir ma femme. Je l’ai laissée à la maison et suis allé voir Fortuné Lehoux qui m’a fait dire ce mattin par son domestique qu’il souffrait encor. Je l’ai trouvé bien et se disposant à venir à la maison demain.
Pendant que j’étais chez Lehoux, il a reçu une lettre de Lacaussade qui lui annonce qu’il a perdu son procès contre Me Deshaies, avoué : ce pauvre Lehoux est condanné personnellement à payer à son adversaire une somme de deux milles piastres.
En revenant j’ai trouvé en route, Loupy, Floris etc., qui revenaient de St-Denis de la noce de La[n]et, Floris lequel a épousé Mlle Labastille Solès avant hier.
J’ai redressé ce mattin la longuevue de Md Fréon dont un des tubes était faussé et la lui ai envoyée par son ouvrier.
On a mis ce mattin le feu au fourneau de charbon.
J’ai rencontré en allant le bon Michel Sparon toujours blagueur.
Vendredy 7
LETTRE DE MESNARD P(OU)R UN CONCERT. VIOLON RECOLLE. F(ORTU)NE LEHOUX TOU(JOU)R MALADE. TRIOMPHE DE MARDOCIIE. FER(DI)N(D) PAJOT. FLUTTE. GROGNE CHEZ HUGOT.
J’ai reçu ce mattin une lettre de Mesnard : il me marque que lundy il y a concert à St-Denis et que lui et Boucherville m’attendent. Ceci se rencontre merveilleusement puisque je me rends demain à St-Denis pour la [loge].
J’ai recollé mon violon et réparé deux archets. J’ai remis à neuf mon vieux villebrequin.
Fort(uné) Lehoux a passé la journée à la maison : il a toujours mal au pied et se plaint d’une douleur au côté. J’ai été le reconduire chez lui. Il était sur mon cheval et moi à pied, le précédant, ma lanter[nel de papier au bout de mon bâton. Il se formait des groupes sur la route qui nous regardaient avec étonnement ; il y a des badaus partout. Fortuné me disait que nous avion l'air du Triomphe de Mardoché.
Comme je revenais de chez Lehoux j'ai entendu Ferdin(an)d Palot jouant de la flûte : il y a bien quinze ans que je ne l'avais pas entendu. Il est bien rouillé. Je lui a dit bonsoir et continué ma route. Fer(dina)nd m'a dit qu'hier il y avait eu grogne entre Hugot et sa femme. Jalousie de femme.
Samedi 8
VOYAGE A ST-DENIS. PAULINE A UNE PERTE. DUMONT. FOR(TUNE) LEHOUX. DINE AVEC GRINNE CHEZ ROBIQUET. NOMIN(ATI)ON DES OFF(ICIERS) D.*. DE LA [LOGE]. DISCUTION A L’OCCASION DE L’AMITIE.
Je pars pour St-Denis à 11 heures du mattin.
Pauline a depuis hier soir une perte : c’est peut-être une fausse couche. Mr Dumont est venu ce mattin la voir et a ordonné le traitement à lui faire.
Je me suis arrêté avec Fortuné sur le banc de Lehoux où nous avons causés pendant une heure. Le soleil a été si ardent, en route, que j’ai éprouvé une aussi f[or]te chaleur qu’en été.
Je suis arrive à St-Denis à deux heures et me suis rendu de suite chez Grinne où j’ai trouvé tout le monde en bonne santé. En attendant Grinne, (il a logé à l’emplacement de Md Hillarion) j’ai été voir Robi[q]uet qui demeure vis-à-vis. Il m’a dit que Grinne dînait avec lui et m’a engagé à rester. Nous avons dîné tous trois ensemble.
Grinne et moi sommes montés en [loge] aussitôt après. On a fait la nomination des Off(iciers) D.•.. Le V.*. et les SS.*. sont restés les mêmes. Discution à l’occasion d’un visiteur chargé d’une Dépêche de l’Amitié. Elle est définitivement reconnu du G.*. O.*. et je pense que nous ne tarderons pas à fraterniser ensemble.
Dim(anche) 9
FORTUNE. FETE DIEU. MD LONI. MD TESSAN. MR LESAVE. RENOYAL. CONCERT MANQUE.
De grand mattin j’ai envoyé chercher Fortuné au collège. Il était déjà parti pour la cérémonie de la fête Dieu. Je l’ai vu pendant la procession. Cette cérémonie nous a mené] jusqu’à midy.
Après, Irma, Emilie etc., nous avons tous été voir Md Lori. Cette visite a été cause que nous n’avons déjeunés qu’à deux heures et par conséquent dînés fort tard.
Grinne a ramené Fortuné à son collège à 8 heures et moi j’ai été faire quelques visites entre autre chez Md de Tessan où est venu Mr Lesave off(icie)r d’artillerie avec sa femme, Européenne, gentille et fort aimable.
J’ai trouvé en rentrant chez Grinne Renoyal qui est arrivé de croisière, ce soir. Je leur ai fait à tous mes adieux devant retourner à Ste-Marie de grand matin. Le concert qui me faisait rester à St-Denis n’a plus lieu, du moins demain, comme on l’avait annoncé. Mr de Boucherville est resté à St-Paul et manque de cette manière à la promesse faite au public. Mesnard, un peu embarrassé à cause des invitations qu’il a faite aux amateurs de diverses parties de l’ile, lesquels se sont rendus à St-Denis, m’a dit que [le] fameux concert aurait lieu samdy, mais je n’en serai sûrement pa[s] ayant d’autres affaires plus intéressantes.
Lundy 10
DEJEUNE AVEC HISNARD. ACQUISITION D’UN MOULIN A CANNE. VISITE A MD LEHOUX. MD FRERE. LA MERE. LA FILLE MALADE. PAULINE. MD HUGOT. BRUNET PERE.
Je me suis mis en route de bonne heure ce mattin. J’ai été voir Hisnard au Chaudron et déjeuné avec lui : il m’a dit avoir fait l’acquisition d’un moulin en fer pour ma tante (celui de Lecontour) et va s’occuper d’avoir un jeu de chaudières en fer, cela arrangera singulièrement les affaires de ma tante. En passant je suis entré chez Lehoux où Md Frère, sa mère et sa fille sont depuis hier. Ferdinande vient de changer d’air : elle a été très malade dernièrement.
Je suis arrivé à la maison à plus de midi. J’ai trouvé Pauline encor assez gravement malade, ma femme aussi fort enrumée.
J’ai été passer la soirée chez Lehoux qui est toujours à St-Denis. Md Hugot est venue voir ma femme. Brunet père allant chez lui est venu coucher chez Lehoux.
Mardy 11
VILLEBREQUIN. SIGNAUX POUR MD FREON. LETTRE DE ROUDIC. REPONSE. F(ORTU)NE LEHOUX. LETTRE A IRMA ET EMILIE. EUGENE. MAIS. CHARLOT. BAILLE PEINTE.
J’ai tourné, en bois de cormier et en sapan la pomme du villebrequin que j’ai remis à neuf, il y a quelques jours. J’ai fait ensuite un tableau de signaux pour Md Fréon.
Le Noir de Roudic que j’ai rencontré en route hier et qui m’a remis une lettre de son maître, est passé à la maison aujourd’hui : je lui ai remis la réponse.
For(tu)né Lehoux est venu passé la soirée avec nous : nous avons fait de la musique jusqu’à neuf heures. Charlot est allé à la ravine des Figues porter deux lettres de ma femme à Irma et à Emilie : elles ont été envoyées de suite à St-Denis.
Eugène doit envoyer demain du maïs ici.
Rien d’ailleur de nouveaux.
J’ai fait broyer du vert pour peindre la baille de ma femme et l’ai peinte d’une 1(è)re couche.
Mercredy 12
NOIRS DE FREON. FUMIER. LETTRE DE FITZGERALD. GUITTARE RECOLLEE. SUCRIER DE MD FRERE RECOLLE. RECETTE POUR BLANCHIR LA LAINE. PAVE DE LA SALLE REPARE. SERURE DU CODON. CHATTE MARONNE, CHATS PERDUS. GROS OIGNONS PLENTES.
Les Noirs de Fréon sont venus ce mattin pour prendre le fumier qui obstrue le devant de la cuisine. Fitzgerald m’a écrit que ce fumier lui appartenait, chose que j’ignorais, mais comme il me gène et que d’ailleur c’est malprope et malsein, je lui ai écrit de le faire enlever, ce qu’il m’a promis de faire demain.
J’ai recollée mon encienne guittare pour Juliette qui me l’a demandée. Le sucrier de Md Frère qui est cassé et qu’elle m’a prier de recoller aussi s’est trouvé mal ajusté lorsque je l’ai examiné ce mattin, de sorte que j’ai été obligé de détruire mon premier ouvrage pour le refaire avec plus de précaution, ce que j’ai fait aujourd’hui.
J’ai essayé une recette donnée dans les Archives des Découvertes pour blanchir la laine. Elle consiste à tremper la laine dans une bouillie de blanc d’Espagne et d’eau ; puis à la faire bien sécher pour la laver ensuite à grande eau jusqu’à ce que tout le blanc soit sorti. Il faut bien paîtrire la laine dans le mélange. J’ai fait cet essaie sur un de mes gillets de flanelle.
J’ai réparé le pavé de brique de ma chambre et à la porte de celle de ma femme. J’ai aussi changé de plaide la sérure du godon qui était trop haute.
Une superbe chatte maronne s’est introduite dans la maison hier soir après m’être couché : elle a fait un tapage du diable avec le gros chat de l’emplacement. Cette chatte vole et mange les poulets donc je la tuerais si je le puis.
Les deux chats que j’avais eu, un de Md Fréon et l’autre de St-Denis, ont disparus pendant notre absence. Je pense que mon Charlot les auras vendus tout bonnement.
J’ai fait plenter de gros oignons lundy dernier devant la cuisine.
Jeudy 13
DEPART DE STE-MARIE. EMILIE. AVANTURE D’UN VERAT. ARRIVE CHEZ MAILLET. FAQUET. DE SYPHORIEN. PLUIE.
Je suis parti après-dîné de Ste-Marie, passé chez Md Fréon que j’ai trouvé dans son jardin.
Emilie étant toujours à St-Denis, ma femme reste seule avec Gautier (J-Baptiste) à la maison.
En arrivant au-dessous de la maison de Desr[ab]ines j’entends derrière moi des cris de : « garé, garé, sauvez-vous ! » Je pars au galop laissant Cana derrière avec ma male. Il faisait nuit et étais fort intrigué de ces cris d’effroi. En arrivant à la sucrerie de Diomat la pluie me tombe à verse sur le dos où je suis obligé de dessendre de cheval et de grimper chez Maillet à tâton : j’y arrive trempé.
Un moment après, Faquet de Syphorien y arrive aussi dans le même état, il venait à pied de St-Denis. Cana qui arrive en même tems me donne l’explication de ces cris de terreur qui m’avaient mis en fuite : c’était tout simplement un verrat échappé et fort méchant qui venait d’éventer quelques chiens et qui courait par le grand chemin : des Noirs poursuivis par lui avertissaient par leurs cris.
Vendredy 14
DE CHEZ LEVAVASSEUR. ARRIVE CHEZ MA TANTE. PLUIE. DESSENDU CHEZ L[E]VAVASSEUR. SOPHIE DE MD FREON ACCOUCHE D’UN ENFANT MOR(T].
J’ai couché chez Maillet et ce mattin je me suis mis en route de grand mattin pour me rendre chez ma tante où j’ai passé la journée. J’ai été bien mouillé en montant.
Je suis dessendu ce soir chez Levavaseur. Ces messieurs ont commencés leur exploitation depuis dix jours, le mardy 4 juin.
Sophie de Md Fréon, venue chez ma tante pour faire les couches est accouchée aujourd’hui d’un enfant mort, Vinson a été obligé de le lui arracher.
Samdy 15
CHEZ LECONTOUR. MOULIN. GUERI. POMPE A VAPEUR.
Ce mattin je me suis rendu chez Lecontour pour prendre pocession du moulin à canne que ma tante a achetté avec lui. Lundy nous l’enleverons.
J’ai déjeuné avec Lecontour. Guéri doit venir aujourd’hui chez lui pour monter la pompe à vapeur.
Je suis revenu dîner chez Bruno, je couche ici.
Dim(anche) 16
FROID. MOUTONS CHATRES. ROUDIC DINE. MA TANTE MALADE.
Depuis hier il fait un froid piquant. J’écris ce mattin à Roudic de venir dîner avec nous pour nous concerter sur le transport du moulin.
Levavasseur châtre deux moutons.
Roudic est dessendu et a dîné avec nous. Pendant que nous étions à table il est venu un Noir chercher Roudic pour aller auprès de sa mère qui se trouve malade. Il nous a [d]écrit que ma tante avait un vomissement violent et qu’il craignait le renouvellement d’une érésipèle.
Bruno, Félicien et moi avons été promener chez Md Tintin.
Lundy 17
PASSAGE DE LA P(ETI)TE RIVIERE REPARE. CANA.
Roudic a mis des Noirs à réparer le passage de la Petite Rivière où nous devo[n]s faire passer le moulin. J’ai envoyé Cana à Ste-Marie porter 11 lapins, des bananes, etc.
Ma tante va bien.
Mardy 18
COMMENCE A TRANSPORTER LE MOULIN. LECONTOUR MALADE. CHEMIN MAUVAIS. DIABLOTIN. CANA PERD LES LETTRES. F(ORTU)NE LEHOUX.
Roudic m’envoie ce mattin 17 Noirs pour le transport du moulin. J’ai emprunté des roues à Bruno et un haquet à Lecontour. J’ai été avec ces objets et les Noirs chez ce dernier que j’ai trouvé malade.
Nous avons transporté un cilindre [a]u bord de la Pet(it)e Rivière, mais les chemins sont si mauvais que nous avons été pour aujourd’hui obligé de renoncer à ce moyen de transport. J’ai envoyé à midy les Noirs à Roudic et lui ai écrit de faire demander un diablotin quelquepart : il a envoyé chez Delaunay et le reste des Noirs est venu continuer la réparation du passage.
Cana est arrivé ce soir et a perdu les lettres, il nous porte des cocos que j’avais demandé à Md Fréon. Il m’a annoncé que F(ortu)né Lehoux est arrivé chez le Maillet et qu’il montait chez ma tante demain.
Mercredy 19
PLUIE. MISERE. ELPHEGE TREFRI.
Le diablotin de Delaunay est brisé. Nous sommes obligés de faire demander à Md Fréon le sien, cela nous a mené à midy. Enfin rendu à cette heure chez Lecontour nous avons eu mille misères avec le maudit diablotin. La pluie est venue par dessus le marché ; nous nous sommes embourbés, etc., enfin le cilindre n’est arrivé à la p(eti)te Rivière qu’à 5 heures, encor il a fallu que Bruno nous ait donné un coup de main.
J’ai mis ce soir des barres au haquet et nous nous en servirons demain, si nous avons beau tems.
Un bon créol, nommé Elphège Tréfri, nous a donné un coup d’épaule pour monter la rampe de la rivière St-Jean.
Jeudy 20
VOYAGE POUR LE TRANSPORT DU MOULIN. FOR(TU)NE LEHOUX. ARRIVE CHEZ MA TANTE.
Je suis parti de bonne heure avec la bande qui est venue me joindre. Nous sommes arrivés à la Petite Rivière à 10 heures, nous sommes retournés de suite pour transporter la table et les empoises et, d’un troisième voyage, la croix de fer et le reste des pierres du moulin. Tout est rendu au bord de la Petite Rivière.
For(tu)né Lehoux avec Roudic et Auguste sont venus au-devant de moi jusque chez Armans Couturier, ils sont remontés dîner et moi je ne suis monté que ce soir chez ma tante.
Dim(anche)23
TOUJOURS LE TRANSPORT DU MOULIN. PLUIE. BRUNO. ABDON RECOIT UN COUP DE PIED DE CHEVAL
Vendredy et samdy ont étés employés à charoyer tous les objets du moulin, exepté la croix et les cylindres, à l’établissement.
Hier, j’ai monté un traîneau pour descendre les cylindres au font de la rivière. La pente est extrêmement rapide, mais nous ferons, j’espère, cette opération avec facillité.
Nous avons ce soir de la pluie et je crois bien que la journée de demain nous en donnera encor. Nous avons vu Bruno après-midy au bord de la rivière.
Ce mattin, au moment de dessendre, Abdou conduisant les chevaux à l’abreuvoir, a reçu un coup de pied de l’un d’eux dans la poitrine ; il est resté sans connaissance sur le coup. Averti [d]e suite, j’ai été avec des Noirs le chercher et Roudic l’ayant soigné de suite, il a repris connaissance et nous espéron que ce ne sera rien quoiqu’il ait rendu du sang par la bouche.
Lundy 24 [e]t Mardy 25
MEME TRAVEAUX. PL[UIE].
Ces deux jours ont été employés à transporter les cylindres et la croix à l’établissement. Le passage de la rivière a été effectué avec facillité et sans danger mais la pluie nous a bien contrarié. Les boeufs nous ont beaucoup aidés.
Enfin ce soir tout est rendu et je me dispose à partir pour Ste-Marie demain.
Mercredy 26
RETOUR A STE-MARIE. F(E)R(DINA)ND PAJOT. MORT DE DUMENIL.
Je me suis mis en route ce mattin. J’ai été voir Desmanières en passant ainsi que François. J’ai dîné chez Md Fréon et suis arrivé à la maison à 5 heures. Ma femme venait de partir pour chez Grinne.
J’ai passé la soirée avec Ferdinand Pajot chez Lehoux qui est absent ; j’ai appris la mort de Mrs Duménil Roland et Montdur Bachelier qu’on dit être morts du coléra morbus.
J’ai retourné coucher chez moi.
Jeudy 27
ARRIVE CHEZ GRINNE. PANTALON TEINT. MAILLET. B(ERNAR)D PAJOT.
J’ai teint ce mattin un vieux pantalon bleu avec une décoction de bois de sapan et de cendre : ça lui a donné l’air d’un pantalon neuf.
J’ai été ensuite chez Grinne où je n’ai trouvé que les dames.
Je suis monté de suite chez Ber(nar)d Pajot où j’ai trouvé Maillet et Fortuné Lehoux.
Vendredy 28
COUCHE CHEZ BERNARD. DISCUTION SUR LES REVOLUTIONS.
Nous avons tous couché la nuit d[er]nière chez Bernard à cause d’une forte pluie qui a tombée hier soir.
Ce mattin en fumant la pipe nous avons beaucoup discutés sur les révolutions de l’île Bourbon et Bernard nous a raconté plusieurs faits qui prouvent que notre païs a toujours été sujet aux intrigues révolutionnaires, chose que je sais depuis que j’y suis.
Nous sommes dessendus pour dîner chez Grinne.
Samdy 29
NECESSAIRE POUR LEVAVASSEUR.
Je suis revenu à la maison ce mattin et j’ai passé la journée à faire un nécessaire en fer blanc pour Levavasseur.
Passé la soirée chez Lehoux qui est encor à St-Denis.
Dim(anche) 30
DINE CHEZ GRINNE A[VE]C LA FAMILE LEHOUX. MR VECE.
Je suis monté chez Grinne avec toute la famille Lehoux. Nous avons dînés chez lui et sommes tous dessendus ce soir chez Lehoux où nous a[v]ons passé la soirée.
Md Frère, sa mère, est restée gardienne de la maison. Nous l’avons trouvé avec Mr Vécé, jeune Européen qui reste chez Mr Prairie Bédier, il est venu de Ste-Suzanne en visite : ce jeune homme aime les visites.
Juillet 1822
Lundy 1er (juillet 1822)
ARRIVE DE MA FEMME. MORT DE MD BOYER.
Travaillé à divers objets ; collé un violon à Roudic.
Ce soir en allant chez Lehoux j’ai rencontré mon petit Ferdinand sur un âne qui venait à la maison et qui m’annonça l’arrivée de sa maman, que j’ai trouvé chez Lehoux avec Emilie. Nous sommes arrivés tard à la maison.
Nous avons appris la mort de Md Adam, fille de Victor Boyer. Elle est morte aujourd’hui.
Mardy 2
LA VISITATION. FETE DE STE-MARTE. JOSON. DINE ET DANSE CHEZ LEHOUX. CH(AR)LES PAJOT.
C’est aujourd’hui la fête de la Paroisse. Le curé Minot est venu pour la célébrer. Il est venu beaucoup de monde de St-André : Goudal, Robert, avec leur famille. Joson est venu avec sa tante, Md Maître, à la maison où cette dernière a fait la toilette pour la messe.
Après la messe nous avons tous été chez Lehoux où nous avons dînés. Nous avons dansés jusqu’à minuit. Ch(ar)les Pajot est venu coucher à la maison.
Mercredy 3
DEPART DE STE MARIE. CHEVAL MALADE. COUCHE CHEZ MD FREON.
Charles est parti de bonne heure.
Ma femme a une contusion au mollet qui la fait beaucoup souffrir.
Je pars à pied ce soir pour aller chez ma tante Roudic ; mon cheval a un abcès.
Je m’arrête chez Md Fréon où je couche. Je laisse mon cheval ici pour être traité.
Jeudy 4
DESMANIERES. ARRIVE CH(EZ) MA TANTE. MORT DE MR GAILLANDE.
Je me suis mis en route de bonne heure sur Tonère que m’a prêté Md Fréon.
Je me suis arrêté chez Desmanières où j’ai déjeuné et suis arrivé chez ma tante où j’ai trouvé les maçons à tailler la pierre pour la batterie que nous allons entreprendre.
J’ai appris aujourd’hui la mort de Mr Gaillande père.
Vendredy 5 et Samdy 6
POUJOLANE. MAISON DOUYERE. CHENES. FROID VIF. FORTE BRISE. LETRE A ISNARD.
Exploité de la pierre molle pour la batterie. Cette pierre est une espèce de poujolane dure et se taillant à la hache très facilement.
Le 5, j’ai monté avec Roudic à la maison Douyère : belle position et superbe vue. J’y ai vu avec bien du plaisir deux chênes un peu rabougris mais qui m’ont rappellés cette belle France que je ne revairais peut-être jamais.
Le froid, alimenté par la brise et une pluie fine, est très vif.
Ce mattin 6, Roudic a envoyé un Noir à St-[Den]is pour poster une lettre à Isnard.
Il reigne une forte brise et de la pluie.
Dim(anche) 7
FORTE BRISE. LA MARE. ETEAU.
J’ai été me promener avec Roudic à la mare et puis dans les bois.
J’ai envoyé cet après-midy deux Noirs chercher mon éteau chez Bruno.
Il reigne toujours une forte brise et de la pluie. Il fait très froid.
Lundy 8 et M[ar]dy 9
REPONSE D’ISNARD. ON ARRETE QUE LE MOULIN SERA MIS A L’EMPLACEMENT. LA BRISE A [CES]SEE.
La réponse d’Isnard est arrivé ; il voit comme nous pour la position du nouvel établissement. En conséquence, nous arrêtons à l’unanimité qu’il sera posé au-dessus de la maison, position avantageuse pour tout. D’ailleur, de cette manière, toutes espèce de discution cesse avec Notaise pour l’eau, parce que de là on peut la rendre à son cours naturelle, et c’est ce qu’il demande ou du moins c’est le prétexte dont il s’est servi dans son procès avec ma tante, au sujet de l’eau.
La brise a tombée aujourd’hui.
Mardy 9
REPARATION DE LA PRISE D’EAU. DIGUE DU J(EAN) ROBERT. PLUIE.
Je suis monté avec Roudic et la bande pour arranger la prise d’eau : nous avons fini à 2h, après-midy. Nous avons été ensuite au Jean Robert pour réparer la digue, mais nous nous sommes obligés de la refaire à neuf et nous avons commencés de suite.
Nous avons eu un peu de p[l]uie. Le tems est calme.
Mercredy 10
ARRIVEE DU MAIRE. NOTAISE. ARRANGEMENT POUR L’EAU. PLUIE.
Monté de bon mattin pour continuer le travail de la digue du J(ean) Robert.
A midy il est venu un petit Noir nous dire de la part de ma tante que Delaunay, le maire, était à la maison. Roudic et moi sommes descendus de suite ; c’était Notaise qui avait fait dire au maire de venir faire mettre à exécution le jugement qui condamne ma tante à remettre l’eau à son cours naturel. Nous avons montés a[ve]c le maire à la prise d’eau de Notaise où nous l’avons trouvés avec Fan(cha)in A[d]am et Degonor. La discution s’est entamée et après beaucoup de propos de si, de mais, etc., on a fini par convenir que l’on jouirait de l’eau, les uns les autres, d’une manière raisonnable. Ce qui a déterminé cette résolution a probablement été la déclaration que j’ai faite à Notaise que l’établissement allait être transporté en haut. Enfin on s’est quitté bons amis, du moins en apparance.
Pluie.
Jeudy 11
DEPART P(OU)R STE-MARIE. LA DIGUE FINIE. ARRIVE A S[TE-M[RIE. MA FEMME EST CHEZ GRINNE. LEHOUX EST VOLE. FER(DINAN)D PAJOT.
Fini à neuf heures du mattin la digue du J(ean) Robert, je me suis [mis] en route à pied pour Ste-Marie. Diné chez Md Fréon et arrivé tard à la maison ; ma famille est chez Grinne depuis lundy.
J’ai été chez Lehoux c[e] soir, où je n’ai trouvé que Frédéric, qui m’a annoncé que la nuit dernière Lehoux avait été volé : on a ouvert la porte de sa chambre et enlevé la cassette qui contenait tous ses papiers, [s]ous, etc.
J’ai passé chez F(erdinan)d Pajot et suis venu coucher chez moi.
Vendredy 12
ARRIVE CHEZ GRINNE.
Parti ce nrattin pour aller chez Grinne où j’ai trouvé ma famille.
Grinne est à St-Denis depuis quelques jours. Il est arrivé ce soir avec For(tu)né Lehoux.
Samdy 13
RIEN.
Dim(anche) 14
DINE CHEZ GRINNE. HUGOT, ETC. DESRUISSEAUX. ROBIQUET.
Hugot et sa femme, Desruisseaux et la sienne, Charles Pajot, Robiquet, etc. nous avons tous dîné chez Grinne. On a dressé la table dans le pavillon. Après-dîné, nous avons dansés jusqu’à minuit.
Après, Hugot et moi nous sommes partis à pied et sa femme en voiture, pour Ste-Marie, où nous sommes arrivés arrassés de fatigue. Je ne me suis pas fait prié pour dormir.
Lundy 15
VOYAGE A ST-DENIS. LOGE. VU CABANNE ARRIVANT DE FRANCE. GRINNE ET MAILLET.
J’ai envoyé ce mattin Charlot chercher un mulet chez Fréon et suis parti pour retourner chez Grinne où j’ai déjeuné.
Après, Robiquet et moi nous sommes partis pour St-Denis. Nous avons dînés chez Isnard au Chaudron et rendus à St-Denis ce soir.
J’ai été voir Fortuné au collège et me suis rendu en loge d’instruction, après laquelle j’ai été voir Cabanne avec qui j’ai passé le reste de la soirée : il est arrivé de France avec sa femme sur un navire de Nante.
Grinne et Maillot sont aussi venus en loge. Il y a un bal chez Mr Beauverger ; Grinne m’a quitté pour y aller.
Mardy 16
CHAUDIERES A SUCRE. BARACHOIS. FREON AU CHAUDRON. ISNARD.
J’ai été choisir quatre chaudières à sucre pour ma tante chez Roulounai.
Visité le Barachois, qui n’avance guère.
J’ai déjeuné avec Isnard neveux et Augrind.
Je suis parti à 10 heures et j’ai été voir Fréon à son établissement du Chaudron. J’ai dîné avec lui et j’ai été ensuite voir Isnard. Je suis arrivé chez Grinne à la nuit.
Mercredy 17
COCHON DTNDE. FORTUNE VIENT. PLUIE. CHALEUR. MAIS RAMASSE.
Irma est allée dîner ainsi qu’Emilie chez Bernard.
Emilie a reçu ce mattin un cochon d’Inde mâle, qu’Isnard lui a donné.
J’ai envoyé à St-Denis un bouriquet pour chercher Fortuné qui [d]oit venir passer la journée de demain avec nous. Il est arrivé fort tard : il faisait déjà nuit.
Depuis troi[s] jours, il fait très chaud. Nous avons eu de la pluie la nuit dernière et aujourd’hui Grinne avait commencé ce mattin son maïs, mais a cessé presqu’aussitôt à cause de la pluie.
[J]eudi 18
A STE-MARIE. LETTRE DE ROUDIC, F(ANCH)IN ADAM ET DEEGONOR. DUMONT BIEN MALADE. MDS FREON ET SICRE. HUGOT. FERDINAND.
Je suis parti après déjeuné pour Ste-Marie.
En arrivant, j’ai reçu une lettre de Roudic. Il me marque que Fanchain Adam et Degonor sont venus chez lui pour obtenir la mare, et qu’il la leur a accordée sans dédomagement. Je lui écris de m’envoyer des Noirs pour porter mes outils.
Je lui marque que j’ai été voir avec Maillet Mr Dumont qui est très malade, et que nous n’avons pas pu le voir.
J’ai vu ce soir Md Fréon et Md Sicre, qui sont venues voir Md Dumont.
J’ai dîné chez Hugot qui est venu à la maison me chercher et nous avons été ensuite passer la soirée avec Fer(dinan)d Pajot. Maillet a fait route avec moi ce mattin.
Vendredy 19
NECESSAIRE. NOIRS A ROUDIC. OUTILS. COUCHES CHEZ MD FREON.
Arrangé les divisions du nécessaire de Levavasseur. Fait un niveau d’eau.
Les Noirs de Roudic sont arrivés à 4 heures du soir. Je les ai expédiés avec les outils et me suis mis en route avec eux pour Ste-Suzanne. Nous couchons ce soir chez Md Fréon : il est trop tard pour nous rendre chez ma tante.
Samdy 20
ARRIVEE CHEZ MA TANTE. ABORNEMENTS. NOTAISE. DIGUE.
Je me suis mis en route de grand mattin sur le mulet, avec les Noirs, et nous sommes arivés pour déjeuner chez ma tante.
Roudic était à déterminer les abornements avec Campenon. Il a donné la mare [à] Notaise pour former un grand réservoir d’eau.
Nous avons été ensemble [v]isiter la digue que Notaise a commencée hier.
Dim(anche) 21 et lundy 22
AUGUSTE ET VERT-FEUILLE. BRUNO. NIVEAU. DESRUISSEAUX.
Hier dimanche, passé la journée chez Bruno, visité Notaise en allant et en venant.
Ce mattin lundy, Auguste et Vert-Feuille, menuisiers, sont arrivés. Je les ai engagés pour travailler avec nous. Nous avons mis de suite la main à l’oeuvre pour préparer et emmancher nos outils. J’ai fait un pied pour le niveau d’eau.
Desruisseaux et sa femme sont arrivés chez eu[x] ce soir.
Mardy 23
EMPLACEMENT DE LA BATTERIE. ROUE A PAPIER. AUGUSTTE ET V(E)RT-PRE. FOUILLE.
J’ai déterminé aujourd’hui l’emplacement destiné à la sucrerie.
Mis une poig[n]ée à ma varlope. Nous avons commencés à ajuster les courbes de la roue à papier. Les jeunes gens ont été voir leur frère chez Desruisseaux, ce soir.
Nous avons commencés après-dîné à fouiller pour la batterie.
Mercredy 24
ARBRE DE ROUE. MANSONGE D’UN NOIR AU SUJET DU CANAL. NOTAISE ET FAN(CHA)IN A LA DIGUE.
Continuation de la fouille. Les ouvriers font l’arbre de la roue à papier.
Un Noir (Etienne), que nous avons envoyé pour mettre l’eau au canal est venu dire à Roudic que Notaise a dérangé le canal. Je pense que c’est un conte et je me tranporte sur les lieux, où je me suis convaincu que le dit Etienne a fait un mansonge et qu’il mérite 25 coups de fouets.
Je me suis rendu ensuite à la digue de Notaise où je l’ai trouvé avec Fanchain Adam.
Depuis mon arrivé, il fait un tems superbe.
Jeudy 25
PLUIE. CASE MONTEE. BRISE D’E(ST).
Il a tombé un peu de pluie ce mattin. Tems couvert.
Continuation de la fouille. Je suis à faire monter une case pour les ouvriers et pour moi, au-dessus de la nouvelle sucrerie. Cette case était à côté du moulin et nous l’avons démontée hier.
Brise d’e(st).
Vendrwedy 26
L’EAU DANS LA FOUILLE.
Beau tems. Brise fraîche.
Continuation des mêmes traveaux. J’ai fait mettre l’eau dans la fouille pour en imbiber le fond.
Ma tante a fait déblayer ma chambre du sucre qui y était.
Samdy 27
L’EAU A LA DIGUE.
Mêmes traveaux. La fouille a fini ce mattin.
Roudic et moi avons été visiter à la mare. On y a mis l’eau à 1 heure.
Dim(anche) 28
DINE AVEC ROUDIC CHEZ BRUNO. MAILLE. POISSON. MESURAGE. NOEL A STE MARIE.
Roudic et moi avons dînés chez [B]runo.
Levavasseur m’engage à rester jusq[u'à] mardy pour recevoir Maillet et Poisson qui viennent pour le mesurage de la terre Stéphane.
Hier soir, j’ai envoyé Noël à Ste-Marie pour avoir des nouvelles et chercher des outils.
Je couche ce soir chez Levavasseur.
Lundy 29
LETTRE DE P(IER)RE ISNARD ET DE MA FEMME. MESURAGE.
Noël est arrivé ce mattin avec une lettre de P(ier)re Isnard, qui m’annonce qu’il a à ma disposition du cuir, du fer, etc.
J’ai reçu aussi une lettre de ma femme qui m’annonce que tout notre monde va bien.
Mailllet doit venir ce mattin et arrive effectivement avec Poisson à 11 heures. Ils se sont occupés le reste de la journée de visiter les actes et contrats de propriéttée.
Dînés tous chez Bruno.
Mardy 30
CHEZ LEVAVASSEUR. MAILLET. AUGUSTE AUX NOCES.
J’ai couché la nuit dernière ainsi que Maillet et P[ois]son chez Levavasseur.
Ce mattin, au point du jour, je suis monté chez ma tante. Les Noirs ont tirés le bois pour la sucrerie, hier et aujourd’hui.
Auguste a été à une noce, et Vertfeuille a travaillé seul aux aubes du moulin à papier.
Mercredy 31
ON TIRE DU BOIS. DIABLOTTIN. AGATE. EDMONT. MONTE DANS LE BOIS. DINE EN DERIVE. LETTRE DE DELAUNAY.
Les Noirs ont continués à tirer le bois. J’ai orienté un diablottin pour le transport et suis monté avec lui à la maison Douyère ; Agate et Edmont l’ont traîné. J’ai été ensuite joindre Roudic dans le bois, où l’on travaillait.
On a commencé à transporter le bois chez Mr Lachapelle pour, de là, le conduire à l’établissement. Nous y sommes venus et à 4 heures nous sommes dessendus. Notre dîné était à nous chercher et nous avons été obligés de l’attendre.
Roudic a reçu une lettre de Delaunay, qui lui demande des renseignement sur le sucre qu’on a [don]né aux maçons Louis et Pière.
Août 1822
Jeudy 1er (août)
AUGUSTE MANQUE A L’OUVRAGE. PIED ECORCHE. HAQUET. SEMI DE TABAC. PLUIE ET FROID.
Auguste a manqué à l’ouvrage mardy et mercredy 30 et 31 juillet.
Je n’ai pu monter dans le bois, où sont toujours les Noirs pour le même ouvrage : mon pied est écorché. Auguste s’est remis à l’ouvrage ce matin. Il travaille à faire un haquet de diablottin.
J’ai semé ce mattin de la graine de tabac dans le jardin.
Nous avons eu de la pluie dans la matinée ; ce soir le tems est très froid et très beau.
Vendredy 2
JANTES DE CHARETTES. CHAROIS DE BOIS. PLUIE. MANIVELLE.
J’ai coupé et achevé aujourd’hui les jant[es] des roues du diablotin, de m[ê]me que les raies.
Les Noirs charoient toujours le bois pour la sucrerie.
Il fait mauvais tems ; la pluie contrarie cette opération.
J’ai envoyé Noël chez Bruno pour faire arranger la manivelle d’une roue pour la meule à aiguiser.
La maîtresse de Roudic est accouchée d’un garçon [4].
Samdy 3
MOYEUX. AUGUSTE. SOLDAT.
Tourné deux moyeux pour les roue du diablotin.
Mêmes traveaux. Auguste est allé à Ste-Marie.
Un soldat venda[nt] du savon et du poisson est passé ici après-midy.
Dim(anche) 4
BALBINE. MAILLET. CANA. ADRIEN. LETTRE A FRANCOIS.
Balbine est accouchée ce mattin.
J’ai fini douze raies de roue de diablottin. Maillet est venu déjeuner avec nous et est parti après.
La corvée des Noirs employée à faire un voyage de bois de la sucrerie.
J’ai expédié Cana et Adrien à Ste-Marie chercher la moule et des cer[cl]es de fer pour le moulin à papier.
Ecrit à François au sujet de ce qu’il me doit.
Lundy 5
SUCRERIE. LOUIS. PIERE. MARCELIN. CANA, ADRIEN DE RETOUR. LETTRE DE MA FEMME.
Nous commençons aujourd’hui la sucrerie. Louis et Pière son frère ont commencé aujourd’hui par cet ouvrage. Marcelin de Dufrène commence aussi aujourd’hui. On a débuté par le cendrier.
Cana et Adrien, retardés par François, sont arrivés à sept heures du soir.
Ma femme m’écrit : tout va bien.
Point d’argent de François !!!!
Cana m’a porté ce qu’il était allé chercher. Les charpentiers disposent tout pour leur travail.
Mardy 6
LA MERLE. CHARPENTIERS. C.ODOR ET LES MOYEUX.
Continuation des traveaux. Monté ma meule. Les charpentiers ont commencés à mettre en oeuvres les bois pour la sucrerie.
J’ai envoyé Godor chez Bruno pour ferer les moyeux du diablotin : il ne les a pas fini, ce soir.
Mereredy 7
CENDRIER. DEMOLITION. LETTRE AU CURE P(OU)R JOSEPH. J’AI ECRIS AU CURE. MR ANDRE. MEZAIN. VERT-FEUILLE MANQUE.
On a monté aujourd’hui la voûte de l’entrée du cendrier. On a commencé à démolir la vieille sucrerie pour avoir les pierres.
Roudic a envoyé Abdou à St-André pour porter au curé de l’argent pour le repos de l’âme de son frère Joseph.
J’ai écrit au curé pour avoir ce qu’il me doit ; il m’a répondu qu’il avait tout remis à Mr André, de Ste-Marie.
Roudic a écrit à Mezain pour lui demander des briques et de la chaux en a-compte de ce qu’il doit. Mezain répond qu’il va attendre le retour de Montrose de St-Denis, pour cela.
Vert-Feuille manque à l’ouvrage.
Jeudy 8
BERRE. BATTERIE.
Mêmes traveaux.
Commencé un bert d’enfant. Commencé le canal de feu de la batterie.
Vendredy 9
BOUCAN.
Mêmes traveaux. Fait monter un boucan pour me mettre à l’abri du vent.
Samdy 10
PLUIE. HANGARD. LETTRE DE MA FEMME. F(ORTU)NE LEHOUX. ORERE. OLIVE. LETTRE A OLIVE. LETTRE DE MR DE CHAN VALLON. MORT DE F.*. VAUQUELIN. BON MOT DE VERMONT.
Nous avons été interrompus ce mattin dans nos traveaux par une bonne pluie. Elle a peu duré, mais cela m’a décidé à faire construire de suite un hangard, sur les traveaux. Le vieux hangard à bagasse nous a servi pour ce travail.
J’ai reçu à 9 heures ce mattin une lettre de ma femme qui m’annonce le prochain départ de F(ortu)né Lehoux pour Orère. Elle me prie de sa part d’écrire à Olive Lemarchand à ce sujet, ce que j’ai fait.
J’ai reçu égallement une lettre de V.•. De Chanvallon qui m’annonce la mort du F.*. Vauquelin, décédé le 30 juillet. Je lui ai répondu et satisfait à sa demande.
Auguste demande :
- “Où va ce Noir ?”
Vermont répond qu’il va faire ses besoins :
- Mais voilà la seconde fois qu’il y va !
- Ah ! c’est qu’il dégénère vite (digère).
Dim(anche) 11
PLUIE.
On a fini le hangar ce matin à la corvée.
Ah ! le sot jour qu’un dimanche ! Pluie toute la journée.
Lundy 12
FANCHAIN MACON COMMENCE. GRATTER LE MAIS.
Fanchain maçon commence à travailler aujourd’hui. Continuation de la batterie.
On a mis les Noirs à gratter le maïs plenté le mois dernier.
Mardy 13
NEIGE. FROID TRES VIF. DESMANIERES. DIEUDONNE.
Ce mattin, en me levant, j’ai vu le piton des Neiges couvert de neige entièrement : il était tout blanc. A 4 heures du mattin, la lumière de la lune réfléchissait de cet énorme rocher une lueur éclatentte, comme une lame de nacre. Le Piton semblait trensparant. Le froid a été très vif, le vent de terre portait le froid de la neige avec lui.
Desmanières et Dieudonné [De]jean sont venus nous voir à nos traveaux dans la mattinée. Les mêmes traveaux qu’hier.
La neige a durée toute la journée, malgré le [so]leil.
Mercredy 14
NEIGE. MEME FROID. TROUS DES POTEAUX. CANA, POMPES. FANCHAIN MACON. ECRIT A LEVAVASSEUR. FEU PRIS A LA CUISINE.
Le Piton a encor été couvert de neige toute la journée, le froid très vif.
Le travail continu à la batterie. On a commencé à faire les trous pour les potteaux de la sucrerie.
Noël a fait un bois de lit cordé pour moi.
J’ai envoyé Cana ave[c] deux Noirs chez François pour chercher les pompes que j’avais chez lui. Il prétend que celle que j’avais faite pour lui ne lui est plus utile et veut que je la reprenne : que votre volonté soit faite !
J’ai écrit à Levavasseur au sujet du maçon Fanchain. Il me répond qu’il ne peut s’arranger.
Le feu a pris à la cuisine et a été éteint de suite.
Jeudy 15
FETE DE MA TANTE. ECRIT A MEZAIN.
Jour de l’Assomption, fête de ma tante.
Continuation des mêmes traveaux.
Roudic a écrit à Mezain, pour lui demander d’avoir des briques et de la chaux avec Montrose, en a-compte de ce qu’il doit. Il répond que ce dernier étant à St-Denis, il ne peut rien décider.
Vendredy 16
REPONSE DE MONTROSE. SUCRERIE.
Roudic écrit à Montrose au sujet de Mezain. Montrose répond qu’il donnera des briques et la chaux que l’on demande et même d’autres objets, si on le désire.
Nous avons monté le côté de l’ouest de la sucrerie.
Mêmes traveaux.
Samdy 17
BRIQUES ET RIZ. FANCHAIN ET SES FILS. AUGUSTE. DESSEINS DE BRODERIE.
Les Noirs ont quittés aujourd’hui la gratte pour faire la fouille de la bouche talérales (sic) de la batterie. A deux heures, je les ai envoyé avec Vert-Mont chez Montrose pour prendre des briques et deux bœufs pour porter du riz. Ils sont tous arrivées à 7 h(eures), avec 250 briques et 100 (livres) de riz.
Fanchain et ses fils sont partis ce soir pour chez eux, et Auguste pour Ste-Marie.
J’ai fait des desseins de broderie pour Dieudonné.
Dim(anche) 18
DESMANIERES. MORT DE MR RICHET. PERTE DE LA ZELIE. HOLLANDAIS SAUVES. LA MERE D’AUGUSTE MALADE- BAPTEME. ON DIT DUMONT MORT. LETTRE A FRANCOIS. IL OFFRE DU SAVON. LETTRE DE MA FEMME.
J’ai passé la journée chez Desmanières. J’y ai appris la mort subite de Mr Richet, ainsi que la perte du navire de Gamin, la Zélie (Pic-Vert) , cap(itai)ne Legallet.
Md Sicre a écrit à ma tante que le brique de Bordeaux, la Julia, a rencontré sur le banc des Aiguilles un gros navire hollandais qui coulait bas et qu’il a sauvé 92 hommes qui étaient à bord, au dépend d’une grande partie de sa cargaison qu’il a jettée par-dessus le bord.
Etienne, venant de Ste-Suzanne, a renconté Auguste qui l’a chargé de me dire que sa mère était fort malade et qu’il ne monterait pas demain. Il allait chercher Vinson.
Il dit aussi qu’à Ste-Marie le bruit court que Mr Dumont est mort ce mattin, mais ce n’est pas certain. Ce qui l’est, c’est que le pauvre Dumont est bien mal et condamné par les médecins.
Cependan[t], j’ai écrit ce mattin à François pour le prier de faire une réponse à ma dernière : il m’a répondu que n’ayant pas d’argent à me donner, il m’offrait du savon de Marseille et du riz. J’accepterai.
J’ai reçu une lettre de ma femme qui m’annonce que le baptême du petit Grinne aura lieu mardy et que tout le monde m’attend.
Lundy 19
FANCHAIN MANQUE ET AUGUSTE. BRIQUES.
Continuation des traveaux d’hier. J’ai monté le côté de l’est de la sucrerie et le haut.
Fanchain manque à l’ouvrage ainsi qu’Auguste.
J’ai envoyé les boeufs chez Montrose chercher des briques. Ils en ont portés 150.
Mardy 20
BAPTEME D’ALFREDE.
Je suis allé ce mattin à Ste-Marie pour le baptême. Je suis arrivé à 11 heures chez Grinne. Nous nous sommes mis à table à 5 heures. Le repas était très bon et la fête a été charmante. Il y avait la famille Routier et Lehoux. On a dansé toute la nuit.
L’enfant a été tenu sur les fonds par Md Bernard, Pajot et Maillet. On l’a nommé François-Marie et, pour nom de fantaisie, on l’appelle Alfrède. J’ai fait le voyage sur le cheval de Levavasseur.
Mercredy 21
RETOUR. NOURICE. PLUIE.
Je suis parti après déjeuné de chez Grinne et passé à la maison pour prendre quelques objets et j’ai été chez Md Fréon où je couche ce soir.
Irma m’a donné un Noir qui doit aller conduire une nourice que Md Fréon donne pour l’[en]fant de Modeste (Md Selhausen).
La pluie a commencé à hui[t] h(eu)res ce soir.
Jeudy 22
PLUIE. LOUIS MANQUE. MORT DE MR DUMONT.
Parti à 6 heures du mattin avec la pluie qui m’a conduit jusque chez ma tante, où je suis arrivé trempé jusqu’aux os.
Louis, le maçon, a été appelé hier chez Diomat, où il a passé la journée et la demi-journée d’avant-hier. Auguste a repris l’ouvrage ce mattin : il a manqué les 19, 20, et 21, et Fanchain les 19 et 20.
Dumont est mort et enterré ce mattin.
La bande fouille des pierres moles. Pluie toute la journée.
Vendredy 23
BATTERIE. GAULETTES.
On a fait la voûte de la bouche latérale de la batterie en brique, et on a mis en place la cuite.
La bande a été charoyer des gaulettes pour ma [c]ase. On en a porté 25 paquets.
Le tems a été couvert, mais sans pluie.
Samdy 24
DIABLOTIN A FERER. SIROP. VERTFEUILLE. L’EAU ARRETEE. MORT DE MD AZEMA. FORGE DEMONTEE ET REMONTEE. HANGAR TOMBE. LETTRE A MA FEMME.
Expédié ce mattin pour porter les roues du diablottin à ferer chez Md Fréon : Etienne, Petit Blaise et Elie. Les Noirs sont montés aux gaulettes.
Le Noir de Grinne qui a conduit la nourice pour l’enfant de Selhausen et arrivé ici à midy. Je l’ai expédié pour Ste-Marie. Il a été prendre en passant une dame-jeanne de sirop chez Bruno.
Les Noirs qui ont portés les roues sont arrivés à deux heures ; ils m’ont portés une lettre de Md Fréon qui me promet les roues ferées pour lundy.
Les menuisiers ont achevés aujourd’hui le haquet du diablotin. Vertfeuille est allé à Ste-Marie.
Depuis hier soir, l’eau ne nous venait plus du tout. Roudic a monté pour voir d’où cela provenait, sans en découvrir la cause. L’eau était abondante chez Douyère. Tout à coup elle est arrivée, sans que nous puissions savoir ni ce qui l’a arrêtée ni ce qui l’a fait revenir. C’est peut-être un caprice, le sexe féminin y est sujet.
J’ai démonté la forge pour la monter près de la nouvelle ; nous en aurons besoin. Le hangar s’étant écroulé d’un côté, nous avons été dérangés pour le réparer.
Ecrit à ma femme par le Noir de Grinne.
La Gazette du 14 août m’annonce la mort de Md Azéma aînée.
Dim(anche) 25
ST-LOUIS. RUIS(SEAU) MANUEL. COLLE FORTE.
Desmanières a mis un grand pavillon blanc chez lui.
Au point du jour, j’ai monté avec la bande pou[r] mettre l’eau du ruisseau Manuël dans le J(ea)n Robert, ce q[u]i a été fait à huit heures.
J’ai fait couper des peaux de boeuf pour faire de la colle forte.
Lundy 26
Envoyé quatre Noirs pour chercher le diablottin (les roues) chez Md Fréon. Fait deux cercles de fer pour l’essieu.
Envoyé Cana chercher du plant de tabac chez Levavasseur il n’en a plus.
Continuation de nos traveaux. Rien de nouveau d’ailleur.
Mardy 27
DIABLOTIN ACHEVE. LEVAVASSEUR. PLUIE. BRISE. TEMS DOUX.
Nos traveaux continuent avec vigueur. Le diablotin a été enfin entièrement achevé aujourd’hui.
J’ai reçu une lettre de Levavasseur : il m’a demandé sa boîte à nécessaire et me reproche de ne pas l’aller voir. J’en suis plus fâché que lui, mais l’ouvrage presse et je ne puis le quitter un moment.
Le tems est à la pluie depuis quelques jours ; il en tombe encor ce soir par grains, mais l’atmosphère est d’une température fort douce : ni chaud, ni froid.
Brise assez forte et grains s(ud)-e(st).
Mercredy 28
PLUIE.
Il a tombé de la pluie toute la nuit avec abondance, par grains accompagnés de vents violents. Ce mattin, le tems est à la pluie et par bourrasques. Ce tems contrarie beaucoup nos traveaux.
J’ai envoyé Cana chez Bois Noir pour faire du charbon.
Jeudy et Vendredy 29 et 30
TEMS VARIABLE ET PEU DE PLUIE. BRISE DE S(UD)-E(ST). DUEL ENTRE PIGNOLET ET BOUQUET. LETTRE A ISNARD ET A MA FEMME.
Jeudy, mêmes traveaux. Vendredy, id(em).
Gâché de la terre pour faire des briques. J’ai fait l’essaie de notre terre rouge : elle a donné les mêmes résultats que la brique de Nante. La pierre mole a fondue. La terre rouge et la jaune ont résistées parfaitement. L’expérience a été faite au feu de forge le plus violent.
Auguste Pignolet fils et Bouquet ont eu un duel. Auguste a reçu un bon coup d’épée.
J’ai écrit à Isnard ce mattin et à ma femme.
Samdy 31
BRIQUES. BRISE DE S(UD)-E(ST).
Aujourd’hui, j’ai moulé 100 briques. D’après la qualité de la terre, je crois que nous en obtiendrons de très bonnes. Nous continuons le travail de la batterie.
La brise est très forte, mais le tems est assez chaud.
Septembre 1822
Dim(anche) 1er septembre
PASSE LA J(OURN)EE CHEZ BRUNO. COUP DE VENT AU CAP. FRANCOUVILLE ET D’ENNEMONT. REPONSE D’ISNARD.
Je suis allé passer la journée chez Bruno et Levavasseur. J’y ai appris qu’il y a eu un coup de vent au Cap de Bonne Espérance, qui a mis plusieurs vaisseaux à la côte ; d’autres ont péris. Celui qui portait Francouville et Furci d’Ennemont a été obligé de rentrer à Maurice avec beaucoup d’avaries.
J’ai reçu une réponse d’Isnard et point de ma femme ; elle est encor chez Grinne.
J’ai été ce mattin, en passant, voir Notaise. Hier à 11 heures du soir, le feu a pris à sa sucrerie, mais bientôt éteint. Heureusement il n’y a pas eu de domage.
Lundy 2
DOULEUR AU GENOU. INVITATION A DINER. LETTRE DE MA FEMME. DIEUDONNE. PLANT DE TABAC.
Depuis quelques jours, j’éprouve une douleur au genou droit. Aujourd’hui, j’ai eu de la peine à marcher. Le voyage à pieds, hier chez Bruno, a contribué à augmenter le mal.
J’ai reçu ce mattin une invitation pour dîner de Notaise, ainsi q[ue] Roudic, pour demain.
Noël a été hier à Ste-Marie et m’a porté ce soir une lettre de ma femme, en réponse à celle que je lui ai écrite vendredy. Elle me marque que les fêtes et les dînés ne lui ont pas permis de pouvoir venir à Ste-Marie comme elle en avait le projet. Elle me donne des nouvelles de Fortuné et de Juliette qui se portent bien.
Ce soir, Dieudonné Dejean est venu nous voir : il a passé la soirée avec nous.
Noël m’a porté du plant de tabac que je compte faire plenter demain mattin.
Le tems a été couvert aujourd’hui et froid. Petite brise d’e(st).
Continuation des traveaux.
Mardy 3
L’EAU ARREI LE. SOULIERS. TABAC PLENTE.
Mon genou me fait toujours souffrir malgré les embrocations, etc.
Depuis ce mattin, l’eau s’est arrêtée de telle manière que nous n’en avons pas eu une goutte. Il paraît qu’elle se pert en route, car le ruisseau Manuël et celui des Patates en donnent abond[am]ment. Nous reviendrons à cela demain.
Je n’ai pas pu me rendre pour dîner chez Notaise à cause de mon mal de genou.
J’ai envoyé Noël chez Bruno porter des matériaux pour me faire faire une paire de souliers par le domestique de Felicien.
J’ai fait planter ce mattin le tabac que Noël m’a porté hier.
Mercredy 4
PIECES P(OU)R LE PAVILLON. V(ENT) S(UD)-E(ST) FROID. ESSAIE SUR LA TERRE ROUGE.
Mêmes traveaux.
Tiré avec le diablottin 13 pièces pour la charpente de ma case. Commencé la cheminée. Rien de nouveaux.
La brise de s(ud)-e(st) a reignée toute la journée et continue ce soir. Le tems est couvert et il fait très froid.
Ma douleur de genou a beaucoup diminuée.
[J']ai fait un essaie avec la chaux et la terre à brique mêlées de colle forte, pour couverture. Cela n’a pas réussi.
Jeudy 5 et vendredy 6
D(IEU)DONNE ET FANCAR CAISSE D’HISTOIRE NAT(UR)ELLE.
Rien de nouveaux. Mêmes traveaux.
Aujourd’hui, D(ieu)donné et Fancar fils sont venus nous visiter.
Ma tante les a engagés à dîner pour demain. Roudic reçoit une caisse de Mr Roux, contenant des objets d’histoire naturelle.
J’ai toujours mal au genou.
Samdy 7
DIEUDONNE ET FANCAR. ESSAIE POUR LA BRIQUE COUVERTE. INVITATION AU MARIAGE DE M(ADEMOIS)ELLE DESMANIERES; AUGUSTE ET VERT-FEUILLE.
Mon genou m’empêche encor d’aller et venir à ma fantaisie.
Nos travaux vont parfaitement bien.
Dieudonné et Fancar fils sont venus dîner avec nous.
J’ai envoyé Cana chez Prévot pour chercher des souliers p[o]ur Auguste, mais il n’en a pas porté ; en montant, il a passé chez Bruno pour demander du tabac à Levavasseur. Celui-ci est allé dîner chez Lepervanche.
J’ai fait un essaie pour couverture qui m’a parfaitement réussi. J’ai fait un mélange de crotin de mulet, chaux terre rouge très compacte, colle forte, sirop et un peu d’huille. Ce mélange a été éten[d]u des deux côtés par une toile, à l’épaisseur d’une ligne en tout ; après avoir séché, il était tenace et très ferme et en frottant avec de l’eau et la main, je n’ai pas pu parvenir à le dissoudre. Je ferai encor quelques expériences pour déterminer au juste les proportions des ingrédients et aussi pour éprouver jusqu’à quel point ce mélange résistera au feu. Ceci pourrait être substitué au carton pierre, dont la fabrication est plus longue et plus coûteuse.
Auguste et Vert-Feuille partis pour St-Denis ce soir.
Dim(anche) 8 et lundy 9
BRIQUES CUITES. GIROFLE. LETTRES A ISNARD, AUGRAIN, ETC. MARIAGE D(E) M(ADEMOIS)ELLE DESMANIERES.
Dim(anche), rien de nouveau.
Beau tems dans la journée et pluie ce soir.
J’ai monté faire réparer le chemin.
Lundy, j’ai fait mettre deux cents briques au feu pour les essayer.
J’ai envoyé un boeuf à StDenis avec Cana et Adrien pour porter du girofle (165 livres).
Ecrit à Augrain pour le vendre, et à Isnard au sujet de nos affaires.
Ecrit à ma femme, à Grinne, et à Muguet pour avoir de bon tabac à priser.
Mon mal de genou m’empêche d’aller à la noce de Mlle Desmanières, pour laquelle j’ai reçu hier une invitation de son pèrre. Roudic y a été.
J’ai trouvé à la première rampe du chemin une bonne [q]uantité de pierres dure, que j’ai commencé à faire porter pour nos traveaux.
Il a tombé de la pluie en abondance dans la nuit, ce qui nous a déterminés ce mattin à plenter du maïs la terre du poulailler (sic).
La pluie a ces[sé] à 9 heures et le reste de la journée a été très chaude.
Mardy 10
BRIQUES. CANA. REPONSE D’ISNARD, DE MA FEMME. RENOYAL ARRIVE. MORT DE MD GILLOT.
J’ai tiré ce mattin la brique du fourneau : elle était refroidie, bien sonore mais un peu fragile et légère. Je crois la cendre de bagasse mélangée avec la terre la cause de ce deffaut. Je l’ai cependant employée à cercler la pique et la voûte avec avantage.
Cana est de retour avec le boeuf et la moitié de la corde que j’ai demandée à Isnard. Il m’écrit à ce sujet. Le girofle n’a pas été vendu : il est sans demande.
Ma femme m’écrit que Renoyal, à peine arrivé de Maurice, est parti pour Madagascar. Emilie m’a écrit aussi : tout le monde est bien porta[nt].
Grinne ne m’a pas répondu par Cana ; il doit me répondre plus tard.
Roudic est revenu fort tard de la noce de Mazérieu et nous a annoncé que Md Létang Gillot, la vieille, est morte avant-hier.
Mercredy 11
NOEL PARTI P(OU)R STE-MARIE. BRIQUES. AUGUSTE. PATE.
Ma femme m’ayant demandé Noël par la lettre d’hier, je l’ai fait partir ce mattin au jour, avec du sucre et de l’arouroot, pour Ste-Marie.
Le froid a entièrement cessé. La chaleur commence à se faire sentir. La journée a été belle, mais bien chaude.
Je suis à préparer de la terre pour faire de nouvelles briques, la première était trop légère et fragile. Je dois attribuer ce deffaut à la trop grande quantitée de cendre de bagasse employée, ou à la mauvaise qualité ; en conséquence, je n’emploierai ici que la tere rouge et la pouzolanne. Je crois que de cette manière, j’obtiendrai de très bonnes briques. La terre est d’une excellente qualité.
Fayar m’a envoyé demander un maçon pour une voûte de la batterie : Louis ira demain au mattin. Auguste Roudic a monté dans le bois aujourd’hui pour voir nos pièces de bois, et en passant chez Douyère, a jetté un coup d’oeil sur certain pâté que ma tante a faite faire et qui était à cuire là-haut. Nous saurons demain ce qui en sera, et le cousin, qui ne les déteste pas, y mordra ferme à coup sûre.
Jeudy 12
CANA. SUCRE DE CHEZ BRUNO. SOULIERS. CSAR PRIS SOUS LA TERRE ROUGE. MA TANTE SE TOURMANTE. COMBAT DE TORREAUX. LETTRE A LEVAVASSEUR. SON CHEVAL.
J’ai envoyé C[a]na ce mattin chercher cinquantes livres de sucre chez Bruno, pour envoyer à ma femme. Il est revenu après-dîné parce qu’il a eue chez Prévot pour [v]oir des souliers pour Auguste. Le domestique de Félicien ma renvoyé les semelles destinés à me faire des souliers, disant qu’elles ne valent rien.
Avant le dîné, étant à la nouvelles (sic), tout d’un coup nous entendons jetter des cris redoutables du côté du poulailler. Je crus d’abord que c’était un voleur, mais nous sûmes bientôt que c’était q[u]elque choses de plus sérieux. César, le petit caffre de ma tante, étant à fouiller de la terre rouge, s’est mis dans l’excavation et a été pris sous une portion de terre q[u]i s’est détachée du dessus. Heureusement, on a été quitte pour quelques contusions. Cette avanture m’a donné occasion d’observer combien ma tante est facile à se tourmanter : elle avait l’air désespérée pendant le tems de cette petite avanture.
Hier mattin, deux torreaux se sont rudement battus et ma tante encor se désespérait presque et criait à tout le monde de séparer ces animeaux qui semblaient s’animer davantage au combat par les efforts qu’on faisait pour les séparer. A la fin, on s’est avisé de les prendre par la queue et de tirer dessus ; cette opération fort simple a terminée le combat.
J’ai écrit à Levavasseur pour avoir son cheval pour aller samdy à Ste-Marie. Bruno m’a répondu que l’autre était à St-Denis d’où je conclu que je ne pourai pas aller à Ste-Marie.
Je ne souffre presque plus de mon genou et j’espère être dans peu entièrement quitte.
Vendredy 13
CANA A STE-MARIE. SUCRE.
J’ai envoyé C[a]na ce mattin à Ste-Marie porter à ma femme le sucre qu’il avait été chercher hier chez Bruno. Rien de nouveau d’ailleur.
Samdy 14
LETTRE DE MA FEMME. TORCHIS. THEREJE ACCOUCHEE.
Cana, de retour de Ste-Marie. m’ a porté une lettre de ma femme : tout va bien. J’ai commencé à torcher ma case chez ma tante.
Thérèze, de Md Fréon, accouchée d’un garçon.
Auguste à StDenis.
Dim(anche) 15
DINE CHE7 MAILLET. CH(AR)LES PAJOT. CELESTE. LETTRE DE GRINNE; CAPOTE. FLANELLE. MD BERNARD IRMA. NOIR QUI SE TROMPE DE CHEMIN.
Je suis dessendu avec Roudic, Auguste et Vertmont dans la gérollerie (sic) : elle n’est point aussi chargée que je le pensais je crois que nous n’irons pas à quatre miliers.
J’ai quitté [c]es messieurs et me suis rendu chez Maillet ou j’ai trouvé Ch(ar)les Pajot. J’y ai dîné et passé la journée.
Céleste, de Grinne, est arrivée de Ste-Marie et m’a porté une lettre de Grinne et une capotte qu’il m’envoie. Il me marque qu’il a remis à ma femme de la flanelle pour me faire des chemises. Charles m’a dit que sa mère ainsi qu’Irma dînaient à la maison aujourd’hui.
Pendant mon absence, il est venu un Noir à cheval à l’établissement : il disait chercher la maison de Notaise et s’être trompé de chemin. Sa monture ayant écrasé un petit chien à Roudic, celui-ci, occupé de cet accident, n’a même pas pensé à demander à ce brutal à qui il appartenait.
Maillet fils m’a donné une demie-carotte de tabac d’autant plus à propos que je n’en avais plus du tout. La Providence est grande !!!!
J’ai porté des cambares de chez Maillet.
Lundy 16
CAMBARES DE NICOBAR. LETTRE DE F(RANCOIS) ISNARI). AUGUSTE.
Hier soir après soupé, Auguste est arrivé de St-Denis avec une réponse d’Isnard neveu à la lettre que j’ai écrite à Dominique son oncle, par Auguste, pour qu’il remette à ce dernier trente piastres sur la vente du girofle que je lui ai envoyé.
Le neveu me marque que son oncle est malade et le charge de me répondre, et qu’Auguste a touché les 30 pi(as)tres.
Mardy 17
DESMANIERES ET MAZERIEUX. MORENAS. [F]ER. ARGENT DU GIROFLE. COUP D’AIR. REMEDE CONTRE. VERMONT ET SON FRERE. COCHON TUE. BEAU METEOR A STE SUZANNE.
Nous avons eu la visite de Desmanières et de son gendre Mazérieux. Morénas est arrivé à 5 heures du soir pour nous annoncer que le fer que j’ai demandé à Isnard était au grand chemin ; il a perdu la lettre qu’il était chargé [d]e me remettre. Il m’a porté le prix du girofle, qui a été vendu 105 p(iastres).
J’ai eu à l’ép[au]le gauche un coup d’air hier soir, qui me fait souffrir beaucoup. Roudic m’a fait frotter avec de l’axonge dans laquel il a mis du camphre et quelque gouttes d’opium ; ce remède m’a beaucoup soulagé.
Le frère de Vermont est venu hier le voir et l’avertir qu’il serait obligé d’aller à St-Denis pour une affaire ; il a été chez lui pour voir si son frère était de retour de St-Denis, où il était ailé hier en sortant d’ici.
Nous avons monté la charpente de notre pavillon aujourd’hui.
Ma tante a tué un cochon gras.
Ce soir, vers les huit heures, un météor de la grosseur d’un boulet de 24 a paru à une hauteur considérable, à en juger par le tems qu’on a [é]té à [e]ntendre le bruit de l’explosion, qui a été de plus de deux minutes. Le tems de la durée a été de 10 à 12 secondes. Vers la moitié de sa course, il s’est encor divisée en deux. Sa marche a suivie du s(ud) au nord.
Le tems est serein et très clair, frais. C’est à Ste-Suzanne que cette observation a été faite.
Mercredy 18
ROUDIC.
Rien de nouveau d’ailleur.
Roudic a monté ce mattin dans le bois pour voir nos piè[c]es.
Jeudy 19
LETTRE A ISNARD.
Roudic a monté avec la bande et a conduit deux pièces à l’établissement.
J’ai écrit à Isnard ce mattin pour la bazardière de ma tante, pour lui accuser réceptions de plusieurs objets et de l’argent qu’il m’a envoyé par Morénas.
Le tems est lourd et chaud : nous aurons de la pluie demain, à coup sûre. Calme.
Vendredy 20
DANS LE BOIS. PLUIE. CARIERRE DE PIERRES. GRANDE FUMEE.
J ai été dans le bois extraire avec la bande des pièces ; Roudic est monté avec moi.
Le tems a été très beau toute la mattinée, mais à midy la pluie a commencée et Roudic est dessendu. Je suis resté avec les Noirs, mais à deux heures la pluie était si forte que nous avons déguerpis.
Nous avons portés à l’établissement deux pièces de 25 à 30 pieds. Le tems est encor à la pluie : calme plat.
J’ai trouvé ce soir une nouve[ll]e carière, dont les pierres sont bonnes et dure à la hache ; deux moyen[n]es pierres qui en sont sortis nous promettent un bon résultat.
Vue d’une grande fumée dans les bas.
Samdy 21
LETTRE DIS NARD. ANNONCE DE RIZ_ PLUIE. MARCELIN DE DUFRENE. BEC-D’ANE.
J’ai reçu par la bazardière une lettre d’Isnard par laquelle il m’annonce qu’il nous envoie par Morénas trois milliers de riz ; ce secours arrive très à propos, car les récoltes ayant manquées par les contrariéttés du tems, nous sommes à court de vivres.
Nous avons eu de la pluie toute la nuit dernière et la journée de même, mais par [g]rainasses. Ce soir le tems est encor couvert, mais il parait vouloir se remettre au beau.
Marcelin de Dufrène est venu m’emprunter un bec-d’âne.
J’ai fait tirer beaucoup de bonnes pierres de la nouvelle carière.
Dim(anche) 22
PROMENADE AUX BOIS. DATE. LETTRE A FREON, A MA FEMME. CELESTIN.
Roudic et moi, nous avons été nous promener dans le bois d’en bas ; pendant cinq heures, nous avons été en marche. Ce bois est encor garni d’une grande quantité de beaux arbres, surtout en nat et bois de bassin, tacamaca, bois de gouyave, etc.
Après-dîné, [Au]guste et moi avons montés jusqu’à l’emplacement Douyère. Auguste, le menuisier, a fait faire du pâté par Hyllarion et il était au four Douyère, pour ce travail. Son diable de pâté l’a tenu là jusqu’à plus de huit heures du soir. Il paraît que sa tête avait travaillée d’avance à l’emploi du pâté, en attendant la mastication, car il en a eu un grand mal de tête.
J’ai écrit par Célestin à Fréon au sujet des dragées, et à ma femme.
Cana tombe dans le four à briques.
Lundy 23
VOYAGE AU BOIS. EXTRACTION DE BOIS. PLUIE. ROUDIC EN CAPOTE. LETTRE DE MA IFEMIME ET DE FREON. ANNONCE DE LA DISTRIBUTION DES PRIX. DRAGEES DE VAUME. INCENDIE DE CANNES.
Je suis monté dans le bois avec la bande, de grand mattin, avec un tems superbe et fraix.
Au moyen d’un palanc, j’ai extrait d’un endroit très difficile de belles pièces de tacamaca et nat, mais à midy la pluie a commencé avec force et j’ai été obligé de déguerpire du bois avec les Noirs. Nous sommes arrivés à trois heures à la maison en traînant quatre de nos pièces. Roudic était avec moi, enveloppé dans ma capote qui lui donnait l’air d’un révérand père. Nous avons été mouillés comme des canards.
En arrivant, j’ai reçu par le retour de Célestin une lettre de ma femme ; elle m’annonce que la distribution des prix aura lieu dans dix jours.
Fréon m’écrit la manière d’administrer les dragées de Vaume.
Vendredy dernier, le feu a pris aux cannes de Cyril Routier. Nous en avions vu la fumée en dessendant du bois : elle annonçait un grand incendie.
Ma tante a su cet évennement par Louis, maçon.
Mardy 24
SUCRE, RIZ ARRIVE.
J’ai envoyé par Morénas à Isnard 21 balles de sucre, pesant net 2100 livres.
J’ai envoyé la bande et les boeufs prendre au g(ran)d chemin trois milliers de riz., arrivés par les charettes de Morénas.
Du mercredy 25 au v[en]dredy 27
BOIS DE BASSIN. BON P(OU)R LA CHARPENTE. PIECE DE 40 PIEDS. DIFFERENTS BOIS. VENT DE S(UD)-E(ST). LETTRE DE P(IER)RE IS[NA]RD. LIMES. VISITE DE NOTAISE.
Rien de nouveau mercredy et jeudy. Ce dernier jou[r[, j'ai monté dans le bois du J(ean) Robert pour faire faire des pièces. J'ai fait abattre un bois de bassin de plus de 55 pieds de haut et très droit ; ce bois est un bon en charpente et d'un travail facile, Les Noirs en connaissent deux espèces : le bois de bassin noir et le bâtart, dont le bois est blanc et moins dure que l'autre. C'est ce dernier don[t] il est ici question. J’en ai fait une pièce de 40 pieds de long sur cinq pouces quarré. Il avait de 15 à 16 pouces de diamettre par le gros bout et si droit que l’on n’a pour ainsi dire pas eu la peine de déligner ; on a obtenu en outre des gobes bonnes à faire des petites pièces. On trouve communément cette espèce de bois à Ste-Suzanne, depuis 4 à 500 gaulettes du bord de la mer jusqu’à 12 à 1700.
Les bois d’ébène suivent le bois de bassin ; il monte encor plus haut et a des tiges très droites, mais il pouri facilement à l’humidité ; son coeur est fort noirs et fort étroit, le reste est blanc ; il se tourmente facilement et se fend.
Le nat à petites feuilles, le grand nat, le tacamaca, le bois rouge sont communs dans les mêmes régions.
Aujourd’hui vendredy, j’ai fait fouiller une carière de pierres moles dans les canes des Charmilles ; cette pierre est ici fort commune : c’est une espèce de pouzolanne.
Le tems, est chaud en général dans le jours, mais les nuits froides. Nous avons apparence, de pluie, ce soir. Toujours brise de s(ud)-e(st).
J’ai reçu aujourd’hui une lettre de [P]ierre Isnard : il m’envoie des limes pour repasser les sies de l’établissement.
Notre cheminée a à moitié (sic) et la charpente de la nouvelle (sic) se travaille.
Notaise est venu ce mattin me voir ; il m’a dit que depuis huit jours l’eau se trouvait presque toujours détournée de son canal. Je lui ai dit de veiller les pêcheurs, à qui on doit attibuer ce détournement.
Je lui ai proposé d’exploiter nos cannes de cette année ; il me rendra réponse sous peu.
Samdy 28
NOTAISE. TABAC . PIECES DE 40 PIEDS. AUGUSTE. PLUIE. BRISE DE S(UD)-E(ST).
Ce mattin, j ai été extraire une pièce de bois de bassin équarie hier, [de] 40 pieds ; nous a é obligés d’employer un palenq pour la tirer du bois.
J’ai écrit à Notaise pour lui demander du tabac à fumer. Il m’en a envoyé.
Auguste menuisier est allé à Ste-Marie ce soir.
Nous avons eu une petite pluie toute la nuit dernière. Elle a cessée ce mattin et la journée a été belle et chaude. Ce soir, le tems est beau et frais. Petite brise de s(ud)-e(si).
Dim(anche) 29
PROMENADE AU BOIS. MA TANTE VA VOIR LA DIGUE DE NOTAISE.
Roudic et moi avons été après déjeuné promener dans les bois jusqu’à l’emplacement Douyère. En montant, nous avons été voir un ch[ic]ot de bois de poivrier, que je me propose de faire extraire. Cet arbre est devenu très rare. Dans le quartier de Ste-Suzanne, on n’en trouve plus.
Après-dîné ma tante, Roudic, Auguste et moi nous avons été voir le réservoir de Notaise à la mare. Ma tante l’a trouvé très beau et limpide. On pourait faire un endroit très joli de cette mare ; il ne serait question que de plenter des arbres, l’endroit par lui même étant très arride.
Lundy 30
AUGUSTE. LETTRE DE JULIETTE . FORTUNE. PLUIE. LEVAVASSEUR. JEOLE.
J’ai eu une forte migraine toute la journée.
Auguste menuisier est arrivé de Ste-Marie ce soir et m’a porté [d]es lettres de Fortuné et Juliette. Fortuné m’annonce le concours pour la distribution des prix, pour le douze octobre.
Le tems a été très chaud aujourd’hui et calme et couvert. Nous avons eu de a la pluie hier soir et dans la nuit.
J’ai envoyé ce mattin un Noir à Levavasseur à qui j’ai écrit. Il m’a envoyé du tabac et m’a écrit qu’il allait faire un tour de jeôle ; je ne sais ce qu’il veut me dire.
Auguste l’a rencontre aujourd’hui, allant à St-Denis.
Octobre 1822
Mardy 1(e)r (octobre)
LETTRE A MA FEMME. SIROP. BRUNO. LEVAVASSEUR.
J’ai écrit à ma femme par la bazardière de ma tante aujourd’hui, au sujet de Fortuné et du concoure, Envoyé chez Bruno pour avoir une dame-jeanne de sirop. Il m’en envaira sitôt qu’il y en aura de fait. Bruno m’a donné l’explication du billet de Levavasseur, d’hier. Il a un Noir marron dont Le Roi s’est emparé ; il va à St-Denis pour le réclamer.
Mercredy 2 et jeudy 3
LETTRE DE MA FEMME. PLUIE. NOTAISE. BRUNO. FORME. RUM.
Hier, rien.
Aujourd’hui, j’ai reçu [un]e lettre de ma femme par la bazardière. Elle me marque qu’elle est sans provisions et qu’elle est inquiètte ; tout le monde se porte bien, d’ailleur.
Nous avons de la pluie ce soir et le tems paraît décidé à en donner beaucoup.
Notaise m’a envoyé dire ce mattin de venir chez lui pour parler de l’exploitation de nos cannes. Le mauvais tems m’a [em]péché d’aller aujourd’hui.
J’ai envoyé ce mattin Blaise chez Bruno pour chercher ma forme à soulier[s]. Il m’a fait dire de le venir voir, parce qu’il était malade.
Vendredy 4
LETTRE A MA FEMME, A FRANCOIS. SIROP. HUILE. VISITE A NOTAISE. TEMS CHAUD. PLUIE FINE. ARSENNE.
J’ai écrit ce mattin à ma femme et lui ai envoyé une dame-jeanne de sirop, des banannes et une bouteille d’huille de bancoul.
J’ai écrit de même à François qui ne m’a pas fait de réponse positive (par Tisapherne).
J’ai été avec Roudic chez Notaise ce mattin pour nous aboucher pour l’exploitation des cannes. Nous avons remis à prendre une décision lorsque nous auro[ns] visité les différents endroits qui pourront nous donner de l’eau.
Le tems a été très beau et bien chaud toute la matinée et nous avons eu petite pluie toute l’après-midy. Ce soir, le tems s’est remis au beau.
Arsenne, qui a porté le sirop, n’est pas de retour ce soir, à huit h(eu)res.
Samdy 5
REPONSE DE MA FEMME. LETTRE DE JULIE I 1 E. CONCOURE. ALERTE.
Arsenne est arrivé ce mattin avec une réponse de ma femme. Il m’a porté du blanc d’Espagne.
J’ai reçu une lettre de Juliette par chez Notaise ; elle m’annonce que le concourt aura lieu chez Md Raoul le mardy 8 du mois.
J’ai de la fièvre ce soir, je pense que la chaleur et la fatigue en sont causes.
Ce mattin, nous avons cru le feu aux cannes de Roudic. Nous étions à faire tirer des pierres de la carière, la cloche sonne, on crie : “Au feu !” et toute la bande coure du côté du feu. Au total, il n’y avait rien. Le feu avait été mis dans un défriché fait de l’autre côté de la ravine, mais si près des ca[nn]es, qu’on pouvait aisément s’y tromper.
Dim(anche) 6
BRUNO ET LEVAVASSEUR.
J’ai écrit à Bruno pour lui souhaiter la bonne fête. Il m’annonce qu’il part pour le concoure. Levavasseur et sa femme sont partis ce mattin.
Lundy 7
LETTRE A JULIETTE.
J’ai pris un bain ce mattin, j’en avais bien besoins.
J’ai écrit à Juliette par Notaise.
Mardy 8
TEMS CHAUD. LETTRE A MD FREON, A VINSON. SULFATE DE ZINK
Depuis plusieurs jours, il fait très chaud. Le tems est généralement couvert par intervales dans la journée et les soirées fraîches laissent voire un ciel sans nuages.
J’ai écrit par César à Md Fréon pour lui demander une monture pour aller à St-Denis.
J’ai écrit à Vinson aussi pour avoir du sufate de zink.
Vent d’o(uest).
Mercredy 9
MD FREON. ANE. VINSON. BRISE D’E(ST). VOYAGE A STE-M[AR]IE.
Madame Fréon m’a envoyé par César une ânesse.
J’ai reçu de Vinson du sulfate.
Il a reignée une brise très forte et froide, de l’e(st). Ce soir, le tems est froid.
Je compte me mettre en route p(ou)r St-Denis demain mattin.
Jeudy 10
A STE-MARIE. VOYAGE A STE-MARIE. LE BRIK LA JULIA. HOLLANDAIS SAUVES. MA FEMME EST MALADE. BRISE D’E(ST). MARIAGE DE LAURETTE. ID(EM) DE ROCHER.
Ce mattin à 5 heures, je me suis mis en route sur Técher pour Ste-Marie. L’ânesse de Md Fréon n’aurait pas pu me porter.
J’ai déjeuné chez Madame Fréon avec le capitaine de la Julia, brique qui a sauvé les Hollandais dont le navire a coulé en mer. Ce capitaine se nomme Desse.
Je me suis rendu à Ste-Marie. J’ai trouvé ma femme malade ; elle a eu beaucoup de fièvre ces jours derniers et en a encore. J’étais venu dans l’intention de la conduire à St-Denis pour le concoure, mais elle ne poura pas faire le voyage et j’irai seul.
J’ai été ce soir chez Lehoux où j’ai trouvé sa femme et lui, Fortuné étant allé ce mattin à St-Denis.
La brise a encor reignée fortement toute la journée. En arrivant à Ste-Marie ce mattin, j’ai vu faire le mariage de Laurette Le Roi avec un fils à Lucas Bachelier. J’ai a[pp]ris celui de Rocher Lechartier avec Mlle J. Lem[ar]rié fait il y a 10 à 12 jours. Je couche à la maison.
Vendredy 11
LE 11, VENDREDY.
Le 11, je déjeune chez Grinne et je vais passer le reste de la journée avec Isnard au Chaudron. Nous avons causés des affaires de l’habitation.
Couché à St-Denis. Les examens pour le concours ont lieu. J’ai été voir Fortuné au col[lè]ge.
Samdy 12
J’ai couru la ville toute la journée pour diverses commissions. Vu Pierre Isnard.
Vu le Bara[cho]is. On a commencé le coude.
Grinne est monté ce soir chez lui.
Dim(anche) 13
MONTE CHEZ GRINNE. MA FEMME ARRIVEE. CHARRIE. JULIETTE.
Je suis monté ce mattin chez Grinne. J’ai passé chez Isnard ; on était au grain. Je leur ai dit bonjour seulement et me suis rendu de suite (sic).
En route j’ai trouvé Carière, avec qui j’ai fait une partie de la route ; il allait passer la journée chez Ch(ar)les Desbassins.
Ma femme est arrivée peu de tems après moi chez Grinne, en voiture. Elle a moins de fièvre que lorsque je l’ai vu jeudy. Chabrié m’a rassuré sur son état qui m’avait donné beaucoup d’inquiétudes. Il a ordonné un [ré]gime doux et approprié, au moyen de quoi il me fait espérer qu’elle sera bientôt rétablie.
Juliette est montée hier soir avec Grinne pour passer les vacances.
Je couche ici ce soir. Eugénie m’a donné une carotte de tabac.
Lundy 14
DISTRIBUTION DES PRIX. LO.*. EXTRAORDI(NAIRE). P(IER)RE ISNARD. COMPTE DE FOURNITURES P(OU)R ROUDIC. GOUVERNEMENT REPARE.
Je suis dessendu de bonne heure à St-Denis. En arrivant, j’ai trouvé Fortuné qui m’attendait chez Grinne ; celui-ci est dessendu de grand mattin. Fortuné et moi avons été, après avoir déjeuné, au collège où j’ai aidé ces messieurs à faire quelques décorations dans la salle destinée à la distribution des prix.
J’ai été avec Grinne dîner chez Loupy, et après nous avons été en loge extraordinaire. En sortant, j’ai été au collège voir la distribution des prix, mais il était impossible d’aborder, tant il y avait de monde. J’ai emmené Fortuné avec moi avec ses effets.
J’ai été cau[se]r avec P(ier)re Isnard. Il m’a remis le compte des fournit[ures] faites à l’établissement Roudic, pour le faire approuver par ma tante.
J’ai été voir les réparations du gouvernement ; on y fait une espèce de dôme sur l’avant.
Mardy 15
DEJEUNE ISNARD. ARRIVE AVEC FORTUNE CHEZ. GRINNE. MA FEMME VA MIEUX.
Ce mattin de bonne heure, je me suis mis en route av[e]c Fortuné. Nous avons déjeunés chez Isnard, au Chaudron, et nous sommes arrivés de bonne heure chez Grinne. Nous y avons passés la journée.
J’ai trouvé ma femme beaucoup mieux mais affaiblie par la fièvre qui l’a quittée. Je lui ai porté un emplâtre rubéfiant que Chabrié lui a ordonné entre les omoplattes.
Il a fait une chaleure exessive et un tems extrêmement sec.
Mercredy 16 à Ste-Suzanne
FORTUNE ET FERDINAND. ARRIVE CHEZ MA TANTE
Fortuné, Ferdinand et moi, après avoir fait nos adieux, nous sommes mis en route de bon mattin pour nous rendre chez ma tante où ils vont passé avec moi une partie des vacances.
Nous avons passés à Ste-Marie, chez moi, où nous avons déjeunés.
Nous avons dînés chez monsieur Fréon et sommes enfin arrivés chez ma tante au c[ou]ché du soleil.
Jeudy 17
FORTUNE A LA CHASSE. BRISE DE S(UD)-E(ST)
Nous avons été, ce mattin, promener dans les bois. Fortuné a tiré force coups de fusils ; il a tué, pour son coup d’essais, quelques oiseaux.
Tems frais.
Vendredy 18
NOEL, LINGE DES ENFANTS. LETTRE DE MA FEMME, ELLE NE VA PAS MIEUX. CHARPENTE DE LA SUCRERIE. TEMS FRAIS. BRISE DE S(UD}E(ST).
Noël est arrivé ce mattin avec du linge pour les enfants.
Ma femme m’écrit qu’elle ne va pas mieux ; elle a plus de mal à la poitrine et au dos ; elle me marque que Chabrier est venu la voir et lui a dit que cela se passerait bientôt.
J’ai fait monter la charpente de la sucrerie aujourd’hui ; il n’y a que le faîtage qui n’est pas en place. Le tems est assez frais ici depuis quelques jours et, au couché du soleil, ce soir, il faisait presque froid. La brise de s(ud)-e(st) a reignée toute la journée, mais modérément.
Samdy 19
BISCUITS. CANA. PROMENADE AVEC LES ENFANTS. EGIPTIENNE ACCOUCHEE
J’ai envoyé Cana à Ste-Marie porter des biscuits à ma femme.
Roudic, avec moi et les enfants, nous avons été faire une promenade dans le petit bois avec le fusil. Egiptienne de Md Fréon est accouchée d’une fille.
Dim(anche) 20
LETTRE DE MA FEMME. CHARRIE. BRISE CARABINEE
Cana est arrivé après-dîné avec une lettre de ma femme et des mangues vertes.
Ma femme me marque qu’elle ne va pas mieux mais que Chabrié va lui faire un traitement qui doit lui faire du bien, Dieu le veuille !
Le tems est affreux ce soir et toute la journée a été de même. Une brise carabinée d’e(st), la poussière et, ce soir, il fait frais avec cela.
Lundy 21
DINE AVEC FORTUNE ET FERDINAND CHEZ BRUNO. NOTAISE. PIOCHES. BRISE CARABINEE D’E(ST). SECHERESSE.
J’ai été avec Fortuné et Ferdinand passer la journée chez Bruno et Levavasseur. Ces messieurs manquent d’eau et font peu d’ouvrage. Delpit et son fils sont venus dîner avec nous.
J’ai passé chez Notaise en allant et en venant ; il doit venir dem[ain] mattin pour aller au haut des habitations, pour voir si nous ne trouverons pas le moyen d’augmenter l’eau destinée à son moulin. Levavasseur m’a promis de me faire des pioches.
Il reigne toujours une brise infernale d’e(st). Le tems est couvert et la sécheresse est désespérante ; tout est en poussière. Nous avons cependant le plus grand besoin de la pluie.
Mardy 22
VISITE AU SOURCES AVEC NOTAISE. PLUIE ENFIN. FORTUNE ET GAUTIER.
J’ai été, ce mattin, avec Notaise et Roudic, voir les prises d’eau, il n’y en a presque plus. Heureusement, la pluie tombe un peu ce soir ; si elle conttinue, nous aurons un peu d’eau.
Fortuné et son frère sont allés passé la journée chez Notaise où ils se sont fort amusés.
Mercredy 23
VISITE DE DESMANIERES. MD DE TESSAN. REMPLACE LES TABACS.
Desmanière, avec ses enfants, et Md de Tessan sont venus nous faire visite après-dîné.
Quelques grains de pluie, dans la mattinée, semblent avoir terminés le tems qui a paru hier soir, vouloir se mettre à la pluie. La brise d’est qui [r]eigne toujours est cause de cela.
J’ai fait [rem]placer, ce mattin, les plants de tabac qui ont manqués au-dessus du pavillon.
Jeudy 24
PLUIE. PLANTATION DE TABABC. DESMANIERES. ROUDIC. MD DE TESSAN.
La pluie a tombée toute la nuit et toute la mattinée, par grain, et la terre est parfaitement humectée. Le ruisseau Manuel et le bras de la Petite Rivière ont dessendu un peu. Il était tems que la pluie arriva ; tout était sec et les rivières allaient manquer d’eau. La brise a cessée entièrement ce soir.
J’ai fait plenter du tabac, Notaise m’a donné un peu de plants.
Ca[na] a été chez Levavasseur chercher 25 (livres) de sucre pour notre usage.
Ce mattin, Desmanières a envoyé dire à Roudic de venir de suite chez lui ; Roudic y a été ; c’était Md Tessan qui, partant pour Ste-Suzanne, désirait le voir avant.
Vendredy 25
PLUIE. LETTRE DE MD FREON. BISCUITS. CANA, MANGUES VERTES. CAMPNON.
Pluie dans la nuit et par grains dans la journée.
J’ai envoyé Cana, ce mattin, chez Md Fréon, à qui j’ai écrit au suget de biscuit doux que ma femme m’a demandés. Md de Tessan m’a répondu pour Md Fréon : elle marque qu’elle a envoyé de suite des biscuits à ma femme et qu’elle lui en fera faire d’autres encor.
Cana a porté des mangues vertes à ma tante, envoyées par Md Fréon.
J’ai rencontré, ce soir, Campnon qui venait de visiter son habitation de la Petite Rivière.
Samdy 26
LETTRE A [M]A FEMME. ENFANT QUI NE VEUT PAS TETTER. GASPARD. MD FREON, BISCUITS MA FEMME. RECETTE CONTRE LE TAMBAVE.
J’ai envoyé Cana chez Grinne ce mattin et j’ai écrit à ma femme par lui. Cana a porté une lettre de Roudic à Md Fréon au suget de l’enfant d’Egiptienne qui ne veut pas tetter sa mère. Md Fréon a envoyé, après-dîné, Gaspard, son Noir, mener une négresse pour nourir l’enfant.
Elle écrit qu’elle a eu des nouvelles de ma femme à qui elle a envoyé des biscuits.
L’[en]fan[t] d’Egiptienne a le tambave. Md Fréon envoie une recette contre cette maladie, elle consiste en :
Racine de grenadille
Fumeterre
Feuilles et petites branches de fandamane
Parties égalles, formant un paquet d’à peu près une once. Parties égalles, formant un paquet d’à peu près une once.. La mère doit boire la bouteille dans la journée.
Dim(anche) 27
VISITE A MAILLET, IL N’Y EST PAS. DINE CHEZ BRUNO. CANA DE RETOUR. MA FEMME NE VA PAS MIEUX.
Je suis dessendu avec les enfants chez Maillet et, n’ayant trouvé ni le père, ni le fils, nous av[ons] montés de suite chez Bruno où nous avons dînés. Les enfants étaient seuls chez Mai[ll]et. Nous sommes arrivés à la brume à la maison.
Cana est arrivé de Ste-Marie avec une lettre de ma femme : elle m’écrit qu’e[lle] ne va pas mieux et que la douleur de la poitrine et du dos ont augmentés, mais que Chabrié doit lui appliquer demain des sangs-sues qui doivent emporter les douleurs. Tout cela m’inquiète beaucoup.
Ma femme désire que Fortuné et Ferdinand retournent le plutôt possible près d’ell[e], la rentré des classes au collège ayant lieu le 3 (novem)bre.
Lundy 28
PROMENADE AU BOIS AVEC LES ENFANTS. ACCES DE FIEVRE. RHUME. PROJET DE DEPART.
J’ai été, après déjeuné, avec les enfants et Roudic, dans le bois voir les charpentiers. Nous avons portés mon fusil et Fortuné s’est beaucoup amusé. Il a tiré et tués plus[ieur]s oiseaux.
Hier soir, j’ai eu un fort accès de fièvre, occasionné par une suppression de transpiration. J’ai passé une mauvaise nuit, un [fo]rt rhume de poitrine peut avoir aussi contribué à ce malaise.
J’ai résolu de partir demain avec les enfants pour Ste-Marie, si le tems le permet.
Mardy 29
DEPART P(OU)R STE-MARIE.
Je suis parti, après-dîné, avec mes enfants pour Ste-Marie. Nous couchons chez Md Fréon ce soir.
Mercredy 30
ARRIVE CHEZ GRINNE. MA FEMME BIEN FAIBLE. FREGATTE ANGLAISE.
Parti ce m[a]ttin pour Ste-Marie, passé à la maison, déjeuné chez Lehoux et arrivés chez Grinne à 11 heures.
J’ai trouvé ma femme bien faible ; l’application des sangsues sur la poitrine a oppéré cela.
Ce soir, j’ai la fièvre et un très gros rhume.
Une frégate anglaise passe et va à St-Paul.
Jeudy 31
DIVISION ANGLAISE.
Rien de nouveau.
La frégate anglaise, qui a passé hier, porte le commodore, commandant la station du Cap, qui retourne dans cette place. Elle est accompagné de deux [corve]ttes, dont une est le Succès.
Novembre 1822
Vendredy 1er novembre et samdy 2
DUEL FORT(U)NE LEHOUX. GRINNE. MAILLET.
Je suis toujours chez Grinne.
Ch(ar)les Pajot s’est battu à l’[épée a]vec Pilleron aîné, à l’occasion d’une altercation entre eux. Pilleron a été blessé à l’épaule.
Fortuné Lehoux est arrivé de St-Paul, où il était al[lé] av[ec] sa belle-mère qui y est encor. Ferdinand Pajot et Fortuné ont été témoins du combat p(ou)r Charles et Dari de Lanux pour l’autre.
Grinne est arrivé ce soir de St-Denis, avec Maillet père. Irma a passé ces deux jours chez Md B(ernar)d Pajot, elle est dessendue ce soir.
Ma femme éprouve du mieux.
Dim(anche) 3
MICHEL SPARON, GRIS.
Charles, Fortuné, Boyer, etc. ont dinés ; nous avions aussi Michel qui, s’étant grisé, nous a fort amusés. Ma femme a paru prendre part à la gaieté de cette journée ; cela lui a fait du bien.
Lundy 4
FORTUNE. RENTRE DU COLLEGE. F(ERDINAN)D PAJOT. MDS SENNEVILLE ET MA[LA]VOIX. JOS(E)P(H) DESBASSINS.
Fortuné part, ce mattin, avec Gimar, pour rentrer au collège qui s’ouvre aujourd’hui.
Je me suis mis en route pour Ste-Suzanne, j’ai déjeuné avec Ferdi(nand) Pajot, où j’ai trouvé Charles. J’ai été ensuite chez moi et, après quelques dispositions, je suis parti.
J’ai dîné chez Md Fréon et j’y couche ce soir. Md Senneville et Malavoix y sont depuis quelque jours. J’ai été voir Josep(h) Desbassins, ce soir, à son nouvel établissement : il m’a engagé à venir déjeuner avec lui demain mattin.
Mardy 5
RETOUR CHEZ MA TANTE. PLUIE. GIMAR.
Je pars. Déjeuné avec Joseph. Passé chez Gimar et arrivé pour dîner chez ma tante par le passage du Torreau où Mr Puissant a fait un très beau chemin.
Gimar est à St-Den[is]. J
’ai eu de la pluie en arrivant.
Mercredy 6 et Jeudy 7
VILLIER. DINE AVEC VILLIER CHEZ DIEUDONNE. PLUIE. FRERE DE VERMONT. HUPES.
Aujourd’hui, jeudy, Villier est venu nous voir sur mon invitation. J’aurais désiré qu’il pût, cette année même, nous faire notre moulin avec son baptiment ; mais il ne poura pas. Je suis allé avec lui dîner chez Dieudonné.
Quand je suis revenu, il faisait noir et je me suis égaré dans les fandamanes de Desmanières. Ma lanterne s’étant éteinte, un peu plus, je passais la nuit à la belle étoile. Heureusement, j’avais des allumettes et, ayant ralumé ma lanterne, j’ai réusi à retrouver mon chemin.
La pluie a tombé abon[dam[ment dans la nuit, et une partie de la mattinée.
Le frère de Vermont est venu vendre [à] Roudic quatre belles hupes qu’il destine pour Maurice.
Vendredy 8 et Samdy 9
LEITRE A MA FEMME ET A ISNARD. PROMENADE AU BOIS. LETTRE A DELOU.
Ce mattin, lundy, j’ai envoyé Célestin à Ste-Marie pour avoir des nouvelles de ma femme à qui j’ai écrit. J’ai écrit par Théophile à p(è)re Isnard.
J’ai été faire une promenade aux bois et visité les chantiers.
Nous avons régulièrement de la pluie la nuit et dans la mattinée.
Ecrit à Délou au sujet de Noël.
Dim(anche) 10
LETTRE D’EMILIE, MA FEMME VA MIEUX. CANA, TABAC. CANA CALCULE JOLIMENT. REPONSE DE DELOU, NOEL. TEMS BRUMEUX. PLUIE. ABDON. MR WELMAN. BOIS DE MURIER.
Célestin est [a]rrivé ce mattin avec une lettre d’Emilie : elle m’annonce que ma femme est mieux depuis trois jours et que Chabrier est content de son état ; elle tousse beaucoup moins, Dieu soit loué !
J’ai envoyé Cana à la recherche de plant de tabac mais il est revenu ce soir sans en avoir trouvé. Il m’a dit qu’il en avait cependant vu d’assez mauvais à trois souts le plent et il a ajouté que, dans un autre endroit, on en avait d’autre à un peu meilleur marché, c’est à dire à deux plents pour six souts. Ce bon Cana n’a p[a]s appris barème ou du moins il ne s’en souvient guère.
J’ai reçu ce soir ma réponse de Délou : il accepte de louer Noël à 5 p(iastres) par jour et me le demande le plutôt possible.
Le tems a été brumeux et humide toute la [j]ournée, accompagné de brise assez forte d’est. Dans l’après-midy nous avons eu de la pluie par grainasses.
Abdou a tombé sans connaissance au Grand Chemin. Cet accident a été occasionné par des vers qu’il avait sur l’estomac et qu’il a rendu en revenant à lui, en pre[n]ant un verre de vin ; il va bien ce soir.
Il est venu un Mr Welman à l’établissement, après-dîné, pour avoir un cochon à Théophile : il ne l’a pas acheté.
J’ai fait couper hier, dans le bois J(ean) Robert, deux tronçons de bois de murier, gros de 7 à 8 pouces. Ce bois, que je ne connaissais pas, est extrèmement dure et vainé de jau ne obscure de di[ffére]ntes teintes ; il est très beau et immite bien le bois de citronier si prisé des anciens.
Lundy 11
NOEL ME DONNE DES NOUVELLES DE MA FEMME. JE VAIS DANS LE BOIS. NID DE MERLE. DESCRIPTION.
Noël, qui m’avait demandé la permission d’aller à Ste-Marie, [est a]rrivé ce mattin.
Il m’a dit que ma femme avait, hier mattin, ressentie des douleurs à l’épaule et qu’elle avait craché le sang. J’espère que cette nouvelle est exagérée car la lett[re] d’Emilie dit le contraire.
J’ai été, ce mattin de bonne heure, dans les bois avec les Noirs pour tirer des pièces. La pluie nous a fait revenir à l’heure du déjeuné.
J’ai trouvé un nid de merle avec des oeufs ; c’est le premier que je vois depuis 26 ans. Quelques efforts que j’aie fait depuis ce tems, je n’ai jamais pu m’en procurer un ; aussi ai-je profité de la circonstance et j’ai emporté le nid avec précaution. Les oeufs sont de la grosseur du coeur d’un pigeon et d’un gris bleuâtre, ti[gré]s de point brun rougeâtre, plus multipliés au gros bout, presque confondus même. Le nid ressemble beaucoup, pour la grandeur et la construction, à celui de la fauvette ; il est fait de mousse et de petites feuilles et herbes très molettes ; le diamètre de trois pouces à l’intérieure.
Mardy 12
J(OSE)PH DESBASSINS. LETTRE A MA FEMME, BISCUITS. LETTRE A GRINNE, A IS[NARD]. BRISE D’E(ST). TEMS A GRAINS.
J’ai écrit à J(ose)ph Desbassins, ce mattin, au s[u]get d’une expérience sur les batteries à sucre. Il m’a répondu que cela n’allait pas et m’engage à venir chez lui pour en causer.
J’ai écrit à Grinne au suget du maïs qu’il m’a donné à prendre chez Marcian.
Id(em) à ma femme en lui envoyant des biscuits. Cana est allé faire ces différentes commissions et parti ce mattin.
Le tems brumeux et à grains. Brise d’e(st).
J’ai écrit à Fortuné.
Mercredy 13
LETTRE D’EMILIE. MA FEMME N’EST PAS BIEN. LETTRE DE FORTUNE.
Cana est de retour ce soir avec des réponses aux lettres qu’il a porté hier.
Emilie m’écrit que ma pauvre femme n’est pas mieux ; elle doit encor subir l’apposition des sangsues, les mouches, etc.
Fortuné m’écrit aussi de St-Denis.
Jeudy 14
RIS CREOL. PLUIE ET TEMS CHAUD ET CALME.
Emilie m’ayant écrit que ma femme désirait avoir du ris créol, j’ai fai demander à Md Carré si elle pouvait m’en vendre 15 (livres). Elle a répondu qu’elle n’en vendait que par pintes. En conséquence, j’en ferai prendre, demain, de cette manière.
Nous avons eu de la pluie toute la nuit et une partie de la journée. Le tem est encor à la pluie. Il a fait calme et chaud toute la journée.
Vendredy 15
GAZELLE EMPAILLE. VENT VARIABLE.
Mad[ame] Fréon a envoyé, cet après-dîné, une jeune gazelle, morte, à Roudic, pour être empaillée. Nous nous sommes mis de suite à ce travail et nous l’avons achevés avant la nuit.
Le tems est beau et très chaud toute la journée. Ce soir, le tems est nébuleux et fort calme.
J’ai acheté 6 pintes de ris créole, ce mattin, avec Md Carré à 15 s(ous) la pinte.
Samdy 16
VOYAGE A STE-MARIE. MR DE MACHIS. LACOURTAUDIERE.
Je suis parti, cet après-diné, pour Ste-Marie. Arrivé chez Md Fréon où j’ai trouvé beaucoup de monde. Mds Senneville et v(eu)ve Malavoix y étaient encor ; Malavoix, l’aide de camp, et Mr de Machis qui part pour France et qui mène avec lui le fils de Mr Lacourtaudière, de Maurice, parent de Md Fréon.
Leur navire est à Ste-Marie, chargeant du sucre pour le compte de Md Fréon.
Je couche ici ce soir.
Dimanche 17
ARRIVE CHEZ GRINNE. MA FEMME, TOUJOURS MALADE. BERNARD ET LEHOUX, LE RACCOMODEMENT.
Je pars ce mattin de chez Md Fréon pour aller chez Grinne. J’ai passé à la maison et filé de suite, arrivé pour déjeuner.
J’ai trouvé ma femme à peu près dans le même état, toujours souffrant de la poitrine.
Grinne arrivé de St-Denis hier soir.
F(ortu)né Lehoux et Maillet père, arrivés ce mattin, sont montés, avec F(erdinan)d Pajot, chez Bernard, ainsi que Lehoux. Il doit y avoir un rapprochement entre les deux derniers, brouillés depuis quelques années.
Lundy 18
VOYAGE A ST-DENIS.
Parti pour St-[De]nis. Déjeuné chez Isnard, au Chaudron, et dîné, à St-Denis, avec Pierre et Leneveu. Les papiers que j’ai portés ne suffisent pas pour l’affaire qui m’a amené à St-Denis.
Mardy 19
RIS.
Achetté 3000 livres de ris, pour l’établissement, et 2000 livres, pour la maison.
Parti tard et couché, ce soir, au Chaudron, chez Isnard.
Mercredy 20
ISNARD. EUGENE, MALADE.
Mis en route ce mattin et arrivé chez Grinne, sur Cabo, pour déjeuner.
Fortun(é) Lehoux et Charles sont partis pour St-Paul hier ainsi que Lehoux et Frédérik.
Passé la journée ici et couché ce soir.
Eugène et très malade d’un cancer à la langue.
Jeudy 21
RETOUR A STE-SUZANNE. PLUIE. ROUDIC A STE-MARIE.
Parti ce mattin de chez Grinne. Déjeuné chez Md Fréon et arrivé chez ma tante pour dîner, avec une chaleur exessive.
Hier et avant [hier], on a eu de la pluie à St-Denis et à Ste-Marie.
En arrivant, j’ai appris que Roudic était parti, dans la mattinée, pour aller voir ma femme.
Vendredy 22
MA FEMME VEUT DU POISSON. ILD(E)VERT WELMAN. RENOYAL ARRIVE.
Roudic est de retour de Ste-Marie.
Ma femme me fait demander du poisson d’eau douce. Roudic ne la trouve pas bien du tout.
Il a fait très chaud toute le journée. A sept heure, ce soir, il a tombé un fort grain qui a mouillé la terre.
Ildevert Welman, qui doit épouser Md Ant(oine) Cardonne, est venu achetter le cochon d’une négresse, ici, probablement pour le repas de noce.
J’ai reçu, par Roudic, une lettre de Renoyal qui est arrivé avec la fièvre de Madagascar.
Samdy 23
DESMANIERES. POISSON, DOUCE, LEVE. AVOINE. GLISSADE, NOTAISE.
J’ai écrit à Desmanières, ce mattin, pour le prier de me donner quelques poissons pour ma femme. Il a donné plusieurs coups de filets et n’a pu prendre que de très petits poissons que j’ai mis dans la mare. J’ai envoyé, dans le même but, de l’avoine chez Desrabines. Je n’en ai pas eu, attendu qu’il est absent. J’ai été, avec Roudic, voir le chemin et la glissade que Notaise a fait pour l’extraction des cannes de Campnon ; nous avons vu Notaise.
Nous sommes ensuite dessendus à la giroflerie pour voir les traveaux de gratte que la bande y fait.
Le tems a été très beau et modérément chaud.
Dim(anche) 24
G(RO)S LINDOR MALADE. DINE CHEZ DESMANIERES. ENVOYE A MA FEMME CALBASSE DOUCE ET BISCUITS.
J’ai été, avec Auguste, voir Gros Lindor qu’on est venu nous dire être paralisé d’un côté ; nous avons reconnus que c’était faux, étant encor à son boucan.
Mazérieu, qui passait à cheval au chemin, nous ayant apperçu, est venu nous j[oin]dre et m’a dit que Desmanières m’attendait. Je suis venu à la maison p[our] changer et j’ai été dîner avec la famille Desmanières. Après-dîné, nous avons fait une longue promenade dans son habitation et je suis rentré à six heures et demie.
J’ai donné p[e]rmission à P(eti)t Blaise et Célestin d’a[ller] chez Grinne voir des p[a]rents. Ils ont été chargés de porter à ma femme une calbasse douce et des biscuits et, en revenant, une armoire d’attache de chez moi ; ils ne sont pas encor de retour ce soir, à 8 heures.
J’ai écrit à ma femme, à Emilie et à Renoyal qui doit être rendu chez Grinne.
Lundy 25
MA PAUVRE FEMME VA BIEN MAL. LETTRE D’EMII.IE ET DE RENOYAL.
Les deux Noirs sont arrivés après soupé. Ils m’ont portés une lettre de Renoyal qui se porte très bien et n’a pas même été malade.
Emilie m’écrit que ma pauvre femme est plus mal : elle a vomi du sang et a eue une faiblesse. Cette funeste nouvelle est le présage d’un grand malheur. Les plus noirs pressentiments m’obsèdent et la réflexion me porte un redoutable moment où je dois perdre à jamais la meilleure des femmes. S’il pouvait nous rest[er] quelqu’espoir encor, mais la cruelle maladie dont elle parait être, et dont, malheureusement, elle est atteinte ne pardonne pas. Pauvre chère Reine ! Qui saura aprécier les précieu[ses] qualités dont tu est douée ? Qui connaîtra toute la beauté de ton âme ? Quand tu aura laissé ton malheureux époux avec le regret de ta perte, avec la conviction intime qu’aucune autre ne pourrait être ce que tu auras été Pour lui, lui seul lx+ut tiare jettera des regards de douleur sur ta tombe !… Quelques amis !!! 0 ! pensées amères ! Il faudra donc perdre tant de qualités aimables ! Tendis que tant d’autres, qui ne font le bonheur de personne… Ah ! je suis né sous une éto[ile] bien malheureuse !
J’ai envoyé Blaise achetter du tabac, il m’en a porté une carotte à 25 p(iastres), j’en ai achettée une autre à 20 p(iastres).
J’ai placé aujourd’hui une armoire d’attache dans ma chambre. Je dois partir demain pour chez Grinne.
Mardy 26
LE 29. LE CURE. 3O.
Je me suis mis en route ce mattin à 6 heures, en menant avec moi Étienne, pour porter ma malle. Je suis arrivé chez Grinne à 8 h(eures) 1/2.
J’ai trouvé ma chère Reine bien changée et bien affectée.
Le 28, dans la nuit, un vomissement de sang, affreux. Quel douloureux spectacle ! Ma Pauvre femme m’a demandé qu’on lui donnât les dernières consolations de la religion : elle croit qu’elle ne doit pas vivre plus de deux ou trois jours. Elle veut voir tous ses amis. Elle nous a recommandé d’écouter ses dernières volontés et a fait, d’avance entre ses amis, la distribution de quelques objets.
Le 29, le curé Collin est venu de St Denis ; ma femme a reçue les secours de la religion. C’est un être angélique !!!
Madame Martin est arrivée.
[1] Ici commence le sixième cahier qui couvre la période du 1er mars au 22 avril 1822.
[2] Ici commence le 7ème cahier (période du 23 avril 1822 au 20 janvier 1823).
[3] Ecrit en code.
[4] Ecrit en caractères déformés
