Année 1811
Décembre 1811
Dim(anche) 1er [décembre] [1] 1811
1811. PLUIE.
Je suis arrivé ici le 22 s(eptem)bre. Depuis cette époque, je n’ai rien fait de traveaux d’habitation. Manque de pluie, etc. La veille au soir grande pluie qui a continuée qu’aujourd’hui à 8 heures du mattin.
J’ai commancé avec quatre Noirs et les marmailles à plenter les cannes que Bruguier a fait charoyer depuis le 25 nov(em)bre. J’ai plenté il y a trois jours 200 pieds de tabac venant de la petite rivière. Il a passé ce mattin un vaisseau à 3 mâts faisant route sous le vent.
J’ai mis la férure à la boîte de Mr Desruisseaux.
Lundy 2
Plenté des cannes avec ma petite bande et sept Noirs que Bruguier m’a envoyé ce matin. J’ai fini les cannes qui étaient rendues dans la mattinée. L’après-midy j’ai mis huit personnes à préparer de la terre et le reste a charoyé des cannes. Je n’avais que huit pioches.
Mr Chrétien de St-Paul est venu me voir avec Mr Montaulard dans l’après-midy.
J’ai fait de la colle forte. On a commencé à poser le tapenac du pavillon.
Mardy 3
J’ai continué à préparer de la terre et charoyer des cannes la matinée. Dans l’après-midy j’en ai planté jusqu’à l’étang.
Reçu de Fanchain des confitures et des achards. J’ai lui écrit que j’irais biner avec lui demain. Apparence de pluie ce soir : ma foi il devrait bien en tomber, car la terre commence à sécher et cela contrarie ma plentation.
Binjamin est venu chercher l’équipage de Fanchain, que je lui ai remis.
Mercredy 4
J’ai commancé ce mattin par plenter des cannes et j’ai fini la pièce commancé jusqu’au ris de Bois-Court à trois h(eures) de l’après-midy. J’ai fait faire ensuite l’allée qui suit celle des lataniers.
Au moment de quitter l’ouvrage ce soir, il est venu un grain de la rivière des Pluies qui n’a pas mouillé beaucoup ; mais j’ai l’espoir que nous aurons de la pluie cette nuit.
Fanchain est arrivé ce mattin avec sa bande et il a commencé à chaussé le maïs du Tamarin.
J’ai écrit à P. Hisnard, P. de Sargent et Despipes. J’ai verni mon bâton.
Jeudy 5
Nous n’avons pas eu de pluie comme je comptais.
J’ai commencé à préparer l’autre côté du morceau de terre au-dessus du ris.
A 11 heures du matin est arrivé à la maison Mr Delpit qui est parti presque tout de suite. Il m’a chargé d’une commission près Guy Léon ; il s’agit d’un achat de girofle.
J’ai reçu cet après-midy par Hillarion qui a été chercher des cloux à St-Denis, trois pipes et dix-neuf piastres que m’a envoyé Pierre Hisnard, sur ma demande d’hier.
J’ai fait une corde pour ma meule et j’ai aiguisé, outils, couteaux, etc. J’ai mis en morceau la colle forte que j’ai faite il y a quelques jours.
Vendredy 6
DEJEAN ARRIVES. LASERVE.
J’ai continué à préparer la terre pour plenter les cannes et j’ai fait chatoyer en même tems. Monsieur Montaulard m’a envoyé un fer de bâton que j’ai mis de suite à sa destination.
J’ai été avec Fanchain voir Mr Caradec cet après-dîné. Il m’a appris l’arrivée de Mr Dejean à l’11e de France. J’ai trouvé Md Fréon la jeune à qui Mr Caradec a fait lecture d’une lettre qu’il a reçu de Md Brun ; dans laquelle elle lui dit avoir eu des nouvelles satisfaisantes de son fils Nicol qui est arrivé à Paris le 14 mars.
Il a passé cet après-dîné une frégate et une corvette avec deux autres petits navire. Mr Keatings est sur cette petite division, venant prendre son gouvernement ici.
Point de pluie ! C’est diabolique.
Samedy 7
Pas plus de pluie que de beur sur le pouce, diable !
J’ai continué à gratter avec les Noirs de Brugier, car j’ai donné aux miens leur dimanche.
Bruguier est venu et a déjeuné et dîné avec nous. Après, nous avons été ensemble chez Guy Léon à qui j’avais affaire ; il m’a promis de me rendre réponse dans la semaine. J’ai su chez lui que Jallot venant de St-Denis lui avait dit que Mr Keatings n’était pas arrivé mais qu’il avait écrit à Mr Farquart de venir vite à l’Isle de France, y ayant de grandes nouvelles.
Fréon m’a écrit ce soir pour me prévenir que nos Noirs faisaient du tapage en bas.
Fortuné a marché aujourd’hui pour la première fois à quatre pattes à 9 mois et demie juste.
Dimanche 8
Nous avons eu un peu de pluie ce mattin entre trois et quatre heures.
Après déjeuné j’ai été avec Grinne voir Md Fréon qui m’a promis des têtes de cannes qu’elle va brasser ces jours-ci. Nous sommes revenus dîner à la maison.
Cet après-dîné j’ai arrangé le chiffre en cheveux que j’ai promis à Mlle Auriole et je compte lui porter moi-même, ayant le projet d’aller demain mattin au bras Panon.
J’ai été voir la famille Montaulard le soir. J’ai lu chez elle le détail de la malheureuse affaire de St-Leu, dans la gazette d’hier.
Lundy 9
BRAS PANON. MARDY 10, MERC(REDY) 11. JEUDY 12.BRET, SA JUMENT.
Je suis parti ce mattin pour le bras Panon. J’ai dîné chez Maillet, où j’ai trouvé Bret avec qui Fanchain et moi avons été chez Mr Martin, où nous sommes arrivés le soir.
Le 10 et le I1 nous avons été voir Mr Patu Rosemond, Oriole, Selhausen et nous sommes revenus ici le 12 avec Bret qui a échangé en arrivant sa jument contre celle de Fanchain en lui donnant 25 piastres de retour. Bret a dîné avec nous et s’est mis en route après dîné pour St Denis.
J’ai trouvé Eugénie Panon à la maison.
J’ai trouvé mon ouvrage peu avancé ; les Noirs n’ont fini que ce soir de gratter le morceau du côté de Tétar ; il en reste même encore un petit bout qu’on finira demain mattin.
J’ai reçu trois lettres de Delpit aîné, une de Fabri.
[Je pense que le voyage du bras Panon a fixé le cœur de mon frère sur l'aimable et bonne Mélanie][2].
Eugénie Panon est arrivé le 10 chez moi et y a trouvé ma femme avec qui elle comptait passer quelques jours.
Vendredy 13
FABRI.
Achevé le morceau qui restait à gratter et le reste du jour on a charoyé des cannes de chez Bruguier.
Selhausen est arrivé dans la matinée et est parti l’après-midy avec Eugénie pour St-Paul.
Fabri est parti pour l’lle de France le 6 pour de là aller en France. Par sa lettre du 23 novembre il m’apprend que Lescouble donne de grandes espérances pour son avancement : il a été mis par le gouvernement sous sa protection. Renoyal sans faire de si rapide progrès n’en donne pas moins de contentement à ses maîtres. [Je crains bien que Camille ne soit jamais à même de faire quelque chose].
Samedy 14
MONTAULARD.
Dans la nuit dernière, les gardiens ont pris un Noir à Mr Montaulard qui volait depuis longtems mes poules ; il avait encore les os avec lui, avait pour complice Dorothé. Je ferai en sorte de les corriger l’un et l’autre de cette habitude.
[Ce que m'a dit ma femme la nuit dernière me confirme ce que j'ai dit le douze].
J’ai été mener le Noir de Mr Montaulard à son maître qui ne lui a rien fait ; aussi je me propose à l’avenir, si j’en trouve encor à lui, de les corriger moi-même.
J’ai été voir Fréon et sa mère.
J’ai plenté des cannes toutes la journée : il me reste encor 7 à 8 sillon pour finir la pièce.
J’ai arrangé avec Eugène ma caisse pour mettre des pigeons contre la maison.
Md Fréon m’a envoyé sa voiture pour la lui rendre plus douce et plus légère s’il se peut.
Dimanche 15
Journée triste. Sécheresse parfaite.
J’ai filé des cordes de guittare pour Md Fréon et pour moi.
Charlot est malade depuis lundy. Je crains bien pour sa poitrine.
Lund(y) 16
Les Noirs de Bruguier ne sont pas venus aujourd’hui. Je ne conçois pas cela. J’ai fait faire des trous pour achever de plenter la pièce commencée. Les Noirs de Md Fréon sont venus pour travailler sa voiture cariole.
Mardy 17
CARADEC. PRAIRIE. MLLE DESRIEUX.
Les Noirs de Bruguiers étaient à gratter son tabac hier et aujourd’hui ; c’est pourquoi ils ne sont pas venus.
J’ai arrangé aujourd’hui la canne de Mr Caradec.
Prairie est venu déjeuner avec nous et nous sommes dessendus ensemble dîner chez Mr Montaulard, où était Mlle Desrieux. [Elle est jolie, ça doit avoir un joli petit cul].
Après-dîné j’ai été à cheval pour aller à la ravine des Figues. J’ai été sur la jument que Fanchain a eu de Bret pour sa grande Noire. Elle est vigoureuse et va très bien.
Victoire m’a taillé un pentalon pour essai. [Les bambous de Moka ont vu il y a dix ans pareille fête]. En revenant j’ai passé chez Bruguier ; il est parti pour Ste-Rose.
Je suis revenu rapidement à la maison pour évier un grain qui samblait devoir occasionner un déluge et à peine arrivé tout cela s’est fondu. Il est huit heures et le tems est aussi désespérant que tous les derniers jours. Nous avons eu une brise carabinée toute la journée. Elle dure encore ce soir.
Les Noirs n’ont rien fait aujourd’hui de mon ouvrage d’habitation. François était absent depuis huit jours travaillant chez Barquissot. Il est venu ce soir me dire qu’il a fini son ouvrage et qu’il viendra demain. Il a commancé à travailler avec moi le 6 octobre dernier.
Fanchain a des cloux aux jambes depuis notre arrivée du bras Panon.
Mercredy 18
HUIT H(EURES) DU MATTIN. PLUIE. V(EN)TS DU S(UD)-E(ST). V(EN)TS DE(ST).
Dans la nuit d’hier à aujourd’hui, il y a eu de grandes rafales de pluie et de vent ; celui-ci a été parfois violent. Ce mattin, le vent a un peu tombé ; il y a cependent encore d’assez fortes rafales qui empêchent la pluie de tomber rondement. Le tems s’éclaircit de tems à autre et me fait craindre que la pluie ne dure pas.
Les Noirs sont venus ce mattin et ont pris des cannes qui restaient ici pour achever de plenter la pièce qui n’était pas encor achevée. Les Noirs de Fanchain viennent d’arriver pour prendre du maïs pour plenter à la ravine des Figues.
Hier soir, quand je suis arrivé, le vent portait avec violence de gros grains dans la partie du n(ord)-o(uest) où ils s’amoncelaient en grosses masses. Dans la nuit égallement ; mais ce mattin c’est une autre manche ; l’orison est très gros dans cette partie, et le haut du ciel est clair, tendis que les grains filent le long de la montagne et vont se réunir vers la rivière des Pluies dans sa direction d’e(st) à o(uest). Jusqu’à midy même tournure de tems ; grosses rafales de vent avec de petites grainasses.
L’après-midy, le tems s’est éclairci et sur le soir, le vent a cessé totalement en nous laissant une chaleur étouffante. Ce soir à huit h(eures) calme profond ; la mer chargée et de l’e(st) à l’o(uest) par le sud, le tems et le ciel, clair, comme dans les plus belles nuits. La lune a deux jours. Depuis six h(eures) et demie il fait continuellement des éclairs dans l’e(st)-n(ord)-e(st). La mer est très grosse depuis deux jours ; elle gronde considérablement. Dans l’après-midy, j’ai entendu un bruit sourd semblable à un tonère lointain à plusieurs reprises.
Les Noirs ont charoyés des têtes de cannes de chez Mr Fréon, et ont plenté le haut de la même pièce ; elle n’est pas encore fini.
J’ai dressé aujourd’hui ma table d’orfèvre, et j’ai coupé deux peignes pour Edmond Geslin. François est arrivé à 11 h(eures) avec la beignoire de Mr Montaulard que je dois faire barbouiller. Les deux ouvriers de Md Fréon sont toujours après sa voiture. J’ai repassé ce mattin les ciseaux de Victorine et ceux d’ici.
Nous avons eu ce mattin par Auguste des nouvelles de chez Mr Martin. Mélanie a écrit à ma femme. [Elle ne dit pas ce qu'elle pense dans sa lettre j'en suis sûre].
Prairie a envoyé chercher le 7è(me) vol(ume) de L’histoire de la Révolution.
Jeudy 19
PLUIE. PRAIRIE. MONTAULARD. V(ENT) D’E(ST). CHEVRE VENU DE LA RAVINE) DES FIGUES. MARIE-JEANNE. CLOUX.
A dix heure hier soir il a fait un assez bon grain, mais qui a duré longtems. Le tems très couvert toute la nuit. Ce mattin il s’est éclairci et a été beau toute la journée ; cependent vers les dix à onze heures il semblait que tout allait fondre en pluie du côté du vent : mais toutes ces apparences sont restées là. Ce soir, le tems est très beau.
On a charoyé des cannes encore et on a enfin achevé le morceau : Dieu soit loué !
Prairie a envoyé échanger dix livres de vieux maïs pour autant de nouveau.
Montaulard est venu ce mattin nous voir.
J’ai coupé un peigne à flèches pour ma femme.
Il est arrivé de la ravine des Figues la chèvre que Fanchain a donné à ma femme, avec deux petits, nés il y a huit jours.
Marie-Jeanne est allée à la ravine des Figues pour se guerrire d’un cloux.
J’ai arrangé la vieille paire de ciseaux à tire-bouchon pour ma femme.
Vendredy 20
VENT DE N(ORD)-E(ST). PLUIE. AMEDE GIRAUD. PLUIE DE N(ORD)-E(ST). S(UD)-E(ST). PLENTATION DE BANANES. PAVILLON.
Toute la dernière nuit il a fait beau tems ; ce mattin le tems était légèrement couvert. A dix heures il est venu quelques rafales de n(ord)-e(st) qui ont décidé enfin la pluie. Elle a commancé à 11 heures avec abondance et continue jusqu’à présent 2 heures à tomber rondement.
Amédé Giraud est arrivé ici à dix heures, allant à St-André ; le mauvais tems l’a décidé à attendre jusqu’à demain à partir.
Les Noirs de Bruguier ne sont point venus ce mattin, ce qui me fait perdre une bonne journée.
Voilà donc enfin cette pluie tant désirée ! Il était tems, car si la sécheresse avait continuée encor quinze jours, s’en était fait de nous. Tout languissait et les plentations souffraient au point de faire désespérer des récoltes. Ceci nous a sauvé de cette cruelle perspective, mais je crains bien qu’après tant de sécheresse il ne survienne une avalace, qui emporte tout : le remède serait pire que le mal. J’espère que nous en serons préservés. A trois heures après-midy, de violentes rafales de vent et de pluie, toujours du n(ord)-e(st). Le temps est pris de toute part. A 2 heures et demie le vent a changé et pris la direction du s(ud)-e(st), avec continuation de pluie. Le tems a continué de même toute la journée. Sur le soir la pluie a cessé, mais le tems est toujours à la pluie.
J’ai plenté cet après-midy des bananiers au bout des lataniers. Je dois continuer demain d’en plenter.
Fanchain couche ce soir pour la première fois dans le pavillon avec Amédé.
Samedy 21
V(ENT) S(UD)-E(ST). BANANIERS
Le tems a été toute la journée à la pluie ; mais il n’en est pas tombé. Ce soir il est toujours le même, avec la brise du s(ud)-e(st).
Ce mattin les Noirs sont venus et ont commencer à préparer le côté droit en montant de la pièce au-dessus de Mr Montaulard. Je n’ai eu que cinq Noirs à l’ouvrage ce mattin et 6 après-midy. J’ai plenté encore des bananiers à la suite de ceux d’hier.
J’ai travaillé toute la journée au peigne de ma femme.
Amédé s’est mis en route pour St-André de bon mattin.
Dimanche 22
LESCOUBLE. LETTRE.
Même tems.
Fanchain a reçu une lettre de Lescouble dattée du 25 août 1810 (sic).
J’ai continué à travailler le peigne commencé.
La bonne femme Adelle a tué un cochon.
Mr Caradec est venu nous voir sur le soir.
Fanchain, ma femme et moi, nous avons fait une promenade dans le maïs et autour des cannes en passant par le magazin de Santuari.
J’écris ce soir à mes enfans en France ainsi qu’à Fabri à Ille de France pour le prier de se charger de ma lettre.
Lundy 23
FABRI. POULAILLER. V(ENT) S(UD)-E(ST). NOIR A FREON ECRASE.
Les Noirs ont continués à préparer de la terre au-dessus de Mr Montaulard au nombre de sept en comptant un des miens. Moi j’ai continué à travailler au peigne.
J’ai reçu de Le Houx une lettre de l’Ile de France, qui m’annonce son retour et m’engage à donner à Fabri une procuration pour mes affaires en France. Je vais aller demain pour cela.
Après-midy, j’ai mis Noël et Polite à recouvrir le poulailler.
Fanchain est parti pour la ravine des Figues, sur Brettele.
J’ai su qu’un Noir à Montaulard s’est cassé le bras en tombant de cheval et qu’un autre à Md Fréon a eu le sien écrasé dans le moulin à canne.
Il est passé une grande goélette allant à St-Denis.
François ne peut travailler parce qu’il a un gros clou au genouil.
Mardy 24
V(ENT) S(UD)-E(ST).
Continuer avec 5 Noirs à Bruguier et deux à moi, à préparer la terre d’embas. J’ai encore travaillé au peigne. J’ai fait monter les cochons de l’emplacement d’embas, ici, où je pense qu’ils seront mieux.
Je n’ai pas pu aller à St-Denis aujourd’hui, mais demain mattin sans faute je partirai.
Le tems couvert toute la journée. Il a passé ce soir un bon grain au bord de la mer, mais nous n’en avons rien eu. Toujours des vents de s(ud)-e(st) et apparence de pluie ce soir.
Mercredy 25
NOEL. PLUIE.
Il a fait de la pluie dans la nuit.
Je suis parti de bon mattin pour St-Denis et après réflexion, je n’ai point envoyé de procuration en ayant déjà envoyé une à Mr Jolivet à Vannes.
J’ai apris à St-Denis l’arrivée de Mr Keatings, du 23. Les officiers du régiment cafre ayant insultés, il y a quelques jours, Lecoutour en présence du lieut(enant)-colonel Astings et lui ayant même porté des coup de sabre qui ont atteint son chapeau, Mr Keatings les a fort mal reçus. En a mis un en prison, renvoyé un autre et mis aux arrêts à St-Pierre le lieut(enant) col(onel) Astings. J’ai appris tout cela avec le plus grand plaisir parce que cela me donne l’espoir que le colonel Keatings mintiendra l’ordre et réprimera la manière insolente dont se comportent ces messieurs.
Comme je sortais de St-Denis j’ai vu y entrer un navir à trois mats qui m’a semblé être une frégatte ou même un vaisseau.
J’ai rencontré en route Petitpas qui m’a appris qu’il ne pouvait pas partir pour France n’ayant pu rien vendre. J’ai vu Bruguier chez Savigon en passant.
Les Noirs ont continués à quatre de gratter en bas et Noël a travaillé au peigne d’Edmont.
Je suis arrivé tard à la maison où ma femme m’a apris que Fanchain a envoyé dans la journée Azor à bras Panon porter des mangues, et qu’elle avait écrit par lui à Mélanie.
J’ai été voir Céline ce mattin.
Jeudy 26
V(ENT)S(UD)-E(ST). 7 HEURES DU SOIR. PLUIE.
Continué à gratter le morceau d’embas.
J’ai achevé le peigne de ma femme et racommodé celui de Mlle Patu. On a aussi fini la voiture de Mr Fréon et ma femme s’est mise avec les enfants dedans p(ou)r l’essayer ; nous l’avons traînée sur la platte-forme.
Azor est arrivé du bras Panon avec une lettre pour Reine, de Mélanie.
Le tems s’est mis à la pluie ce soir et il en tombe joliment. Toute la journée il a venté d’une manière diabolique ; heureusement cela nous a mené la pluie.
J’ai dégagé cet après-midy le dessus de mon bureau pour voir si la bibliotèque y allait bien. J’ai dessendu ma male de livre que j’ai vuidé pour tuer le cancrelat.
J’ai rencontré hier, en revenant, O’Tool avec sa famille, qui allait à St-Denis, Il m’a promis de venir coucher chez moi dans dix à douze jours en revenant chez lui.
Vendredy 27
PLUIE.
Continué à préparer la terre d’en bas. Mr Fréon a envoyé chercher sa voiture par un mulet.
J’ai fait tirer des fers Misadie Sidonie sur la promesse qu’elle m’a faite de ne plus manger mes poulets. A la bonne heure ! mais n’y retourne plus ou sinon…
J’ai arrangé mes livres dans la bibliothèque.
J’ai envoyé Henry chez Bruguier chercher du plant de tabac ; il m’a envoyé du plant si pauvre, qu’il ressemble à ses promesses : il m’a fait dire d’envoyer chercher les poules qu’il m’a promis demain mattin ; il serait à souhaiter qu’elles fussent plus belles que le plant de tabac car…
J’ai otté de mon cabinet le lit qui y était. On a achevé de raccomoder la couverture du poulailler.
Le tems a été à la pluie toute la journée ; il en a tombé presque continuellement. Ce soir le même tems continue, mais la pluie a cessée. Les nuages chassent dans l’ouest avec vitesse.
Samedy 28
PLUIE
Il a tombé de la pluie dans la nuit et dans la mattinée. Elle a entièrement cessée après-dîné. Ce soir il fait beau temps.
J’ai continué à gratter en bas avec quatre Noirs, les miens étant occupé à l’emplacement.
A 11 heures Freimin est parti malade chez Bruguier, de sorte qu’il ne m’est plus resté que trois Noirs.
J’ai commencé à faire mon jardin au-dessous de la platte-forme.
Noël a arrangé le derrière de l’armoire avec du cotton et de la colle forte.
J’ai cueilli pour la première fois des brèdes citrouille du petit champ que j’ai plenté derrière le magasin.
Il a passé ce soir fort tard un brik venant du vent ayant pavillon blanc au grand mât.
J’ai eu des plants de bananiers chez monsieur Caradec et j’ai commencé à en plenter au-dessous de la platte forme.
Dimanche 29
J’ai été voir Mr Fréon et Mr Montaulard ce mattin.
J’ai été visiter mes cannes d’en haut cet après-midy et j’ai vu avec peine que presque la totalité du morceau du côté de Santuari est manqué. La sécheresse qu’il a éprouvé y a contribué beaucoup.
J’ai été ce soir avec ma famille chez Montaulard où j’ai vu Brunet l’orloger, qui m’a assuré que l’on parlait beaucoup de la paix et que même des Anglais de marque auraient fait des paris considérables en sa faveur. Pour la première fois je souhaite qu’ils réussissent.
Lundy 30
AUGUSTIN.
Je suis parti l’après-midy avec ma famille pour aller faire le premier jour de l’an chez mon frère à la ravine des Figues.
Toute la journée les Noirs de l’atelier ont travaillés à la confection d’un petit jardin au-dessous de la platte forme et que j’avais déjà commencé la veille avec quelques Noirs.
Le 31 sont arrivés à la ravine des Figues, Dominique Hisnard et la nenin Céline et son mari qui y ont passé la fête avec nous.
Le premier janvier Bruguier est aussi venu ; il a dîné avec nous et est reparti le soir même.
Augustin s’est coupé le petit doigt avec un baril de galère.
[1] ‘Ici commence le premier cahier qui couvre la période du ter décembre 1811 au 22 octobre 1812 On peut lire sur la page de garde : « Journal commancé le 1er décembre 1811 au Grand-Hazier »
[2] Nous indiquons entre crochets les passages codés. Le code consiste à écrire chaque mot à l’envers et à modifier certains caractères. Ce code est d’inspiration maçonnique.
